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Affaires sensibles

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Les grandes affaires, les aventures et les procès qui ont marqué les cinquante dernières années. Disponible sur les assistants vocaux en demandant : Alexa, lance Affaires Sensibles ! Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France

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Épisodes optimisés pour la recherche IA :

Buenos Aires, 1994 : l’attentat contre l’AMIA, une vérité toujours disputée

2026-10-2235:44Original: FR

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Résumé

Dans cet épisode d’**Affaires sensibles**, présenté par Fabrice Drouelle, le récit revient sur l’attentat antisémite du 18 juillet 1994 contre l’AMIA, l’Association mutuelle israélite argentine, à Buenos Aires. L’explosion détruit le bâtiment, fait 85 morts et plus de 250 blessés et frappe un lieu majeur de la vie sociale et culturelle juive en Argentine. L’émission replace cette attaque dans le contexte de l’attentat de 1992 contre l’ambassade d’Israël, des tensions régionales et des relations entre l’Argentine et l’Iran, notamment autour de contrats de matériel nucléaire. Elle retrace ensuite une enquête marquée par des pistes iraniennes et locales, des arrestations, des accusations de corruption et des procédures judiciaires qui n’ont pas permis pendant des décennies d’établir une vérité incontestée.

Le récit se concentre aussi sur la mort, en janvier 2015, du procureur Alberto Nisman, qui enquêtait sur l’attentat et venait d’accuser la présidente Cristina Kirchner et le ministre Héctor Timerman d’entrave à la justice. Les circonstances de sa mort donnent lieu à des hypothèses contradictoires et à de fortes mobilisations publiques. L’émission suit les rebondissements ultérieurs, notamment la conclusion judiciaire de 2018 en faveur de la thèse de l’assassinat et la décision de 2024 attribuant à l’Iran et au Hezbollah la responsabilité des attentats de 1992 et 1994, qualifiés de crimes contre l’humanité par la justice argentine. Elle souligne toutefois que l’affaire demeure en grande partie mystérieuse. L’invité présenté dans l’émission est Sébastien Tankstorper, directeur de recherche au CNRS et auteur de *Juifs d’Argentine, une histoire de justice* ; Fabrice Drouelle est le présentateur indiqué pour l’émission.

Idées principales

01

L’attentat contre l’AMIA

Le 18 juillet 1994, une explosion détruit le bâtiment de l’AMIA dans le quartier de Once, à Buenos Aires. Le bilan donné dans le récit est de 85 morts et de plus de 250 blessés ; l’attaque vise un centre important de la communauté juive argentine.

02

La mort d’Alberto Nisman relance l’affaire

Le procureur Alberto Nisman est retrouvé mort en janvier 2015, quelques jours après avoir annoncé des accusations contre Cristina Kirchner et Héctor Timerman. Le récit présente des éléments compatibles avec plusieurs interprétations et rappelle que les questions sur sa mort restent au cœur du dossier.

Les principaux enseignements

01

L’AMIA était un centre communautaire majeur

Le récit décrit l’AMIA comme un lieu culturel, social, scolaire et d’entraide, ainsi que comme le siège d’une bibliothèque et d’archives consacrées à l’histoire des Juifs d’Argentine. L’explosion a donc détruit à la fois un bâtiment et une part importante de la mémoire communautaire.

02

L’attaque de 1992 précède celle de l’AMIA

Deux ans avant l’attentat de 1994, une explosion a frappé l’ambassade israélienne à Buenos Aires. Le bilan rapporté dans le récit est de 28 morts et 240 blessés ; cette attaque a contribué à orienter les interrogations vers les tensions régionales et l’Iran.

03

La communauté juive argentine s’inscrit dans une histoire migratoire ancienne

Le récit rattache son développement à la politique d’immigration argentine de 1880 à 1930, qui a accueilli de nombreux migrants d’Europe centrale et orientale, parmi lesquels des Juifs. Il décrit l’Argentine comme l’une des principales diasporas juives du monde et la première population juive de langue espagnole.

04

Un parquet spécial est créé pour l’enquête

Après le non-lieu prononcé en 2004 pour les cinq Argentins poursuivis pour soutien logistique, le président Néstor Kirchner reconnaît la responsabilité de l’État et met en place un parquet spécial. La direction en est confiée au procureur Alberto Nisman.

05

Des manifestations réclament justice

Après la mort de Nisman, des centaines de milliers de personnes participent à une manifestation à Buenos Aires en février 2015. Le récit rapporte que les participants réclament justice et que certains le présentent comme la 86e victime de l’attentat.

Autres propos et discussions

01

Les circonstances de la mort de Nisman

Le récit juxtapose des indices qui alimentent des lectures opposées : la porte de la salle de bain fermée de l’intérieur et l’absence de traces d’intrusion, mais aussi l’absence de lettre d’adieu, une porte de service ouverte et l’absence de traces de poudre sur les mains. Il ne tranche pas entre suicide, assassinat ou pression extérieure.

02

L’hypothèse de représailles liées aux contrats nucléaires

Le récit présente l’annulation par l’Argentine de contrats de fourniture de matériel nucléaire à l’Iran comme une explication avancée par les juges en 2024 pour les attentats. Plus tôt dans l’enquête, l’idée d’une vengeance iranienne est évoquée comme une hypothèse, et non comme une conclusion alors établie.

03

Le rôle attribué aux services de renseignement

Dans sa réponse aux accusations, Cristina Kirchner affirme que Nisman aurait été manipulé puis sacrifié par les services secrets argentins. Le récit met en avant Jaime Stiuso, informateur du procureur, sans présenter cette interprétation présidentielle comme un fait établi.

04

Les accusations de corruption dans le premier procès

Le procès ouvert en 2001 concerne notamment Carlos Telleldín, propriétaire de la voiture, et des policiers soupçonnés de complicité. Une vidéo révélée l’année suivante montre, selon le récit, le procureur Galeano proposant une somme d’argent à Telleldín contre un témoignage dirigé contre des policiers.

05

Les victimes et leurs proches maintiennent la demande de vérité

Le récit souligne le rôle des associations de victimes, des journalistes et des familles dans la poursuite des mobilisations et des démarches judiciaires. Des rassemblements commémorent chaque année l’attentat, tandis que les proches de Nisman rejoignent les associations de victimes.

Points de vue controversés

01

Suicide ou assassinat : la mort de Nisman reste disputée

Les premiers éléments décrits dans l’appartement sont interprétés comme compatibles avec un suicide, mais d’autres détails entretiennent le doute. En 2018, le magistrat chargé de l’enquête conclut à un assassinat ; cette évolution judiciaire ne fait pas disparaître les incertitudes générales soulignées par le récit.

02

Accusations contre Cristina Kirchner et contestation politique

Nisman accuse Cristina Kirchner et Héctor Timerman d’avoir entravé la justice par un accord avec l’Iran. Kirchner répond que les accusations sont opportunistes et que Nisman aurait été manipulé par les services secrets ; le récit restitue ces positions contradictoires sans établir ici la véracité de l’accusation de pacte.

03

La responsabilité iranienne : soupçons puis décision judiciaire

Pendant des années, les enquêteurs et le procureur orientent leurs recherches vers des responsables iraniens, mais les mandats internationaux ne donnent pas lieu à des arrestations. En 2024, la justice argentine accuse l’Iran d’être derrière les attentats et désigne le Hezbollah comme auteur ; l’émission rappelle néanmoins que l’affaire demeure en grande partie mystérieuse.

Questions et réponses

Quand l’attentat contre l’AMIA a-t-il eu lieu et quel est son bilan ?

Le récit situe l’attentat au lundi 18 juillet 1994, à 9 h 53, à Buenos Aires. Il rapporte 85 morts et plus de 250 blessés.

Qu’était l’AMIA ?

L’AMIA, ou Association mutuelle israélite argentine, était un centre culturel et social, un lieu d’entraide et une école au cœur des quartiers juifs de Buenos Aires. Elle abritait aussi une bibliothèque et des archives sur l’histoire des Juifs d’Argentine.

Qui était Alberto Nisman ?

Alberto Nisman était le procureur chargé depuis plus de dix ans de l’enquête sur l’attentat contre l’AMIA. Il a été retrouvé mort dans son appartement le 18 janvier 2015, quelques jours après avoir annoncé des accusations contre Cristina Kirchner et Héctor Timerman.

Quelles pistes l’enquête sur l’attentat a-t-elle examinées ?

Le récit évoque notamment une piste iranienne, avec des responsables soupçonnés d’avoir planifié ou financé l’attentat par le biais du Hezbollah, ainsi qu’une piste locale concernant des policiers et la fourniture d’un véhicule. Les investigations ont aussi été marquées par des accusations de corruption.

Pourquoi le dossier reste-t-il controversé ?

Le récit fait état d’enquêtes entravées, de pistes concurrentes, d’allégations de corruption et de désaccords sur la mort de Nisman. Il précise que, malgré la décision judiciaire de 2024, l’affaire demeure en grande partie mystérieuse.

Thèmes et domaines

  • Affaires sensibles
  • Attentat contre l’AMIA
  • Buenos Aires
  • Communauté juive argentine
  • Antisémitisme
  • Enquête judiciaire
  • Alberto Nisman
  • Iran et Hezbollah
  • Cristina Kirchner
  • Corruption politique

Propos originaux

“Pourquoi l'Argentine? Pourquoi la terreur? Pourquoi ce lundi?”

“Légère consolation dans une affaire qui aujourd'hui encore reste en grande partie mystérieuse.”

Transcription originale complète

FR · 89 segments · original

Transcription originale complète · 35:33

0:00Speaker A

France Inter. Aujourd'hui dans Affaires sensibles, l'attentat contre Lamia ou l'impossible vérité argentine. 2 attentats en plein centre-ville de Buenos Aires, des centaines de morts et de blessés, le conflit au Proche-Orient et le nucléaire iranien en arrière-plan. Un juge est retrouvé mort dans d'étranges circonstances. Puis des présidents qui se succèdent, une corruption généralisée et surtout un mystère toujours entier 32 ans après la tragédie.

0:38Speaker A

Le lundi 18 juillet 1994, dans la capitale argentine, une explosion détruit l'immeuble de l'AMIA, un centre culturel juif, et fait 85 morts et plus de 250 blessés. Cet attentat antisémite, le plus meurtrier en dehors d'Israël depuis la Seconde Guerre mondiale et la plus grande attaque terroriste sur le continent américain avant le 11 septembre 2001, choque le monde entier et la blessure de tout un pays reste entière jusqu'à ce jour.

1:06Speaker A

Notre invité aujourd'hui, Sébastien Tankstorper, directeur de recherche au CNRS, auteur de Juifs d'Argentine, une histoire de justice, ouvrage publié aux éditions Calmann-Lévy en 2025. L'attentat contre l'AMIA, un récit documentaire de Simon Maisonneuve, réalisation Stéphane Combes. Fabrice Drouelle, Affaires sensibles sur France Inter.

1:37Speaker B

Bonsoir, il faudrait qu'une ambulance vienne en urgence.

1:40Speaker C

Qu'est-ce qui se passe?

1:42Speaker B

Je suis chez mon fils, je suis venue ici et il est mort.

1:46Speaker C

Comment ça, il est mort?

1:47Speaker B

Je viens à peine d'arriver, il ne répondait pas au téléphone, j'appelais. On a ouvert la porte et peut-être qu'il a été frappé, je sais pas ce qui s'est passé.

1:55Speaker C

On peut pas vérifier s'il respire?

1:58Speaker B

Non, il est couvert de sang, il y en a plein l'appartement.

2:00Speaker C

Au-delà du fait qu'il soit couvert de sang, Non, non. Vous pouvez vérifier ce qu'il respire, s'il vous plaît?

2:08Speaker B

Le sang au sol est presque sec. Vous ne pouvez pas m'envoyer une ambulance?

2:12Speaker C

Si, si, l'ambulance arrive, l'ambulance arrive.

2:18Speaker A

Ce 18 janvier 2015, à Buenos Aires, en Argentine, alors que la chaleur de l'été austral accable la capitale, un homme est mort. Son cadavre gît dans l'appartement chic situé au 13e étage d'un building du luxueux quartier de Puerto Madero. C'est sa mère qui le découvre et qui appelle les secours. Un homme est mort et c'est tout un pays qui retient son souffle, car la personne qui baigne dans son sang, un trou dans la tempe, n'est pas n'importe qui.

2:47Speaker A

Il s'appelle Alberto Nisman. Il est le procureur en charge depuis plus de 10 ans de la plus grande affaire du pays: l'attentat contre Lamia, un centre culturel juif, en 1994. Il est donné 2h19 du matin, ce 18 janvier 2015, quand les médecins légistes pénètrent dans la salle de bain où est mort Alberto Nisman. Ils découvrent un pistolet sous l'épaule gauche du cadavre. Ils retirent les balles de l'arme, vérifient le modèle et le numéro de série.

3:22Speaker A

La scène est filmée par les caméras des policiers et des médecins. Il s'en dégage une improbable cohue dans l'appartement. Une cinquantaine de personnes vont et viennent sans gants ni protection pour les chaussures. Ils posent leurs affaires, allument la clim, autant de gestes irresponsables qui peuvent altérer les premiers éléments: traces d'ADN, empreintes, heure de la mort. En bas de l'immeuble, journalistes et reporters se sont déjà massés devant les grilles du bâtiment.

3:51Speaker A

L'information a circulé très vite. Il faut dire qu'Alberto Nisman vient de créer une incroyable tempête médiatique. Lors d'une interview télévisée 3 jours plus tôt, Il a annoncé qu'il portait plainte contre la présidente de la République, Christina Kirchner, et le ministre des Affaires étrangères, Hector Timerman, pour entrave à la justice dans l'affaire dont il s'occupe: l'attentat contre Lamia. Il devait présenter son rapport devant le Parlement le lendemain.

4:20Speaker A

Il n'en aura pas le temps.

4:22Speaker E

Il y a de nombreux éléments qui l'indiquent. Il y a deux ans, deux ans et demi, lié à cette affaire, la personne du secrétariat du renseignement, le personnel du secrétariat du renseignement, y répondait. Répond à Christina Kirchner, agit pratiquement comme un agent iranien, informe les Iraniens de tout ce qui se passe dans la maison. Il se moque du procureur. Le procureur va se retrouver piégé quand il verra cette nouvelle piste qu'on lui glisse. Il va devoir démissionner. On va se débarrasser de ce Russe, pour employer certains termes. Tout cela, c'est ce que disent les gens du renseignement, les gens qui répondent directement à la présidence. C'est absolument prouvé.

5:02Speaker A

Évidemment, découvrir le cadavre du procureur quelques jours seulement après cette interview ébranle tout le pays. Dans l'appartement, on répertorie les premiers éléments. D'un côté, la porte de la salle de bain était fermée de l'intérieur. Le coup a été tiré à bout portant. Il n'y a aucune autre trace ADN, aucun signe d'intrusion ni de lutte. La position du corps qui bloque la porte, cela concorde avec la thèse du suicide.

5:29Speaker A

Mais Alberto Lissman n'a laissé aucun mot d'adieu. Pas même à ses deux filles. Une porte de service est restée ouverte, elle donne accès à l'appartement. On ne retrouve pas de trace de poudre sur ses mains et curieusement, les caméras de surveillance du quartier ne fonctionnent pas ce jour-là. Nisman avait également rédigé une liste de courses pour le lendemain adressée à la femme de ménage. Enfin, une journaliste raconte avoir reçu un texto de Nisman, un texto la veille qui disait relax, accompagné d'un smiley.

6:01Speaker A

Tout cela ne correspond pas à l'idée d'un homme qui s'apprête à mettre fin à ses jours. Alors, que s'est-il passé? Aurait-il subi des pressions et, acculé, se serait-il suicidé? Des hommes seraient-ils intervenus sans laisser de traces? S'il se sentait aussi menacé, pourquoi ses gardes du corps l'ont-ils laissé seul pratiquement tout un week-end? Et puis il ne répondait pas au téléphone. Pourquoi ont-ils attendu si longtemps avant de s'inquiéter?

6:32Speaker A

Au-delà des questions qui s'accumulent sur ce mystérieux décès, c'est surtout une plaie qui se rouvre et pour tout un pays avec la mort du magistrat Alberto Nisman. Une plaie qui nous ramène vingt ans plus tôt, en 1994.

6:47Speaker D

Terrible, por Dios, terrible.

6:52Speaker A

¿Por qué la Argentina?

6:54Speaker F

Por qué el terror? Por qué el lunes?

6:56Speaker C

Pourquoi l'Argentine? Pourquoi la terreur? Pourquoi ce lundi?

7:01Speaker F

Sept étages pulvérisés, la panique dans ce quartier très commercial de Buenos Aires, dévasté par une bombe de très forte puissance. L'immeuble visé était le principal point de rassemblement des Juifs argentins. Il abritait l'organisation caritative centrale de la communauté. Au moment de l'explosion, il y avait quatre-vingts personnes à l'intérieur.

7:21Speaker A

Le lundi 18 juillet 19 1994, à 9h53, un attentat suicide frappe la capitale argentine dans le quartier de Once, en plein centre. L'explosion détruit entièrement l'immeuble de la AMIA et le choc est considérable. C'est le plus grave attentat qui ait touché l'Argentine, voire toute l'Amérique du Sud depuis des siècles. Et surtout, c'est le pire attentat antisémite en dehors d'Israël depuis la Seconde Guerre mondiale. Les aéroports sont fermés, Et 3 jours de deuil national sont déclarés.

7:59Speaker A

Face à ces images de ruines et de corps disparus sous les décombres, l'émotion touche la planète entière. Il faut dire que le lieu même de cet attentat n'est pas anodin. La Mina de Yahya est un lieu historique et central pour les Argentins d'origine juive. L'Association Mutuelle Israélienne d'Argentine existe depuis plus d'un siècle à Buenos Aires. Elle est à la fois un lieu culturel et social, un espace d'entraide et d'école en plein cœur des quartiers juifs de la capitale.

8:30Speaker A

Et la DAIA, la Délégation des Associations Israéliennes Argentines, est une sorte d'organe politique de la communauté juive argentine. En plus des nombreuses victimes, ce sont donc aussi des institutions, des représentations de cette population qui sont visées et qu'il fallait faire disparaître avec cet attentat. Pendant ce temps, les secouristes s'affairent toujours sur les lieux de la tragédie.

8:54Speaker G

Le sauvetage du concierge de l'immeuble qui abritait l'association juive vient de redonner confiance aux pompiers et aux secouristes. Depuis lundi, ils travaillent sans se reposer au milieu des décombres. Ils ont déjà évacué 150 blessés. Alors que les équipes s'affairent, une partie du bâtiment toujours debout se met à bouger. Fracas, cris, plusieurs pompiers disparaissent. C'est la stupeur. L'immeuble de 7 étages vient de finir de s'écrouler. Avec leurs chiens, des spécialistes venus d'Israël tentent de dégager les survivants. Les sauveteurs ont entendu des appels. Plusieurs personnes ensevelies pourraient encore être en vie 48 heures après l'attentat.

9:34Speaker A

Au total, il y aura 85 morts et 250 blessés. À la AMIA se trouvait également la grande bibliothèque et les archives de l'histoire des Juifs d'Argentine. Toute cette mémoire s'est éteinte d'un coup dans l'explosion. Une mémoire particulière, tant la présence juive dans ce pays épouse une histoire et des contours singuliers. De 1880 jusqu'à 1930, la toute jeune République argentine mène une politique favorable à l'immigration.

10:07Speaker A

Elle accueillera jusqu'à 3 millions d'immigrants, principalement venus d'Europe centrale et orientale, parmi lesquels on compte de nombreux Juifs. Dont la population atteint environ 200 000 à 300 000 personnes, auxquelles s'ajoutent bientôt des dizaines de milliers de réfugiés pendant la Seconde Guerre mondiale. Au total, ce pays d'Amérique latine compte la première population juive de langue espagnole et l'une des principales diasporas du monde.

10:34Speaker A

Ici, les Juifs ont connu des périodes de pogroms et d'antisémitisme importants, notamment pendant la dictature, à la fin des années 70 et au début des années 80. Où l'on compte sur une représentation de victimes et de disparus d'origine juive sous le régime de Videla très importante. Ainsi, l'attentat contre la AMIA touche en plein cœur la communauté et au-delà, il fait rejaillir une part sombre de l'histoire du pays.

11:01Speaker A

Cet attentat fait également écho à un autre événement terrible. D'ailleurs, le président de l'époque, Carlos Nemen, s'empresse de joindre le gouvernement israélien pour présenter ses excuses. Parce que seulement 2 ans plus tôt—

11:22Speaker H

Hier, une énorme explosion secoue la capitale argentine. Des images terrifiantes filmées par un habitant de la ville. L'ambassade israélienne venait d'être détruite par une voiture piégée. Les immeubles avoisinants, une crèche, une école, une maison de repos sont touchés. Plus de 230 civils, des enfants et des vieux, grièvement blessés. La représentation diplomatique d'Israël était une véritable forteresse. Il n'en reste désormais que les murs latéraux et l'arrière de l'immeuble. Ce soir, les secouristes ont perdu tout espoir de retrouver des survivants. Le djihad islamique, mouvement intégriste pro-iranien basé au Liban, a revendiqué l'attentat.

12:03Speaker A

Le 17 mars 1992, en plein Buenos Aires déjà, un attentat frappe le pays. Il touche l'ambassade israélienne et fait 28 morts, dont 11 Israéliens, et 240 blessés. L'attentat est rapidement revendiqué, 2 fois même, par une obscure organisation palestinienne inconnue et par une organisation nazie en lien avec des militaires d'extrême droite. Cet attentat met en lumière une étendue des attaques contre l'État d'Israël à travers le monde.

12:32Speaker A

Le conflit régional entre ce pays et ses voisins arabes prend dans les années 90 une dimension mondiale, donc, avec des attaques et des attentats ciblés Celui contre l'ambassade met aussi en lumière la zone de la triple frontière entre le Paraguay, le Brésil et l'Argentine, qui derrière le haut lieu touristique des chutes d'Izagu est un centre majeur de trafic de contrebande et aussi, moins connu, un point de passage du terrorisme djihadiste dans la région.

13:04Speaker A

À partir de là, question que tout le monde se pose: C'est pourquoi l'Argentine? Après avoir sollicité l'aide du Mossad et des États-Unis, l'enquête de l'attentat contre l'ambassade en 92 dessine l'hypothèse suivante: il s'agirait de punir le gouvernement argentin et le président Carlos Menem d'avoir suspendu l'envoi de matériel nucléaire à l'Iran. Un an plus tard, en 93, Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères, déclare connaître l'identité des auteurs de l'attentat Et surtout, il confirme qu'ils auraient été téléguidés par l'Iran.

13:41Speaker A

Alors, inévitablement, quand 2 ans plus tard, en juillet 94, l'Argentine est de nouveau frappée contre l'AMIA, cet attentat contre l'AMIA, tous les regards se tournent de nouveau en direction de l'Iran.

13:54Speaker I

Ces 4 visages à la une de la presse argentine sont ceux de 4 anciens diplomates iraniens en poste à Buenos Aires, recherchés par la justice. Ils font l'objet depuis quelques heures de mandats d'arrêt internationaux. Ils sont tous les 4 soupçonnés de complicité dans l'attentat perpétré le 18 juillet dernier contre l'immeuble abritant une association juive à Buenos Aires. L'explosion d'une camionnette piégée avait fait 88 morts et 159 blessés.

14:17Speaker I

Au total, ce sont 7 Iraniens qui sont dans le collimateur du juge antiterroriste argentin, car Juan José Galeano a également mis en cause 3 diplomates actuellement en poste à la mission diplomatique iranienne. Après 3 semaines d'enquête, la piste iranienne semble donc se confirmer. Téhéran a officiellement protesté aujourd'hui contre la mise en cause de ses diplomates. Mais ce soir, le président argentin Carlos Menem laisse entendre que l'ambassadeur d'Iran à Buenos Aires pourrait être expulsé.

14:45Speaker A

Évidemment, Israël est furieux contre le gouvernement argentin. Il l'accuse de ne pas avoir pris la mesure de l'attentat précédent. Aucune sécurité spécifique n'était prévue sur les lieux de confession juive. Est-ce que la signature des accords d'Oslo un an plus tôt a eu un rôle dans ce second attentat? Quoi qu'il en soit, Israël rappelle que quelques semaines plus tôt, le Mossad avait alerté que le Hezbollah pouvait mener des opérations anti-israéliennes à l'étranger suite à l'enlèvement le 21 mai 1994 de son leader Abbas Moussaoui et le raid meurtrier opéré le 2 juin 94 par l'aviation israélienne contre une base du Hezbollah au Liban, provoquant la mort de 35 personnes.

15:27Speaker A

Ainsi, Israël avait alerté. Mais une fois encore, la question que tout le monde se pose, c'est pourquoi viser l'Argentine? Et là encore, c'est de nouveau la question du nucléaire iranien qui revient. Carlos Menem avait adhéré au Traité de non-prolifération. Pourtant, il continuait une coopération avec Téhéran avec la livraison de nucléaire enrichi. Confronté à une dette abyssale et à une crise économique sans fin, le président argentin ne pouvait pas se passer des contrats à plusieurs centaines de millions de dollars de l'Iran.

16:04Speaker A

Mais en ce début d'année 90, sous la pression des États-Unis et d'Israël, le gouvernement de Menem revoit sa stratégie et annule les contrats. L'attentat contre Lamia serait-il une vengeance de l'Iran? Possible. Le 21 juillet 1994, 3 jours après l'attentat, une immense manifestation est organisée devant le Congrès argentin. Plus de 150 000 personnes se réunissent pour demander justice et mettre la pression sur le gouvernement de Carlos Menem.

16:37Speaker A

En réponse, les autorités essaient de montrer qu'elles avancent. Le 27 juillet, 3 premiers suspects sont arrêtés à Buenos Aires, dont un certain Carlos Tel El Din, le vendeur présumé de véhicules piégés. Il aurait refourgué à un Argentin d'origine syro-libanaise, Jacinto Cano Redoul, dont on découvre qu'il a un lien avec Mohsen Rabbani, chef spirituel de la communauté chiite en Argentine depuis 1983 et conseiller culturel à l'ambassade iranienne de Buenos Aires.

17:09Speaker A

La piste iranienne prend de l'épaisseur. Un mandat d'arrêt international est lancé contre Rabbani. Et puis plus rien. L'enquête s'enlise, patine, n'avance plus. Il faudra attendre juillet 96, 2 ans après le drame, pour noter une première avancée sur le terrain judiciaire.

17:29Speaker H

18 juillet 1994, un attentat à la voiture piégée est perpétré contre le centre de la communauté juive argentine à Buenos Aires. Le bilan est très lourd: 86 morts et près de 200 blessés. Aujourd'hui, on se policier de Buenos Aires ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête. Sur la liste, des officiers et des sous-officiers. Accusation à leur encontre: la revente de véhicules volés dont l'un aurait été utilisé par les auteurs de l'attentat. Les policiers devraient être présentés lundi au juge chargé d'instruire le dossier. Certains d'entre eux avaient déjà été interpellés peu après l'attentat. 6 autres policiers sont encore recherchés dans le cadre de cette enquête.

18:14Speaker A

Cette piste locale, constituée de policiers d'extrême droite qui auraient aidé les terroristes, est due en grande partie à la pression des associations de victimes de l'attentat. Depuis 2 ans, elles mettent des actions en place, lancent des appels pour que la vérité soit établie. Les journalistes, eux aussi, enquêtent et d'autres pistes émergent. Bon an, mal an, l'enquête avance et en novembre 2001 s'ouvre un premier procès de l'attentat contre Lamia.

18:42Speaker A

Sur le banc des accusés, une vingtaine de personnes, toutes argentines, mais plutôt des personnalités de second plan. Parmi elles, Carlos Telleldín, le propriétaire de la voiture, et des policiers qui auraient été de mèche. Finalement, ce procès mène à quelques condamnations, mais il est rapidement relancé par deux nouvelles révélations qui bouleversent l'affaire. En juillet 2002, Le New York Times accuse Carlos Menem d'avoir empoché 10 millions de dollars de la part de Téhéran pour éloigner la responsabilité iranienne.

19:15Speaker A

L'année suivante, une vidéo entache l'affaire. On y voit le procureur chargé de l'enquête, Juan José Galeano, proposer 400 000 dollars au principal suspect, Carlos Telvín, en échange d'un témoignage contre des policiers locaux. Tous les ingrédients du labyrinthe sont donc en place autour de la tragédie de l'attentat de la Mia. Les méandres de la corruption, de l'antisémitisme, les enjeux politiques et les pressions internationales plus larges, tout cela se mêle.

19:48Speaker A

Et cette impasse va durer plus de 10 ans pour finalement ressurgir ce 18 janvier 2015 avec la découverte du corps d'Alberto Nisman dans la salle de bain de son appartement. Ce jour-là, un homme est mort et c'est toute la mémoire d'une tragédie qui se réveille, celle d'une véritable affaire d'État.

20:31Speaker J

Búsquenme donde se esconde el sol, donde exista una canción. Búsquenme a orillas del mar. Besándoles espuma y la sal. Búsquenme, me encontrarán en el país de la libertad. Búsquenme, me encontrarán en el país de la libertad. Libertad de la libertad. Búsquenme donde se detiene el viento, donde haya paz o no existe el tiempo, donde el sol seca las lágrimas. De las nubes en las mañanas, de la libertad.

22:34Speaker A

Vous écoutez Affaires sensibles sur France Inter. Aujourd'hui, l'attentat antisémite de Buenos Aires.

22:39Speaker K

Affaires sensibles. Fabrice Drouel.

22:44Speaker F

L'immense rassemblement a commencé de jour et sans parapluie. Quelques heures plus tard, ils sont des centaines de milliers, 400 000 personnes au moins, à braver les intempéries pour une marche silencieuse en hommage au procureur Alberto Nisman, dont la mort suspecte ébranle les murs du palais présidentiel. Dans le cortège, des magistrats et des opposants à l'actuel pouvoir, mais le mouvement rassemble surtout la classe moyenne argentine qui aujourd'hui réclame justice.

23:17Speaker L

Fíjate, este es el pueblo.

23:18Speaker H

Ici c'est le peuple et le peuple veut la justice, rien de plus.

23:22Speaker A

Todo el mundo viene a la calle hoy.

23:25Speaker C

Ils viennent ici non pas parce qu'ils aiment la pluie, mais pour se mouiller et pour montrer le mécontentement qui gagne la population.

23:38Speaker A

18 février 2015, sous la pluie, à l'initiative des procureurs, juges et avocats du pays, une manifestation monstre est organisée à Buenos Aires. Des centaines de milliers de personnes envahissent les rues. Le nom du juge est tagué sur tous les murs. Les manifestants arborent des t-shirts Je suis Nisman, en écho au Je suis Charlie, le Français victime de l'attentat annoncé quelques semaines auparavant. D'autres scandent que Nisman est la 86e victime de l'attentat contre la Mia.

24:09Speaker A

Cette mort, justement, que dit-elle? Reprenons l'enquête où elle a été laissée, c'est-à-dire au stade des questions. Suicide? Assassinat? Pression extérieure? Les enquêteurs et la juge chargée de l'affaire reprennent tout dans l'ordre. Tout d'abord, l'arme du crime. Elle appartient à un certain Diego Lagomarsino, un informaticien qui travaille pour Alberto Nisman. Il affirme que le procureur lui a demandé la veille de sa mort s'il avait une arme et si oui, s'il pouvait lui apporter, car il se savait menacé.

24:40Speaker A

Cette découverte et ce témoignage renforcent le trouble. Et puis inévitablement, tous les regards se tournent vers Cristina Kirchner, la présidente de l'Argentine. 3 jours avant sa mort, Alberto Nisman, avait annoncé qu'après des milliers d'heures d'écoutes téléphoniques et d'une enquête de plus de 10 ans, il était arrivé à la conclusion que Cristina Kirchner était, et a été élue depuis 2007, et son ministre des Affaires étrangères Hector Timerman, tous les deux ont fait entrave à la justice par un pacte d'impunité conclu avec l'Iran.

25:17Speaker A

En échange d'une reprise des échanges commerciaux entre les deux pays, notamment sur le pétrole, l'Iran ne serait plus inquiété dans l'enquête sur Lamia. Pour masquer cette réorientation, Cristina Kirchner et les autorités iraniennes ont annoncé le lancement d'une commission de la vérité. Alberto Nisman, lui, soupçonnait un écran de fumée et voulait le prouver. D'ailleurs, dans la poubelle de l'appartement où il est retrouvé mort, on retrouve des documents qui montrent qu'Alberto Nisman voulait placer la présidente argentine en détention.

25:50Speaker A

Ou lui interdire de quitter le territoire. Sous pression, tout le monde scrute la réaction de la présidente. Après avoir parlé de suicide dans une première réaction sur les réseaux sociaux, elle semble ensuite changer d'avis dans une déclaration à la télé.

26:04Speaker M

On ne m'intimide pas, on ne me fait pas peur. Qu'ils disent ce qu'ils veulent, que les juges me convoquent, que les procureurs présentent leur plainte, mais je ne peux permettre sous aucun prétexte qu'on menace la démocratie à travers la peur et l'extorsion. Et je crois que nous avons une magnifique opportunité non seulement d'éclaircir la mort du procureur Nisman, de démontrer en même temps qu'il est possible de reconstruire la confiance des Argentins dans le pouvoir judiciaire, mais aussi que cet éclaircissement peut nous conduire comme le fil d'Ariane à la sortie du labyrinthe.

26:40Speaker A

Face aux soupçons, Cristina Kirchner décide donc de contre-attaquer. Selon elle, ces accusations tombent à pic. L'élection présidentielle a lieu dans un an. Quoi de mieux pour la déstabiliser qu'une accusation dans la plus grande affaire du pays depuis 10 ans? Elle met en avant la faiblesse des preuves et des éléments contre elle dans le dossier. Elle rappelle que depuis 10 ans, Alberto Nisman a changé plusieurs fois de version, de piste, d'hypothèse.

27:07Speaker A

Pour la présidente, le magistrat aurait été manipulé puis sacrifié par les services secrets argentins. Un homme en particulier se retrouve en pleine lumière: Jaime Stiuso, surnommé le roi des espions ou le James Bond argentin. Cet homme de 61 ans, dont 43 passés dans les renseignements argentins, était l'informateur principal d'Alberto Nisman. Après le procureur et la présidente, il ne manquait plus qu'un espion dans notre puzzle.

27:35Speaker A

Alors, qui est ce Jaime Stiuso et pourquoi Cristina Kirchner décide-t-elle de s'en prendre à lui? Élue en 2007, Cristina Kirchner prend la suite de son mari Néstor Kirchner, président argentin de 2003 à 2007. Donc ensemble, ils s'inscrivent dans l'héritage du péronisme argentin, du nom du premier président de la République argentine. L'un et l'autre incarnent une rupture franche avec les années libérales et conservatrices de Carlos Menem et de l'intermède Roua, emportés par la crise économique qui frappe le pays au début des années 2000.

28:10Speaker A

Cette rupture, Nestor Kirchner entend l'illustrer par la relance de l'enquête sur l'attentat de la MIA. Un premier procès de l'affaire s'était achevé le 2 septembre 2004 dans un climat de frustration, car un non-lieu avait été prononcé pour les 5 Argentins poursuivis pour avoir fourni un soutien logistique. En rupture avec ce jugement, Nestor Kirchner commence par reconnaître la responsabilité de l'État. Et crée un parquet spécial, l'UFIAMIA, dont la direction est confiée au procureur Alberto Nisman.

28:45Speaker A

C'est à partir de là que le jeune procureur entre en jeu pour établir la vérité sur l'attentat. Nisman hérite d'un véritable mini-ministère: 40 employés, de vastes locaux, un budget quasi illimité, et surtout Nestor Kirchner le met en lien avec Antonio Horacio Sousa, alias Jaime, le fameux espion argentin. Avec cette nouvelle équipe, le procureur arrive bientôt à des conclusions et nomme un suspect le 10 novembre 2005.

29:14Speaker C

Nous sommes parvenus à identifier l'auteur matériel de l'attentat contre la mine, plus précisément qui était le conducteur suicide. Il s'agit du citoyen libanais militant Hezbollah Ibrahim Hussein Bero.

29:29Speaker A

Pour Alberto Nisman, la piste à suivre, c'est donc la piste iranienne. Une conviction renforcée par les rapports que lui remet l'agence Stiuso, qui tous accusent Ali Rafsanjani, le président iranien au moment des faits, et 7 membres de son cabinet, responsables selon Nisman et Stiuso d'avoir financé et planifié l'attentat par le biais du Hezbollah. Ainsi, en 2006, Alberto Nisman obtient que soient émis des mandats d'arrêt internationaux et des notices rouges d'Interpol à l'encontre des principaux suspects.

29:59Speaker A

Des 11 fonctionnaires iraniens, parmi lesquels l'ex-président Hassan Djiani et l'attaché culturel Mohsen Rabani. Mais là encore, cela ne débouche sur aucune arrestation à l'étranger, aucune collaboration à l'international. Et Christina Kirchner dans tout ça? Lorsqu'elle prend la suite de son mari en 2007, un grand bouleversement survient, et rapidement. Car en 2008, Barack Obama est élu président des États-Unis et engage des discussions inédites avec l'Iran sur la question nucléaire.

30:33Speaker A

Une révolution diplomatique est en cours, souvent liée au grand voisin états-unien. L'Argentine doit s'adapter. C'est dans cette logique que Cristina Kirchner lance un projet de mémorandum avec la République islamique. Conséquence directe, ce projet met un frein à l'enquête de Nisman. Et quelques mois plus tard, Jaime Stuccio est débarqué. Alors Nisman contre-attaque et passe à l'offensive. Il veut relancer l'enquête avec ses révélations contre Cristina Kirchner et Hector Timerman, le ministre des Affaires étrangères.

31:07Speaker A

Mais il ne pourra pas aller jusqu'au bout. Et de nouveau, l'affaire de la Mia, désormais liée à la mort suspecte du procureur Nisman, rejoint le théâtre des ombres de la justice argentine. Face à cette situation, l'ex-femme d'Alberto Disman, sa famille, ses filles rejoignent les associations des victimes de Lamia et continuent le chemin vers la vérité. Et de nouveau, des actions sont lancées ainsi que des manifestations et des hommages.

31:35Speaker A

Chaque année notamment, ils se retrouvent pour honorer la mémoire de l'attentat contre Lamia. Au cours de l'un de ces rassemblements, un participant témoigne.

31:44Speaker L

Berta Kosup de Loche. Luis Kupczyk. Agustín Diego Leu. Andrés Gustavo Malamud.

31:55Speaker A

Rita Borona.

31:56Speaker B

Encore un anniversaire qui traverse les méandres de la justice, de la politique. Cette affaire Amiens qui n'en finit pas de provoquer des secousses. Les audiences du procès ont lieu une ou deux fois par semaine. Là-bas, dans la salle AMIA, au sous-sol où la justice argentine est tombée au plus bas. Comme dans une réalité parallèle où se tissent des histoires et de nouvelles dissimulations.

32:33Speaker A

Cette lutte pour la vérité finit par payer. Premier coup de théâtre le 3 janvier 2018, près de 3 ans après la mort suspecte du procureur Alberto Nisman. Le magistrat argentin en charge de l'enquête conclut un assassinat. Le juge précise avoir recueilli suffisamment de preuves pour affirmer qu'on a tiré une balle dans la tête du procureur. Quelque temps plus tard, c'est Diego Lagomarsino, l'informaticien qui a donné l'arme à Alberto Nisman, qui est suspecté sans que cette piste n'aboutisse.

33:03Speaker A

Et finalement, en 2024, près de 10 ans après la mort d'Alberto Nisman et après l'élection de Javier Milei, qui avait lui aussi promis d'établir la vérité sur cette affaire qui hante l'Argentine, l'information tombe.

33:15Speaker M

L'Iran accusé par la justice argentine d'être derrière les attentats de Buenos Aires, ceux commis en 1992 et 94 contre la communauté juive. La Chambre fédérale de cassation a également désigné le Hezbollah comme l'auteur des attaques et a qualifié les deux attentats de crimes contre l'humanité. Explications de notre correspondante à Buenos Aires, Caroline Wick.

33:38Speaker K

Une décision historique pour la communauté juive en Argentine, victime en 92 d'un attentat contre l'ambassade d'Israël qui a fait 29 morts, et en 94 d'une attaque à la voiture piégée à Lamia, la mutuelle juive, faisant 85 morts et 300 blessés. Depuis près de 30 ans, l'enquête piétine et a même été entravée. Les raisons de ces attaques pour les juges: la décision unilatérale du gouvernement argentin en début des années 90 d'annuler 3 contrats de fourniture de matériel nucléaire à l'Iran.

34:08Speaker K

Hier soir, le président Milei, en voyage aux États-Unis, a publié un communiqué célébrant la décision de la Chambre de cassation qui met fin, je cite, à des décennies de prorogations et d'entraves, avant d'affirmer que depuis son élection, c'est terminé l'ère de l'impunité en Argentine.

34:28Speaker A

Légère consolation dans une affaire qui aujourd'hui encore reste en grande partie mystérieuse. Et qui révèle les méandres et complexités de la corruption et du poids de l'histoire en Argentine. Une mémoire contrariée au cœur de laquelle l'antisémitisme tient une place particulière dans un pays qui a longtemps peiné à panser ses plaies. Face à cela, la classe politique et les institutions n'ont pas toujours été à la hauteur des enjeux.

34:51Speaker A

Elles ont laissé pendant près de 2 décennies des attentats antisémites sans résolution. Une situation qui rappelle cette phrase d'Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix pour la défense des droits de l'homme sous la dictature argentine. Nous n'avons pas lutté pour cette médiocrité. C'était Affaires sensibles aujourd'hui, l'attentat antisémite de Buenos Aires. Une émission que vous pouvez réécouter en podcast, bien sûr.

35:21Speaker A

Récit documentaire Simon Maisonneuve, rédaction chef Franck Cognard, chargé de programme Rebecca Donnant, Programmation musicale Valentine Cheudebois, réalisation Stéphane Combes. À la technique aujourd'hui, il y avait Florian Dorimini.

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