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Slobodan Despot : Propagande, psyops et conséquences ?
2026-10-132:36:27Original: FR
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Résumé
Dans cet épisode de Thinkerview, l’animateur, dont l’identité n’est pas confirmée dans le transcript, reçoit Slobodan Despot, écrivain et éditeur suisse d’origine serbo-croate. Despot présente son parcours dans l’édition, ses romans sur la guerre en Yougoslavie et la menace nucléaire, ainsi que L’Antipresse, revue hebdomadaire qu’il dirige. La conversation porte principalement sur la propagande et la façon dont, selon lui, les États et les médias réduisent des réalités complexes à des récits opposés entre « eux » et « nous ». Il décrit le conditionnement des individus, critique les étiquettes politiques et défend l’importance d’examiner les arguments indépendamment de leur source. Il estime aussi qu’apprendre la langue de l’autre aide à mieux comprendre ses positions.
À propos de la guerre en Ukraine et des relations entre la Russie et l’Europe, Despot présente une lecture très critique des choix occidentaux. Il affirme que le conflit ukrainien a commencé en 2014, évoque les événements de Bosnie et de Yougoslavie comme exemples de récits de guerre contestés, et reproche aux dirigeants européens de se détourner du dialogue diplomatique. Il soutient que l’Europe vit dans une « hypernormalisation », c’est-à-dire une représentation idéalisée du monde qui ne correspondrait plus au réel, et met en garde contre l’image d’un ennemi utilisée pour entretenir la peur et justifier des dépenses d’armement. Ses interprétations géopolitiques et ses affirmations controversées sont présentées comme ses propres positions, et non comme des faits établis par l’entretien.
L’échange aborde également le journalisme comme fonction liée à la parole, la pandémie de Covid, les effets des sanctions et la place de la Russie dans l’histoire culturelle européenne. En conclusion, Despot ramène les crises extérieures à une question plus intérieure : notre capacité à nous comprendre et à reconnaître le réel. Il recommande Moby Dick, L’Abolition de l’homme et Les Frères Karamazov.
Idées principales
01
Parcours d’écrivain et d’éditeur
Slobodan Despot se présente comme Suisse d’origine serbo-croate et yougoslave, écrivain et éditeur. Il évoque son travail aux éditions L’Âge d’Homme, la direction des éditions Xenia et son activité de chroniqueur des temps présents.
Slobodan Despot· Invité
02
L’Antipresse comme projet central
Slobodan Despot dit se consacrer particulièrement, depuis 2015 et surtout 2020, à L’Antipresse, revue qu’il dirige avec une petite équipe. Il la décrit comme un projet qui cherche à interpréter les événements dans plusieurs domaines, avec une forte dimension littéraire.
Slobodan Despot· Invité
03
Mettre l’être humain au centre
Slobodan Despot décrit l’approche de L’Antipresse comme marginale parce qu’elle place au centre de la compréhension du monde l’être humain, à la fois protagoniste et témoin de son époque. Il oppose cette approche à une vision qui réduirait la personne à ses seules fonctions ou à ses organes.
Slobodan Despot· Invité
04
La propagande comme conditionnement
Slobodan Despot rapproche les théories de la propagande associées à Tchakhotine et Bernays : elles reposeraient sur des stimuli liés à des récompenses ou à des punitions. À ses yeux, une fois le comportement acquis, le contenu politique du message devient secondaire par rapport au conditionnement.
Slobodan Despot· Invité
05
Évaluer les responsables par leur compétence
Slobodan Despot distingue l’évaluation des compétences d’un responsable de l’approbation de sa politique. Il cite Sergueï Lavrov, S. Jaishankar et Wang Yi pour illustrer ce qu’il considère comme la maîtrise des dossiers, du raisonnement et des langues.
Slobodan Despot· Invité
06
Comprendre la langue de l’interlocuteur
Slobodan Despot considère que comprendre la langue d’un interlocuteur est un avantage en diplomatie, même lorsqu’on s’exprime par traducteur. Il dit notamment que la compréhension du russe peut permettre de suivre les propos avant leur traduction.
Slobodan Despot· Invité
07
Les étiquettes comme outil de propagande
Slobodan Despot décrit l’étiquetage comme une technique qui réduit une réalité complexe à des catégories simples. Selon lui, celui qui propage un récit peut regrouper des individus sous une même étiquette, puis présenter ce groupe comme homogène.
Slobodan Despot· Invité
08
Une parole publique inégalement distribuée
Slobodan Despot affirme que, dans les sociétés modernes, certains s’arrogent le monopole de la parole publique tandis que d’autres pensent ne pas y avoir droit. Il relie cette distinction, en France, à des manières de parler et à des accents socialement interprétés.
Slobodan Despot· Invité
09
La parole libre a un coût
Slobodan Despot relie le projet de Thinkerview à l’expérience de L’Antipresse : il dit avoir anticipé le besoin de canaux confidentiels ou semi-confidentiels. Il soutient que s’exprimer librement n’a jamais été entièrement gratuit.
Slobodan Despot· Invité
10
Lire l’Ukraine à partir de 2014
Slobodan Despot situe le début de la guerre en Ukraine en 2014, et non en 2022. Il construit ensuite une analogie hypothétique avec un pouvoir renversé et une population discriminée pour expliquer sa lecture des événements.
Slobodan Despot· Invité
11
La diplomatie doit parler à l’adversaire
Slobodan Despot définit la diplomatie comme l’art de parler à un interlocuteur dont les intérêts et la vision diffèrent des siens. Selon lui, lorsque la diplomatie s’arrête, les mots cèdent la place aux armes.
Slobodan Despot· Invité
12
Le journalisme comme fonction liée à la parole
Slobodan Despot considère que les professions qui reposent sur l’usage du verbe ont une dimension sacerdotale. Il distingue toutefois cette fonction sociale du journalisme comme carrière professionnelle et estime que cette dernière est compromise dans les conditions actuelles.
Slobodan Despot· Invité
13
Débattre pour faire avancer la compréhension
Slobodan Despot explique qu’il ne cherche pas à imposer son ego ou ses vues, mais à faire avancer la compréhension d’un sujet. Il juge que l’interruption et les slogans renseignent davantage sur la personne qui les emploie que sur le fond du débat.
Slobodan Despot· Invité
Les principaux enseignements
01
Distinguer propagande et désinformation
Slobodan Despot distingue la diffusion d’une thèse, qu’il rattache au sens étymologique de « propagande », du fait de raconter délibérément une fausseté, qu’il appelle désinformation. Cette distinction ne permet pas, à elle seule, de déterminer si le contenu propagé est vrai.
Slobodan Despot· Invité
02
La source ne remplace pas l’examen du contenu
Slobodan Despot reproche aux discours de classer un message d’après sa provenance au lieu d’examiner ce qu’il dit. Il applique cette critique aux accusations et sanctions qu’il évoque dans l’entretien; ses exemples et leur interprétation restent les siens.
Slobodan Despot· Invité
03
La contradiction peut venir de la fidélité à une ligne
Slobodan Despot avance que certains Européens ne manqueraient pas seulement de volonté de comprendre la Russie, mais manifesteraient une volonté de ne rien savoir. Il cite comme illustration son affirmation selon laquelle des diplomates européens quittent la salle lorsqu’un diplomate russe prend la parole.
Slobodan Despot· Invité
04
Rectifier une erreur au rythme de la revue
Slobodan Despot dit que L’Antipresse a publié une correction après qu’il s’est fait piéger par une intelligence artificielle. Il explique que la rectification est venue la semaine suivante, la revue paraissant une fois par semaine.
Slobodan Despot· Invité
Autres propos et discussions
01
Une chronique à la Radio Suisse
Slobodan Despot confirme avoir été chroniqueur pendant neuf ans dans l’émission Les Beaux Parleurs. Il décrit plus tard cette émission comme une joute dominicale où des personnes de mondes différents commentaient les mêmes événements.
Slobodan Despot· Invité
02
Son rapport à sa page Wikipédia
Slobodan Despot dit ne pas consulter sa page Wikipédia et ne pas savoir qui l’a modifiée. Il répond à l’animateur après que celui-ci a décrit les accusations qu’il y aurait lues.
Slobodan Despot· Invité
03
Un exemple médiatique sur le climat
Slobodan Despot critique un article dont l’animateur lui rapporte le titre : il associait le mariage de jeunes filles à 12 ans au réchauffement climatique. Despot affirme que de telles explications lui semblent révélatrices d’un organe de propagande; l’extrait ne donne pas le nom du journal ni de l’article.
Slobodan Despot· Invité
04
Le récit russe du missile et des lave-linge
Slobodan Despot tourne en dérision l’idée, qu’il attribue à Ursula von der Leyen, que des composants de machines à laver serviraient à produire des missiles hypersoniques russes. Il s’agit dans l’échange d’une réplique ironique, pas d’une enquête sur les composants des missiles.
Slobodan Despot· Invité
05
Les débats sur les camps en Bosnie
Slobodan Despot raconte avoir participé en 1992 à une expédition liée à Elie Wiesel pour examiner les accusations concernant des camps en Bosnie. Il dit que les participants ont visité des lieux de détention à Sarajevo et le camp de Manjača; son récit personnel ne constitue pas, à lui seul, une validation indépendante de ses conclusions.
Slobodan Despot· Invité
06
L’enquête de Jacques Merlino
Slobodan Despot raconte que le journaliste Jacques Merlino a poursuivi une enquête après l’expédition en Bosnie. Il présente son livre Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire comme un contre-récit portant notamment sur l’influence d’une agence de communication; il ne fournit pas de vérification externe de ces affirmations.
Slobodan Despot· Invité
07
L’OTAN et l’élargissement vers l’Est
Slobodan Despot met en avant les avertissements de responsables américains et européens contre l’élargissement de l’OTAN vers l’Est. L’animateur conteste sa présentation en soulignant le désir d’indépendance de peuples locaux; Despot admet que cet argument vaut, selon lui, pour la période allant approximativement de 1985 à 2000.
Slobodan Despot· Invité
08
Le coût des hydrocarbures
Slobodan Despot affirme que l’Europe aurait pu acheter des hydrocarbures à la Russie à un prix bien inférieur à celui qu’il associe aux achats actuels via les États-Unis. L’animateur balaie cette question comme secondaire; le transcript ne documente pas la comparaison de prix.
Slobodan Despot· Invité
09
L’exemple de la balle de tennis
Slobodan Despot raconte un test cognitif où des étudiants devaient lâcher une balle en marchant pour atteindre une cible au sol. Il dit que moins d’un tiers aurait pensé à la lâcher avant d’arriver au-dessus de la cible; l’extrait ne donne ni étude ni référence permettant de vérifier ce chiffre.
Slobodan Despot· Invité
10
Les conseillers stratégiques d’autrefois
Slobodan Despot dit avoir discuté avec le général Pierre-Marie Gallois, dont il fut l’éditeur, et attribue à ces échanges un rôle dans l’écriture de son roman Le Rayon Bleu. Il déplore le remplacement, selon lui, de stratèges pragmatiques par des intervenants publics répétant des slogans.
Slobodan Despot· Invité
11
Le cadre médiatique modifie l’échange
Slobodan Despot rappelle que la conversation est filmée et destinée à des milliers de personnes. Il estime que la présence de caméras change la manière de parler et de juger par rapport à une conversation privée.
Slobodan Despot· Invité
12
Une critique de la transition écologique européenne
Slobodan Despot critique les mesures européennes de réduction des émissions si elles ne sont pas suivies par le reste de la planète. Il avance que l’effort isolé d’une fraction limitée de la population mondiale ne peut suffire; cette conclusion relève de son argumentation dans l’entretien.
Slobodan Despot· Invité
13
Les débats aux États-Unis et en France
Slobodan Despot apprécie certains débats américains où les participants peuvent s’opposer vivement sur des questions de fond. Il décrit les débats français comme plus volontiers polémiques et oppose cette pratique à la joute des Beaux Parleurs.
Slobodan Despot· Invité
14
Ce que la cuisine russe raconte selon lui
Slobodan Despot associe la cuisine russe aux plats préparés en petites portions, au thé et à des aliments énergétiques. Il y voit aussi une cuisine souvent faite avec des moyens modestes, ainsi qu’une longue pratique de conservation; il s’agit de sa lecture culturelle, pas d’une règle sur tous les foyers.
Slobodan Despot· Invité
15
Les raisons de sa connaissance de la Russie
Slobodan Despot explique qu’il connaît la Russie par sa vie familiale, ses études de russe, son travail de traducteur d’Alexandre Zinoviev et ses visites régulières depuis l’an 2000. Il précise que son épouse est originaire de Moscou.
Slobodan Despot· Invité
16
La Russie comme partie de l’Europe
Slobodan Despot décrit la guerre russo-ukrainienne comme fratricide et défend l’idée que la Russie fait partie de l’Europe. Il invoque notamment l’histoire politique suisse, la littérature russe, la musique, le cinéma et les sciences.
Slobodan Despot· Invité
17
Des fractures européennes non résolues
Slobodan Despot critique une idée d’Europe qui serait, à ses yeux, davantage administrative et financière que culturelle. Il soutient que les pays européens ne s’attachent pas suffisamment à recoudre leurs anciennes blessures.
Slobodan Despot· Invité
18
Une guerre qui se réglerait militairement
Slobodan Despot prédit que la guerre russo-ukrainienne s’arrêtera lorsque l’armée ukrainienne ne pourra plus combattre et que la Russie déterminera le sort d’une partie du territoire. C’est une prédiction de l’invité, pas un résultat annoncé comme certain par le transcript.
Slobodan Despot· Invité
19
Le risque d’une confrontation nucléaire
Slobodan Despot affirme qu’une confrontation directe avec la Russie ne se ferait pas nécessairement avec des armes conventionnelles : dans le scénario extrême, elle deviendrait nucléaire. Il juge ce scénario peu probable et insiste sur la différence radicale entre guerre conventionnelle et guerre nucléaire.
Slobodan Despot· Invité
20
L’« hypernormalisation » comme cadre d’analyse
Slobodan Despot emploie le terme « hypernormalisation » pour désigner une représentation idéalisée du monde qui permettrait à un système en crise de fonctionner en dépit de faits contraires. Il recommande le documentaire d’Adam Curtis et dit avoir développé ce thème dans ses essais.
Slobodan Despot· Invité
21
L’irénisme de l’après-guerre soviétique
Slobodan Despot refuse l’idée que la génération qui a grandi sous l’URSS soit nécessairement la plus radicale. Il décrit au contraire l’éducation soviétique d’après-guerre comme marquée, selon son expérience, par une volonté d’apaiser les tensions et par un idéal de fraternité des peuples.
Slobodan Despot· Invité
22
Les langues et droits des russophones baltes
Slobodan Despot critique les restrictions linguistiques qu’il attribue à certains pays baltes et évoque les commémorations d’anciens membres de la SS. L’animateur conteste la portée de ces phénomènes; les affirmations de Despot ne sont pas vérifiées par le transcript.
Slobodan Despot· Invité
23
Les accords de Minsk et leur interprétation
Slobodan Despot affirme que François Hollande et Angela Merkel auraient décrit les accords de Minsk comme un moyen de donner du temps au gouvernement de Kiev pour se réarmer. L’échange mentionne ensuite les accords de Budapest, mais Despot dit ne pas en connaître suffisamment le respect par la Russie.
Slobodan Despot· Invité
24
L’attaque contre Nord Stream
Slobodan Despot rappelle l’hypothèse publiée par Seymour Hersh, selon laquelle les États-Unis ou l’OTAN auraient été impliqués dans le sabotage de Nord Stream. Il la présente comme la thèse de Hersh et ajoute ne pas savoir si celui-ci l’a révisée; l’épisode ne tranche pas la responsabilité.
Slobodan Despot· Invité
25
Covid, autorité publique et réflexion personnelle
Slobodan Despot critique les injonctions vaccinales de la période Covid et présente la séquence comme une atteinte au principe « mon corps m’appartient ». Il dit aussi que suivre systématiquement l’autorité ou s’en méfier systématiquement sont deux attitudes mécaniques qui empêchent, selon lui, de réfléchir par soi-même.
Slobodan Despot· Invité
26
Le vaccin comme marché captif, selon Despot
Slobodan Despot relie le financement des vaccins par l’État à la recherche de marchés captifs par l’industrie pharmaceutique, puis compare cette logique à l’industrie de l’armement. Cette analyse économique est la sienne et n’est pas étayée par des données dans l’extrait.
Slobodan Despot· Invité
27
Comprendre les points de vue des combattants
Slobodan Despot dit ne pas chercher à défendre la Russie ni à parler au nom des Russes. Il explique vouloir représenter un point de vue qu’il estime absent des échanges et demande que soient pris en compte les motifs des différents camps.
Slobodan Despot· Invité
28
Trois livres conseillés
Slobodan Despot recommande Moby Dick de Herman Melville pour sa portée métaphysique, L’Abolition de l’homme de C. S. Lewis pour sa réflexion sur l’homme et le réel, et Les Frères Karamazov de Dostoïevski pour ses thèmes familiaux et humains.
Slobodan Despot· Invité
Points de vue controversés
01
Une lecture contestée des événements ukrainiens de 2014
Slobodan Despot interprète le changement de pouvoir à Kiev comme un renversement et décrit la guerre comme ayant commencé en 2014. L’animateur lui oppose l’accusation de reprendre les arguments du Kremlin; l’échange expose une divergence d’interprétation, sans fournir de vérification historique indépendante.
Slobodan Despot· Invité
02
L’OTAN, les Balkans et les objectifs de guerre
Slobodan Despot affirme que les guerres de Yougoslavie ont servi l’objectif d’une implantation de l’OTAN dans les Balkans et relie cet objectif à la destruction de la Yougoslavie. Il s’agit de son interprétation géopolitique; le passage ne démontre pas l’existence d’un objectif unique partagé par tous les acteurs.
Slobodan Despot· Invité
03
Une hypothèse sur les néonazis en Ukraine
Slobodan Despot soutient que des néonazis auraient noyauté des éléments de l’armée ukrainienne et invoque la présence de symboles et de commémorations. L’animateur souligne que cela ne décrit pas toute l’armée et conteste la portée de ces exemples; le transcript ne fournit pas de données permettant de trancher.
Slobodan Despot· Invité
04
Covid : jugement de bon sens ou expertise médicale
Slobodan Despot dit n’être ni médecin ni virologue et affirme s’être fondé sur le bon sens pour rejeter l’idée que le Covid constituait une nouvelle peste. Il met en cause les mesures sanitaires et les injonctions vaccinales; ces opinions sont contestées dans l’échange et ne remplacent pas une évaluation médicale.
Slobodan Despot· Invité
Questions et réponses
Qui est Slobodan Despot ?
Slobodan Despot se présente comme écrivain et éditeur suisse d’origine serbo-croate et yougoslave. Il a travaillé aux éditions L’Âge d’Homme, dirigé les éditions Xenia et dirige L’Antipresse.
Slobodan Despot· Invité
Qu’est-ce que L’Antipresse ?
Slobodan Despot décrit L’Antipresse comme une revue hebdomadaire qu’il dirige avec une petite équipe. Elle cherche à donner du sens à l’actualité par des approches philosophiques, géopolitiques, psychologiques et culturelles.
Slobodan Despot· Invité
Que signifie « psyops » selon l’invité ?
Slobodan Despot répond qu’une psyops consiste à faire croire aux gens des choses qui ne sont pas réelles.
Slobodan Despot· Invité
Quels livres Slobodan Despot recommande-t-il ?
Slobodan Despot recommande Moby Dick de Herman Melville, L’Abolition de l’homme de C. S. Lewis et Les Frères Karamazov de Dostoïevski.
Slobodan Despot· Invité
Thèmes et domaines
Thinkerview
Slobodan Despot
L’Antipresse
Propagande et désinformation
Diplomatie
Russie et Ukraine
Hypernormalisation
Journalisme
Pandémie de Covid
Propos originaux
“C'est jamais gratuit de s'exprimer librement.”
Slobodan Despot· Invité
“La diplomatie, ça existe pour parler à l'ennemi.”
Slobodan Despot· Invité
“Il faut faire attention à ce que je dis, pas à ce que je suis.”
Slobodan Despot· Invité
Transcription originale complète
FR · 895 segments · original
Transcription originale complète · 2:36:03
0:16Speaker A
Slobodan Despot, bonsoir.
0:18Slobodan Despot
Bonsoir.
0:18Speaker A
Nous vous recevons pour une chaîne internet qui s'appelle Thinkerview. Nous sommes en direct. Est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement?
0:27Slobodan Despot
Très succinctement, je suis suisse d'origine serbo-croate, yougoslave, né dans un pays qui n'existe plus, vivant dans un pays de cocagne qui ne le sera peut-être bientôt plus, et s'occupant d'écriture, d'édition toute ma vie, et s'occupant de raconter la chronique des temps par tous les moyens. Qui sont à ma disposition. J'ai travaillé dans l'édition, j'ai été assistant du directeur des éditions L'Âge d'Homme, qui ont eu à une époque un certain rôle, à l'époque de la guerre froide.
1:05Slobodan Despot
J'ai dirigé une maison d'édition, les éditions Xenia. Et maintenant, j'ai publié 2 romans qui ont été publiés il y a maintenant une dizaine d'années aux éditions Gallimard et qui m'ont permis de dire certaines choses sur 2 sujets qui sont très importants pour moi. L'un étant l'incompréhension de la guerre que j'ai traversée, qui était celle qui a présidé à la destruction de mon pays natal, la Yougoslavie. C'était Le Miel, mon premier roman.
1:35Slobodan Despot
Le deuxième roman avait trait à l'incapacité des hommes, des hommes modernes, à affronter La mort en face. Et ça avait trait à la menace nucléaire. Je crois que c'est d'une grande actualité aujourd'hui, mais bon, ça fait déjà un certain temps que cela est sorti. Et depuis, depuis en particulier donc depuis 2015, mais en particulier depuis 2020, je me consacre entièrement, je m'identifie à un projet à mon avis unique qui est L'Antipresse, la revue que je dirige avec une petite équipe.
2:11Slobodan Despot
Et qui paraît toutes les semaines depuis 568 semaines maintenant, sans discontinuer, et qui essaie de donner un sens aux événements que nous vivons de jour en jour, de mois en mois, d'un point de vue philosophique, géopolitique, d'un point de vue psychologique, d'un point de vue culturel, et le tout avec une forte une forte teinte littéraire. Je suis un littéraire foncièrement, et la voie que nous avons choisie, je ne sais pas, ce n'est pas écrit, donc ça peut être une voie avec un E à la fin ou un X à la fin, mais la voie qui est la nôtre est une voie, à mon avis, un peu marginale, dans la mesure où elle met au centre des de la compréhension du monde, l'être humain en tant qu'entité, non pas en tant que tête, non pas en tant qu'entrailles, mais en tant que protagoniste et témoin d'une époque où l'humain est nié.
3:14Slobodan Despot
Voilà.
3:16Speaker A
Vous passez de temps en temps à la télé suisse?
3:19Slobodan Despot
Plus tellement.
3:21Speaker A
La RTS?
3:22Slobodan Despot
Plus tellement.
3:23Speaker A
Vous aviez une chronique chez eux, non?
3:24Slobodan Despot
J'étais chroniqueur dans une émission qui s'appelait Les Beaux Parleurs pendant 9 ans. Oui.
3:29Speaker A
Bon, on a regardé un petit peu votre fiche Wikipédia, vous vous êtes fait un peu saccager dessus, pourquoi?
3:37Slobodan Despot
Ah bah ça, il faudrait demander aux anonymes qui l'ont fait. Pourquoi? Je ne sais pas.
3:40Speaker A
Qu'est-ce qu'ils ont raconté?
3:42Slobodan Despot
Mais je ne sais pas parce que je ne la regarde pas. Peut-être que vous pourriez me la résumer?
3:47Speaker A
En 3 mots?
3:48Slobodan Despot
En 3 mots.
3:49Speaker A
T'es du mauvais camp.
3:51Slobodan Despot
Ah!
3:52Speaker A
Genre tu balances des fake news, t'es pro-russe, t'es conspirationniste, Genre la totale, le maxi best-of.
4:01Slobodan Despot
Ah bien.
4:02Speaker A
C'est pas la tomate-oignon sauce blanche.
4:05Slobodan Despot
C'est le genre de marqueur qui dénote des gens qui ont une pensée idéologique. Moi, quand je vois que quelqu'un raconte des conneries, je ne dis pas qu'il raconte des fake news. Je me demande pourquoi il le fait. Et je me demande toujours si ce qui, à mes yeux, est une fake news ne serait pas une vérité pour quelqu'un d'autre.
4:23Speaker A
Est-ce qu'on peut parler de la propagande? Est-ce qu'on peut parler de toutes les propagandes, de tous les blocs? Et des principales victimes des propagandes. Si on peut se tutoyer?
4:35Slobodan Despot
Bien sûr, cher ami.
4:36Speaker A
Tu as un regard, tu es loin d'être bête, tu sais aligner quelques mots. Je voudrais que tu me résumes ta perception des propagandes occidentales et des propagandes du Bloc de l'Est ou de l'ancien Bloc de l'Est. Maintenant, aujourd'hui, qu'est-ce que tu as vu passer récemment qui t'a vraiment fait perdre les bras, les yeux et les tympans? Qu'est-ce que tu identifies? Pourquoi il y a ça? Pourquoi? Pourquoi? Et pourquoi?
5:06Slobodan Despot
Si je réponds du tac au tac, en arrivant ici aujourd'hui, je vois dans les réseaux sociaux ou sur internet que tel journal de la presse française annonce que si de nos jours des jeunes filles se marient de plus en plus jeunes, à 12 ans, c'est à cause du réchauffement climatique. C'est dans un journal. Un de ces journaux qui par ailleurs accuse les autres de faire des fake news. Quand on en arrive là, c'est que évidemment on n'est plus qu'un organe de propagande. Je veux dire, si vous réussissez...
5:41Speaker A
C'est pas une débilité d'un seul journaliste qui est passé à l'as.
5:44Slobodan Despot
Non, c'est quelque chose de très commun. On expliquait des tas de choses par le réchauffement climatique, la recrudescence des cancers, la recrudescence des... Des crises cardiaques, je ne sais pas, et toutes sortes de choses qui s'expliquent par le réchauffement climatique. Mais on n'explique pas le réchauffement climatique. Intéressant.
6:05Speaker A
En termes de propagande de guerre, qu'est-ce que tu as vu passer?
6:08Slobodan Despot
Ah, j'ai tout vu passer. J'ai tout vu passer. Pourquoi? Parce que je pense que depuis le début du 20e siècle, depuis un siècle, nous ne sommes que dans la propagande de guerre. Nous ne sommes que dans de la propagande de guerre. Pourquoi? Parce que Les États modernes tels que nous les connaissons, c'est-à-dire où l'individu ne compte plus beaucoup, où on a des systèmes, et en particulier les Français savent ce que c'est qu'un système d'État qui vous contrôle de la naissance à la mort, par exemple le fait qu'on vous affecte dans beaucoup de pays un numéro de citoyen ou de sécurité sociale qui ressemble à un code-barres en gros, Je sais pas comment c'est en France exactement, mais en Suisse par exemple, on appelle ça un numéro AVS qui vous identifie de manière unique et indissociable de votre identité.
7:04Slobodan Despot
Ça, ce sont des inventions des États recruteurs. Ce sont des inventions des États qui étaient transformées en machines de guerre au temps de la guerre totale de 14-18. Peut-être que Ce que je dis est un petit peu caricatural, mais si on lit les historiens, on peut arriver à cette idée-là. Mais si on lit les témoins littéraires, les Céline, les Remarque, les Barbusse, Jünger, on voit que ce qui s'est mis en place au début du 20e siècle est une machine, est une machine qui broie l'être humain, qui l'utilise.
7:43Slobodan Despot
Et qui est construite par des êtres humains pour se broyer eux-mêmes. Cette machine ne peut fonctionner qu'avec une dose colossale de propagande. Alors évidemment, c'est beaucoup plus facile lorsqu'on a affaire à ça et qu'on sait intérieurement que ça nous dégrade, que ça nous abêtit, que ça nous abrutit, de dire que c'est le camp d'en face qui fait de la propagande et nous, on ne fait que dire la vérité. Aujourd'hui, on dit eux, c'est les fake news et nous, c'est C'est l'honnêteté dans l'information, n'est-ce pas?
8:12Slobodan Despot
C'est la même chose. Mais si on lit les classiques de la théorie de la propagande, comme Tchakhotine, la manipulation des masses, comme de l'autre côté Propaganda, les travaux de Bernays, on voit que l'esprit est tout à fait le même. C'est-à-dire l'être humain est indissociable pour les besoins de l'opération d'un animal de Pavlov. On crée des stimuli, on associe ces stimuli soit à des récompenses, soit à des punitions.
8:52Slobodan Despot
Au bout d'un moment, le stimulus suffit, il n'y a pas besoin de récompense, il n'y a pas besoin de punition, le comportement est acquis. C'est ça la propagande. Maintenant, le contenu qu'on va mettre dedans, est totalement secondaire. Alors, est-ce que c'est la propagande de la révolution prolétarienne? Est-ce que c'est la propagande de la supériorité raciale? Est-ce que c'est la propagande de la démocratie idéale ultralibérale?
9:17Slobodan Despot
Ça n'a aucune importance. L'important, c'est de conditionner. Et quand on conditionne, l'être humain n'existe plus, ça devient du bétail.
9:27Speaker A
Lecture de la propagande de guerre du 21e siècle avec la Russie, l'Ukraine. Qu'est-ce que tu vois? Qu'est-ce que tu as vu passer qui était— je te donne un exemple, ça va peut-être t'ouvrir les chakras. Les Russes, ils font des missiles avec des lave-vaisselles.
9:42Slobodan Despot
Pourquoi pas? C'est un extraordinaire compliment. Je crois que c'est Madame von der Leyen qui a sorti cette idée que les Russes récupéraient des puces de Machine à laver pour faire des missiles hypersoniques. Le gars qui serait capable de faire un missile hypersonique avec une machine à laver, il a un QI de 750. Donc c'est le plus grand compliment qu'elle ait pu faire aux Russes. Elle se rendait pas compte, la pauvre.
10:07Speaker A
Pourquoi la pauvre?
10:09Slobodan Despot
Parce qu'elle est limitée.
10:12Speaker A
Est-ce que tu as analysé les capacités de nos différents ministres des Affaires étrangères en Europe et à Bruxelles et en Suisse peut-être?
10:22Slobodan Despot
Qu'est-ce que ça veut dire analyser les capacités?
10:24Speaker A
Est-ce que tu penses que c'est des retardés? Est-ce que tu penses qu'ils sont noyés dans leur propre vision, leur propre lunette rose, leur propre dogme ou leur propre idéologie?
10:39Slobodan Despot
Si on s'en tient à des ministres des Affaires étrangères, je procéderai autrement. Je prends le ministre des Affaires étrangères russe à l'avance.
10:47Speaker A
Comment on dit bonjour en serbo-croate? Dobaldan. Et au revoir?
10:51Slobodan Despot
Dovidjeni. Pourquoi?
10:53Speaker A
Juste pour te déconcentrer.
10:55Slobodan Despot
Non, non, tu n'y arriveras pas. Si on prend quelqu'un comme Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe.
11:02Speaker A
Tu l'as déjà rencontré?
11:03Slobodan Despot
Jamais. Je l'entends, je l'écoute.
11:06Speaker A
Nous, on a fumé des clopes avec lui.
11:08Slobodan Despot
Oui, c'est certain, ça ne m'étonne pas. C'est quelqu'un qui est totalement articulé. Alors, on pense ce qu'on veut de sa politique, je mets de côté. L'approbation, la désapprobation. Je ne tiens compte que de la capacité. Et cette capacité, ça s'exprime en quoi? Connaissance des dossiers, sang-froid, maîtrise de soi, maîtrise de sa langue, maîtrise de la langue d'autrui. Il n'y a pas besoin de parler les langues d'autrui.
11:31Slobodan Despot
Il vaut mieux passer par un traducteur, mais il faut les comprendre. Il faut comprendre ce qu'il dit à son traducteur, l'autre, celui d'en face. Lavrov comprend quand un ministre européen ou occidental parle dans une conférence, il comprend ce qu'il dit avant la traduction. Les Occidentaux ne comprennent jamais ce que le Russe dit avant la traduction puisqu'ils comprennent pas le russe. C'est un avantage colossal dans les relations diplomatiques, dans les discussions quelles qu'elles soient d'ailleurs.
12:00Speaker A
Tu parles russe?
12:01Slobodan Despot
Oui.
12:02Speaker A
À quel niveau?
12:04Slobodan Despot
Ça va, ordinaire.
12:06Speaker A
Si je dis पशоил на хуй, tu sais ce que ça veut dire?
12:08Slobodan Despot
Je ne le répéterai pas.
12:11Speaker A
OK, tu as compris. Très bien. Continue.
12:16Slobodan Despot
C'est pas des choses qu'on dit publiquement.
12:18Speaker A
Publiquement? Non. Ça veut dire quoi?
12:20Slobodan Despot
Non, je dis pas.
12:21Speaker A
Ça veut dire viens t'asseoir sur mes genoux, c'est ça?
12:23Slobodan Despot
Pas tout à fait. Voilà. Donc c'est quelqu'un qui est en pleine maîtrise de son métier, comme un bon artisan est en pleine maîtrise de son métier, ou bien s'il est menuisier, il aura plus de doigts. Le ministre indien des Affaires étrangères que j'aime beaucoup écouter dans les conférences internationales, Jaishankar. Quelqu'un qui maîtrise complètement ses dossiers, qui a une forte dose d'humour, qui maîtrise des langues.
12:52Slobodan Despot
Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, c'est quelqu'un dont je me dis que si je devais me retrouver avec lui à une table, à un dîner, ou à devoir négocier ou discuter quoi que ce soit avec cette personne, eh bien, j'aurais du respect et je ferais très attention à ce que je dis moi-même, parce que ce sont des gens qui fonctionnent Avec manifestement une prestesse, une aisance, une maîtrise et une faculté de raisonnement extrêmement affinée.
13:27Slobodan Despot
Maintenant, tu prends n'importe qui de la belle équipe que nous avons à l'Ouest et tu essaies de comparer.
13:36Speaker A
Quelle fine équipe?
13:37Slobodan Despot
Je ne sais pas, tout ce qui est Union européenne. Sauf, il y avait un type qui était remarquable, c'était, bon maintenant c'est fini, c'était le ministre des Affaires étrangères hongrois, je sais plus comment il s'appelait, mais qui était un gars assez jeune d'ailleurs et qui connaissait ses dossiers, qui pouvait répondre, qui avait l'esprit tranchant, tout ça. Quand vous avez quelqu'un qui ne fait que répandre des slogans, quand vous avez quelqu'un qui ne comprend pas la langue de l'autre, qui ne maîtrise même pas la sienne propre comme il faut, lorsque vous avez envie de lui faire des coches rouges sur sa copie quand il s'adresse à un forum international, vous vous dites mais on avait vraiment rien de mieux que ça?
14:20Slobodan Despot
Je vais pas citer des noms, c'est un problème systémique. C'est un problème systémique.
14:25Speaker A
Dans une phrase en russe, avec les mêmes mots, on peut faire passer combien de sens différents?
14:30Slobodan Despot
Ça dépend des mots et de la phrase.
14:32Speaker A
Environ?
14:34Slobodan Despot
C'est comme dans toutes les langues, il y a toujours un sens littéral et un ou deux sens transposer.
14:41Speaker A
Ça veut dire quoi maladjet?
14:43Slobodan Despot
Ça veut dire bravo, formidable, tu es très fort. Maladjet.
14:48Speaker A
Est-ce que ça veut dire un homme qui tombe ou un homme qui tient? Ça veut dire les deux?
14:52Slobodan Despot
Ça veut dire plutôt quelqu'un qui est fort, qui tient.
14:56Speaker A
Qui tient et quand il tombe aussi?
14:59Slobodan Despot
Non, maladjet, non. C'est quelqu'un qui tient. Pourquoi?
15:03Speaker A
Juste comme ça, pour vérifier que tu me pipotes pas sur ta compréhension du russe.
15:07Slobodan Despot
Et toi, tu le comprends bien?
15:09Speaker A
Tout de suite.
15:10Slobodan Despot
Ouais, d'accord.
15:11Speaker A
Il faut apprendre la langue de l'opposé pour mieux le comprendre.
15:14Slobodan Despot
Évidemment.
15:15Speaker A
Toujours.
15:16Slobodan Despot
C'est pas ce que semble penser— Moi, j'ai écrit une fois, je ne sais même plus où d'ailleurs, quelque chose qui m'a valu beaucoup de réactions de mes lecteurs français, disant, mais je ne comprends pas que l'arabe ne soit pas enseigné obligatoirement dans les écoles en France. Ah mais comment pouvez-vous? Enfin, c'est de la colonisation. Oui, mais enfin, attendez, ils sont là. Eux comprennent tout ce que vous dites, vous ne savez pas ce qu'ils se disent. Et vous voulez cohabiter avec des gens—
15:45Speaker A
Quel arabe? Le littéraire ou—
15:46Slobodan Despot
Peu importe, la langue dont parle une part importante de la population de ce pays qui en plus, pour une grande part, a aussi la nationalité française.
15:56Speaker A
C'est pour ça qu'on a dit que tu étais d'extrême droite, leader de groupement d'extrême droite?
16:00Slobodan Despot
Pourquoi? Je ne sais pas. Les étiquettes ne décrivent que ceux qui les collent, pas ceux sur qui elles sont collées. C'est une technique de propagande, ça, de coller des étiquettes Oui, évidemment, c'est dans tous les manuels. La propagande consiste à, en premier lieu, à réduire le complexe à du simple. Premier lieu. Donc tu vas pas dire untel plus untel plus untel, tu vas dire un groupe. Ce groupe, il peut de son côté se considérer, ces gens peuvent se considérer eux-mêmes comme un groupe ou un parti ou une nation.
16:41Slobodan Despot
Mais pour celui qui fait de la propagande, ça n'a aucune importance. C'est lui qui crée l'amalgame, qui agglomère tous ces gens dans un même panier et qui ensuite décrit ces gens selon l'étiquette qu'il a mise sur ce panier.
16:56Speaker A
Donc les Russes font ça aussi avec les Occidentaux, non?
17:01Slobodan Despot
Oui, oui, mais étant donné qu'il y a une très grande différence de mentalité entre les Occidentaux et les Russes, depuis, on le sait, depuis le début du 19e siècle, l'intelligentsia russe est éperdument amoureuse de l'Occident. Elle est occidentaliste, elle l'est aujourd'hui encore. Beaucoup moins. Beaucoup ont quitté le pays. Beaucoup ont été échaudés. Et parce qu'il y a des gens qui rentrent maintenant en Russie. Mais il y a cette espèce de tropisme.
17:36Speaker A
C'est quoi ta source des gens qui rentrent?
17:40Slobodan Despot
Bon, il y a— j'ai connu une journaliste russe qui est encore vivante, qui est toujours vivante, oui, qui avait organisé, qui avait monté une émission de radio dans les années 2020. 22-23 en Russie pour faire parler les gens qui rentrent. Alors évidemment, là on va me dire, ah voilà, c'est de la propagande russe. Les gens qui rentrent, c'est intéressant pour les médias, médias d'État, de les faire parler pour dire pourquoi ils sont rentrés, parce que probablement qu'ils vont dire du mal de l'Occident.
18:14Slobodan Despot
Enfin, je veux dire, c'est assez bénin comme procédé par rapport à une propagande de masse comme celle qui consiste à prendre les choses d'un seul bloc. La manière dont on regarde la Russie, c'est une caricature que je ne croyais pas possible après les caricatures qu'on a fabriquées dans les années 1914 à 1918. Il se trouve que j'ai toute la collection, ça pèse beaucoup de kilos, de l'Illustration, le fameux journal illustré français de l'époque de la Première Guerre mondiale.
18:56Speaker A
Quelle couleur de politique?
19:00Slobodan Despot
À l'époque, c'était qu'une seule couleur: anti-boche. Il y avait beaucoup de choses intéressantes, les textes étaient au moins bien écrits, les illustrateurs étaient très bons. Répéter à chaque page que les Boches ne sont bons qu'à bouffer des petits enfants et à détruire des églises, c'est quand même un tout petit peu réducteur. Et tu te dis, avec tout ce qu'on a vu ensuite, avec le développement quand même supposé de l'instruction, les académies, les historiens, les sociologues, les psychologues qui ont étudié tout ça, normalement si on étudie quelque chose, si on étudie une maladie, si on lui développe des antidotes, je parle dans le domaine intellectuel, c'est pour qu'elle ne se répète pas.
19:45Slobodan Despot
En principe, ça n'aurait pas dû se répéter et ça se répète. Ça revient tout le temps.
19:54Speaker A
La conclusion, c'est le peuple a une mémoire de poisson rouge, le système éducatif fait pas son travail.
20:00Slobodan Despot
Qu'est-ce que c'est que le peuple?
20:02Speaker A
Le système éducatif fait pas son travail ou notre intelligentsia intellectuelle cornaque le peuple?
20:17Slobodan Despot
Alors, dans tous les peuples, enfin dans tous les peuples, dans tous les pays aujourd'hui, dans l'époque moderne, il y a des gens qui s'arrogent le monopole de la parole publique. Il y a des gens qui n'estiment pas y avoir droit. En France, c'est intéressant parce que cette ce privilège de la prise de parole et l'inhibition de celui qui se croit écarté de la prise de parole publique se traduisent par des accents différents chez les gens.
20:51Slobodan Despot
Les gens qui s'adressent à vous en disant oui, merci, on sait que c'est des gens qui sont, du point de vue de la parole, privés. Ils ne vont jamais pouvoir s'exprimer publiquement. Les gens qui suintent à la fin des mots, Le chuintement à la fin des mots, c'est comme ça que je l'entends, c'est quelque chose qui par exemple a été caricaturé par les écrivains russes, par Gogol notamment. Dans la langue russe, c'était plutôt un si, un si qui marque la déférence.
21:21Slobodan Despot
Le i en français, c'est la déférence de celui qui se considère de classe inférieure par rapport à celui à qui il s'adresse.
21:29Speaker A
Tu pousses le truc trop loin, nous on utilise que le réflexe de Lorenz.
21:33Slobodan Despot
Merci. Quelqu'un qui est de la haute ne dira jamais comme ça. Déjà, dire merci, c'est ce que j'allais te dire. Déjà ça, en France, les couches, je dirais pas sociales, mais les couches détentrices ou non détentrices du pouvoir symbolique, qui est essentiellement un pouvoir du langage, se distinguent par leurs accents, leur manière de parler et leur vocabulaire.
22:02Speaker A
Nous, on a quel accent?
22:06Slobodan Despot
Vous, c'est-à-dire toi, je sais. Tu as la—
22:13Speaker A
Je me lève d'un coup.
22:14Slobodan Despot
Non, tu peux y aller, je saurai me défendre.
22:18Speaker A
120 kilos, tu es un des seuls à pouvoir m'en retenir.
22:23Slobodan Despot
C'est la gouaille. C'est la gouaille fausse parce que tu es aussi— si tu es un urbain. Tu es un urbain, nous sommes des urbains.
22:33Speaker A
Tu te plantes totalement.
22:34Slobodan Despot
Ah bon, d'accord, je peux me planter, j'ai le droit. Tu as une gouaille parisienne, oui. C'est pas, c'est pas, c'est pas, tu pourrais être chroniqueur de rock par exemple. J'aime bien ça. Mais c'est pas quelqu'un qui n'a pas accès à la parole publique. La preuve, c'est que tu fais cette émission.
22:57Speaker A
On a créé ça.
22:58Slobodan Despot
Quoi?
22:59Speaker A
En anticipant le fait qu'en France, on n'allait plus pouvoir parler. Oui. Donc on a précédé, on a eu envie de créer notre propre canal pour le jour J, qu'on puisse un jour prendre la parole. Mais c'est une autre stratégie qu'on expliquera un tout petit peu plus tard à notre communauté. Revenons à la propagande.
23:21Slobodan Despot
C'est une stratégie, entre parenthèses, qui est qui est la nôtre, parce que la revue que nous avons faite, Antipresse, part exactement du même constat. C'est-à-dire qu'il y a 10 ans, nous nous sommes dit, un jour, la parole libre va devoir emprunter des canaux confidentiels ou semi-confidentiels. Ce ne sera plus les tribunes, ce sera plus open bar. Il va falloir payer pour s'exprimer, payer au sens payer existentiellement pour pouvoir dire ce qu'on a à dire de vrai pour soi-même. Et ça a toujours été ainsi. Simplement, on a vécu quelques générations, quelques décennies où on a cru que c'était gratuit. C'est jamais gratuit de s'exprimer librement.
24:04Speaker A
Si c'est gratuit, c'est toi le produit. D'ailleurs, soutenez-nous sur Tipeee parce qu'on a besoin de vous pour pouvoir tenir, d'être totalement indépendants et de construire notre stratégie. On arrive à la phase 2 bientôt. Phase 3, pardon. Revenons, revenons à la propagande, à la compréhension des mots, à la compréhension de la culture adverse, de l'adversaire, de l'ennemi, appelle ça comme tu veux, ou celui qui nous charge des crosses. Quelle position tu analyses concernant les différentes stratégies européennes depuis les 5 dernières années? C'est de la méconnaissance? C'est du coup de boutoir sur l'opinion publique? C'est quoi? C'est une carence en anticipation.
24:50Slobodan Despot
Dans quel domaine?
24:51Speaker A
Géopolitique.
24:53Slobodan Despot
Géopolitique, en gros, aujourd'hui, ça se résume à de la russophobie, la géopolitique, parce qu'il n'y a pas d'autres sujets en ce moment, alors qu'il devrait y en avoir. Avant que, enfin, avant avant que cette guerre ne commence, celle que nous connaissons aujourd'hui en Ukraine, c'est-à-dire au moment où elle venait de commencer vers 2014-2015, parce que c'est pas en 2022 qu'elle a commencé, elle a commencé en 2014.
25:26Speaker A
Attention, là quand je t'entends, c'est les arguments du Kremlin que tu nous donnes.
25:33Slobodan Despot
Moi je pense que si la rue renversait le pouvoir en France et commencer à exclure de la langue, par exemple, d'une grande partie de la population. Bon, en France, c'est pas— c'est la France, c'est un pays qui n'est justement pas multilingue. Mais si on commençait à discriminer les droits sérieusement d'une partie de la population, et qu'ensuite cette population décide de prendre son autonomie par rapport à Paris devenu le siège d'un gouvernement putschiste, c'est-à-dire issu d'un, littéralement, d'un renversement, eh bien, et que ce gouvernement issu d'un renversement envoie les chars pour mater ceux qui sont contre lui, on appellerait ça une guerre civile, mais ce serait une guerre.
26:20Slobodan Despot
C'est ce qui a commencé en 2014 en Ukraine. C'est pas la— si le Kremlin dit qu'aujourd'hui il fait beau et qu'on lève la tête et qu'il y a pas de nuages, On est obligé de dire qu'il fait beau. La propagande consiste, entre autres choses, à exclure tout argument de l'adversaire à cause de la source. C'est-à-dire tout ce que dit l'adversaire est exclu. Donc on ne peut rien admettre. Il y a des gens qui sont aujourd'hui en Europe sanctionnés, licenciés, censurés, Débancarisé.
26:58Slobodan Despot
Comment?
26:58Speaker A
Débancarisé.
26:59Slobodan Despot
Par exemple. Et ça, c'est très sévère de fermer ou de bloquer les comptes bancaires d'une personne aujourd'hui. Ça veut dire que c'est la mort. Quelqu'un comme le colonel Jacques Beau, citoyen suisse mais vivant dans l'Union européenne à Bruxelles, a vu son compte en banque gelé et n'a aucun revenu. S'il vit aujourd'hui, c'est parce que des gens l'aident. Ça se passe aujourd'hui dans l'Union européenne qui par ailleurs ne cesse de donner, et cela lui arrive non en raison de quelque chose qu'il aurait fait de répréhensible selon la loi et qui lui aurait valu une condamnation légale judiciaire, mais en raison de décisions administratives.
27:50Slobodan Despot
Les décisions administratives, c'est ce qui permettait d'envoyer des gens au goulag dans les années 30. Il n'y avait pas besoin de tribunaux. Et donc pourquoi? Parce que le colonel Beau a fait son travail, qui était le travail d'un analyste, d'un homme du renseignement, en citant d'ailleurs des sources qui étaient des sources occidentales sur cette guerre, mais en ne disant pas ce qu'on voulait entendre. C'est tout.
28:14Speaker A
Ça se passe toujours pareil. Il a été mis sous sanction européenne parce qu'il véhiculait les idées du Kremlin, c'est ça?
28:20Slobodan Despot
Je ne sais pas quelle est la raison.
28:22Speaker A
Est-ce que lui le sait?
28:25Slobodan Despot
Il faut écouter, il a donné des explications dans diverses interviews, je pense qu'il a son opinion là-dessus, mais fondamentalement, c'est l'idée de le faire taire. Ça n'a pas très bien marché parce qu'évidemment quand on met sous sanction quelqu'un en ne l'empêchant pas de parler, parce qu'il peut encore parler même s'il ne peut pas acheter sa nourriture, ça lui donne une surface. Bon, un des procédés de base de la propagande, c'est de dire que c'est de classer le message selon sa source et non selon son contenu.
29:05Speaker A
Tu as des exemples très récents de ça?
29:08Slobodan Despot
Des exemples très récents? Mon Dieu, est-ce qu'on peut? Ben voilà. Leonid Dragosine, journaliste russe exilé, opposant vivant dans les pays baltes, Lettonie je crois, ou Lituanie, fait l'objet d'une expulsion, d'une mesure d'expulsion dudit pays. Et je crois que c'est encore une mesure qui, je peux me tromper, mais je crois que c'est encore une mesure administrative. Pour quelle raison? En ce moment même, parce qu'on estime que ce qu'il dit reprend les éléments de langage du Kremlin.
29:51Slobodan Despot
Or, Prigojine, il dit quoi? Il dit des choses, par exemple, vous êtes en train de vous vautrer dans la guerre en Ukraine, vous comprenez rien de ce qui se passe. C'est pas le Kremlin, c'est un fait qu'ils comprennent rien. La preuve qu'ils comprennent rien, c'est qu'ils se sont vautrés. Et c'est quelqu'un qui est un opposant. C'est quelqu'un qui passe son temps d'ailleurs, je crois, plutôt à écrire des guides de voyage plutôt qu'à faire de la politique.
30:14Slobodan Despot
Mais déjà ça, quelqu'un qui est de leur camp, ils n'ont pas pu l'écouter jusqu'au bout parce qu'une partie de ce qu'il dit ne va pas entièrement dans le sens de ce qu'ils voudraient entendre. Ça suffit.
30:28Speaker A
Comment tu juges la classe intellectuelle européenne face à la réalité de la guerre? Ils sont mal informés, donc ils ont une mauvaise capacité à développer une prospective, une lecture, parce qu'ils sont mal informés, ou ils ont un biais de confirmation par leurs différentes sources?
30:48Slobodan Despot
À l'époque, je disais, où cette guerre a commencé, dans les années 14-15, j'ai écrit un— j'ai été très frappé par ce phénomène que tu décris. J'ai écrit un texte qui s'intitulait Le syndrome Tolstoïevski, parce qu'il y a beaucoup de gens qui confondent Dostoïevski et Tolstoï, n'est-ce pas?
31:03Speaker A
C'est des barbus qui ont écrit des livres trop longs. Bref, avec un vocabulaire très complexe. Et puis en plus, il faut les lire dans la langue parce que sinon tu comprends rien.
31:13Slobodan Despot
Non, il y a des bonnes traductions, mais passons. Chirac, je sais pas. Dans le, dans ce texte, je, la première chose que je constatais, c'est qu'il y a pas en Occident vis-à-vis de la Russie un manque de volonté de comprendre c'est qu'il y a un excès de volonté de ne rien savoir. C'est différent.
31:38Speaker A
Ça se traduit comment, une volonté de ne rien savoir? On n'envoie pas les bons mecs sur place, on n'écoute pas le point de vue de l'ennemi, on veut pas l'entendre?
31:47Slobodan Despot
Il y a une conférence internationale ou bien les Nations Unies, dès qu'il y a un diplomate russe qui parle, les Européens se barrent. Les Européens, pas les—
31:56Speaker A
Il faut les comprendre aussi.
31:57Slobodan Despot
Pourquoi?
31:58Speaker A
Parce qu'il y a eu des cartons, il y a eu des civils butés, c'est compliqué. Il y a eu des civils butés? Européen? Du camp du bien.
32:07Slobodan Despot
Ah, le camp du bien, il va jusqu'où?
32:10Speaker A
Où s'arrête le camp du mal.
32:12Slobodan Despot
Et il s'arrête où?
32:13Speaker A
Dans la bipolarité des diplomates, j'en ai aucune idée. Il faudra leur poser la question.
32:17Slobodan Despot
On ne peut pas leur poser la question parce qu'ils ne vont pas répondre. Je ne peux même pas parler de ça. Ces comportements sont des comportements de dingue. La diplomatie, ça existe pour parler à l'ennemi. Ça n'existe pas pour parler à son copain au bistrot, à celui qui pense comme vous. On est formé pendant des années à parler à quelqu'un qui vient d'un autre monde, qui a d'autres intérêts, qui a une autre vision et qui aimerait probablement tirer avantage de vous.
32:57Slobodan Despot
On est formé pour ça, on est formé pour défendre les intérêts de son propre pays par la voie la plus subtile qui soit, qui est la voie des mots. C'est les mots. La diplomatie, quand elle s'arrête, il n'y a plus de mots, il n'y a plus que les armes qui parlent. Et aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait? C'est soit les sanctions, soit des menaces de guerre qu'on ne peut pas évidemment réaliser parce qu'on n'a pas les moyens de la faire, cette guerre.
33:27Speaker A
Oh, tu es dur.
33:30Slobodan Despot
Je suis pas dur.
33:31Speaker A
Nous, on a des diplomates extraordinaires en Europe.
33:33Slobodan Despot
Qui par exemple?
33:34Speaker A
Stéphane Séjourné.
33:35Slobodan Despot
Ah, formidable.
33:37Speaker A
On a un petit autel de la dévotion chez nous avec la photo de Stéphane. Tous les matins, on rend une petite prière avec une petite bougie pour le remercier de nous éclairer de cette profondeur de vue. Pourquoi tu plisses tes yeux là? T'as les hémorroïdes? Comment ça se passe?
33:55Slobodan Despot
Certainement pas moi.
33:58Speaker A
Toi, t'es un bon garçon. Continue comme ça, ça va mal se passer.
34:03Slobodan Despot
Non.
34:04Speaker A
Comment on dit bon garçon en russe?
34:05Slobodan Despot
Ну хорошо мальчик, что. Mais peu importe, on n'est pas ici.
34:10Speaker A
Comment c'est utilisé ça?
34:11Slobodan Despot
On n'est pas, on n'est pas, on n'est pas ici pour parler russe. On est ici pour parler des problèmes de l'Europe, je pense, parce que nous vivons tous les deux en Europe et que ça va pas très bien. Ça va pas très bien. Si, ça va.
34:22Speaker A
Regarde, il y a des sorties scolaires en France toute l'après-midi. T'as pas mis longtemps à traverser Paris?
34:30Slobodan Despot
Non, 1h30 environ, pas plus. Là où ça aurait pris 25 minutes, c'est pas terrible.
34:34Speaker A
À cloche-pied, t'as été ou comment ça s'est passé?
34:36Slobodan Despot
Je sais pas, j'ai essayé de prendre le métro, c'était pas possible, donc voilà. On marche un peu, voilà. Mais non, ça va pas très bien et tout le monde sait que ça va pas très bien. Tout le monde sait qu'on est dans une espèce de réalité parallèle lorsqu'on entend ceux qui ont le monopole de la parole publique. Tout est une réalité parallèle et on se demande simplement jusqu'où ça va aller. Alors c'était la question que se posaient beaucoup de gens dans l'ex-URSS. Comme disait un homme qui avait beaucoup d'esprit qui s'appelait Vladimir Boukovski, qui était un dissident soviétique exilé en Occident, il disait, je viens de votre avenir. Ça n'a pas marché.
35:12Speaker A
C'est de la même famille que Charles?
35:15Slobodan Despot
Je pense pas, non. Le Boukovski écrivain, je crois qu'il était d'origine polonaise.
35:20Speaker A
Peut-être poète aussi.
35:23Slobodan Despot
Donc l'autre, le dissident soviétique, il avait dit, nous venons de votre avenir. Et ça n'a pas marché. Et ça ne peut pas marcher. C'est une construction qui ne marche pas parce qu'elle ne repose sur aucune réalité.
35:35Speaker A
Dire aujourd'hui, D'abord, anti-européen, toi, ça se voit tout de suite.
35:41Slobodan Despot
Oh, ça se voit.
35:42Speaker A
Alors oui, alors je confesse peut-être à la façon dont tu chuintes tes mots à la fin.
35:47Slobodan Despot
Oui, peut-être. Non, mais c'est ce que c'est que les les les les Européens vivent dans une dans une bulle invraisemblable. Par exemple, parlons d'autre chose que de que de que de géopolitique. Mais on va y revenir. Demande ou non non non je vais te je vais te dire une chose. On prend des mesures en Europe, des mesures draconiennes liées, disons, à la préservation de la qualité de l'air, aux émissions de dioxyde de carbone, des agendas.
36:21Slobodan Despot
Je sais pas, on annonce solennellement qu'on va renoncer en 2035 à toute voiture à explosion, etc. On va réduire les émissions. Les Britanniques sont dans un programme féroce de réduction d'émissions, etc. En même temps, dans la même période où tout cela se passe, les mêmes pays qui prennent ces mesures draconiennes et qui sont à peu près les seuls au monde à y aller comme ça n'arrivent pas à se concerter avec le reste de la planète pour un programme commun de réduction desdites émissions.
36:58Slobodan Despot
Or la planète, je ne sais pas s'ils sont informés, elle n'est pas cloisonnée. L'atmosphère de la planète Terre est une et ça circule au-dessus de nos têtes. Donc s'il y a une population qui correspond grosso modo à 7% de la population de la planète, 7% ou 6%, qui se prive d'air, de carburant, de nourriture et de viatiques pour des mesures que le reste de la planète ne suit pas, Eh ben, c'est juste un suicide.
37:32Speaker A
Non mais regarde, je me fais l'avocat du diable.
37:34Slobodan Despot
Vas-y.
37:35Speaker A
C'est pour inspirer le monde.
37:38Slobodan Despot
Oui, c'est ce qu'ils disent. Est-ce que le monde en est inspiré? Est-ce qu'on leur a demandé? Le monde, il regarde ça avec une horreur mêlée de rigolade.
37:48Speaker A
Tu connais le proverbe chinois? Résumé trivialement: quand ton ennemi fait des conneries, Laisse-le, n'interviens surtout pas.
38:00Slobodan Despot
Le monde regarde ça très poliment, très poliment.
38:03Speaker A
Bon, revenons à la propagande de guerre et revenons au 4e pouvoir: le journalisme. Il existe encore un journalisme intègre en Europe? Et je mets la Suisse dedans. Il y a encore des analystes, il y a encore des journalistes prêts à perdre leur tête, leur langue, leurs bras et leur liberté pour dire la réalité?
38:24Slobodan Despot
Si nous étions journalistes, je dirais oui à nous.
38:27Speaker A
Mais on n'est pas journaliste.
38:30Slobodan Despot
Voilà. Est-ce qu'on parle d'un métier ou d'une fonction?
38:36Speaker A
Peut-être d'un sacerdoce.
38:38Slobodan Despot
Sacerdoce. Le sacerdoce lui-même, c'est une fonction qui est réglée par le canon ecclésiastique. Bon.
38:46Speaker A
T'es un apostat?
38:48Slobodan Despot
Non, je suis pas un apostat.
38:49Speaker A
T'as un ami imaginaire?
38:51Slobodan Despot
Non.
38:52Speaker A
Tu crois en quelque chose?
38:53Slobodan Despot
En Dieu. Mais ça, c'est mon affaire. Oui, je suis croyant.
38:56Speaker A
Mais croyant en haut, en bas, à gauche, à droite?
39:00Slobodan Despot
Je suis chrétien orthodoxe.
39:03Speaker A
Pour nous, pour nous, les chrétiens orthodoxes ou les chrétiens tout court ou les religieux, ils ont un ami imaginaire.
39:08Slobodan Despot
Bon, ben ça, c'est pour vous. Peut-être que vous êtes imaginaire.
39:13Speaker A
Attends, gifle-moi pour voir. Non, on n'est pas imaginaire, non. Est-ce que tu penses que le journalisme, c'est un sacerdoce?
39:23Slobodan Despot
Ce que je pense, c'est que toutes les professions qui ont trait à l'emploi du verbe sont sacerdotales. Les prêtres, évidemment, officient par le verbe. Les écrivains Les écrivains ont toujours, les écrivains et les poètes ont toujours une position particulière dans toutes les sociétés, qui est proche de celle du prêtre. Les avocats, il y a l'ordre des avocats, il y a des robes chez les avocats, il y a un décorum qui est lui aussi sacerdotal.
40:03Slobodan Despot
Tout ce qui touche à l'emploi du verbe est sacerdotal parce que le verbe Le verbe fonde la réalité telle que nous l'expérimentons. Et ça, c'est quelque chose de très puissant. Donc le journalisme est évidemment une forme de sacerdoce. Mais si on parle de la profession, je pense que si on parle de la fonction sociale, c'est un sacerdoce. Si on parle de la profession, c'est-à-dire je suis journaliste pour faire carrière, nourrir ma famille, etc., je pense que dans les conditions actuelles, ça n'existe plus.
40:38Speaker A
En Russie, ça existe ou pas?
40:43Slobodan Despot
C'est menacé de la même manière.
40:47Speaker A
Mais non, les nôtres, ils tombent pas par le balcon.
40:49Slobodan Despot
Ah non? Je pense que si on faisait le compte des gens qui sont— la dame qui a— la journaliste maltaise qui a sauté dans sa voiture parce qu'elle avait commencé à parler des Panama Papers, elle est pas tombée du balcon.
41:03Speaker A
C'était un imposteur.
41:04Slobodan Despot
Elle est pas tombée du balcon. Elle a volé dans les airs, c'est la voie inverse, donc c'est la— il a pris l'ascenseur.
41:10Speaker A
Paix à son âme.
41:11Slobodan Despot
Paix à son âme, mais c'était une journaliste qui essayait de faire son travail, non? Lorsque Julian Assange—
41:17Speaker A
C'est pas Macron qui a essayé de lui mettre un petit pan de plastique.
41:21Slobodan Despot
Personne n'a dit que c'était Macron, pourquoi? Lorsque Julian Assange a publié des documents un peu compromettants, ça n'a pas été simple pour lui. D'ailleurs, Madame Clinton proposait de le dronifier. De l'assassiner. Elle a envisagé ça avec les services spéciaux, n'est-ce pas, américains. Pourquoi faire une exception? En plus, la Russie, pour faire l'avocat du diable de l'autre côté, a cette, comment dire, cet alibi que c'est un pays qui est en guerre.
41:54Slobodan Despot
Ces pays-ci ne sont pas en guerre. Enfin, bien sûr, nous sommes en guerre. Je me rappelle que quelqu'un disait Au moment du Covid, nous sommes en guerre. Nous sommes en guerre. On est tout le temps en guerre. On aimerait bien, mais si la guerre devait vraiment avoir lieu, je pense qu'elle ne durerait pas très longtemps.
42:10Speaker A
Comment tu analyses la propagande religieuse?
42:14Slobodan Despot
Je ne l'analyse pas. Pourquoi?
42:15Speaker A
Parce que tu crois?
42:17Slobodan Despot
Comment?
42:17Speaker A
Tu crois? Parce que tu crois, tu analyses pas, c'est ça?
42:22Slobodan Despot
Non. La propagande religieuse aujourd'hui dans nos sociétés, n'a pas beaucoup d'impact. Il y a une propagande religieuse qui s'appelle par exemple, à mon avis, la religion climatique. Ça a beaucoup plus d'impact sur les consciences que la religion catholique ici en France.
42:39Speaker A
Et la religion du grand capital, c'est une religion aussi ou pas?
42:43Slobodan Despot
La croyance à l'argent en tant que déité, oui, c'est une religion. Et comme disait le grand philosophe extraordinaire Béla Ramvás, hongrois mais très peu traduit en français, il n'y a qu'un seul livre de lui qui s'appelle le Bréviaire pour les athées ou la philosophie du vin, c'est un livre sur le vin. Et dans ce livre, une des premières phrases, c'est, de toutes les mauvaises religions, l'athéisme est la pire. C'est tout. Pourquoi? Parce que l'athéisme est une forme de propagande qui s'ignore. Les religions font du prosélytisme en sachant qu'elles le font. L'athéisme se pose en rationaliste en faisant de la propagande. Mais ça nous mènerait très loin.
43:36Speaker A
Tu crois que tu es venu pour pousser un caddie ou comment ça se passe? Tu veux un petit carré de Toblerone?
43:41Slobodan Despot
Ça m'aiderait, un petit bout de chocolat, ce serait pas mal.
43:43Speaker A
Eh ben non.
43:43Slobodan Despot
Un Suisse, ça dépend du chocolat évidemment.
43:46Speaker A
Mais non.
43:46Slobodan Despot
Non mais bref.
43:47Speaker A
Un Suisse, il faut pas résumer. Tu veux un petit cachou?
43:50Slobodan Despot
Non non ça va ça va ça va.
43:51Speaker A
C'est français hein.
43:52Slobodan Despot
Non merci pas de ça.
43:53Speaker A
Ça vient des Vosges.
43:54Slobodan Despot
Non parce que je veux sortir d'ici vivant.
43:56Speaker A
Alors regarde, je le goûte devant toi.
43:58Slobodan Despot
Ah oui.
43:59Speaker A
Tu t'es tu... T'es vilain hein. Revenons au sujet de la propagande, la contre-propagande. Comment tu juges ceux chargés de faire de la contre-propagande ici et ailleurs?
44:11Slobodan Despot
Les chargés.
44:12Speaker A
C'est les chips les moins croustillantes du paquet? C'est les couteaux les moins affûtés du tiroir? Ou c'est les pointes de diamant de la compréhension profonde des mécanismes qui mènent à l'intoxication des peuples?
44:27Slobodan Despot
C'est qui ça? De qui tu parles?
44:29Speaker A
Ceux qui remplissent les fiches Wikipédia, qui passent des coups de fil dans les salles de rédaction et qui racontent strictement n'importe quoi et qui laissent des cicatrices dans les cerveaux des gens. Qui ne se font jamais absoudre par l'histoire d'ailleurs.
44:42Slobodan Despot
Ben j'ai rien à dire après la description que tu viens de faire.
44:45Speaker A
Comment tu les juges?
44:48Slobodan Despot
J'essaie de ne pas passer mon temps à juger. À juger.
44:52Speaker A
C'est bien.
44:53Slobodan Despot
D'abord à juger et surtout à m'occuper.
44:56Speaker A
Tu condamnes?
44:57Slobodan Despot
Je condamne pas, chacun fait ce qu'il fait. Je suis ailleurs, je m'occupe pas de ça. Tu me dis que ma fiche Wikipédia, mais je sais qu'elle est polluée. Je sais que je pourrais, des gens ont fait des recherches pour savoir d'où ça vient. On sait qu'il y a des gens qui passent leur temps, ou des services, je sais pas, des collectifs, à modifier ou à polluer des pages Wikipédia, puis ensuite à empêcher les gens de les corriger. Je sais.
45:20Speaker A
C'est pour te ruiner la réputation?
45:21Slobodan Despot
Bah bien sûr. Mais est-ce que ça l'a vraiment fait? Ça m'est égal.
45:25Speaker A
Tu sais pourquoi tu es là aujourd'hui?
45:26Slobodan Despot
Non.
45:27Speaker A
À cause de Guillaume Durand.
45:29Slobodan Despot
Pourquoi?
45:29Speaker A
Parce que Timisoara.
45:31Slobodan Despot
Pourquoi?
45:32Speaker A
Tu connais pas les charniers de Timisoara?
45:34Slobodan Despot
Oui, bien sûr.
45:35Speaker A
Quand on était petit, on a vu une émission avec Guillaume Durand qui présentait les charniers de Timisoara. Le problème, c'est que nous, on avait déjà vu des corps autopsiés.
45:46Slobodan Despot
Oui.
45:46Speaker A
Et quand on avait vu les fermetures éclair aux images, on s'est dit il y a un problème là-dedans. Et il s'est avéré que c'était de la propagande de guerre. Bah oui, tu peux dire merci Guillaume Durand.
46:00Slobodan Despot
Bah merci Guillaume Durand, pourquoi pas. Mais c'est tellement fréquent.
46:06Speaker A
Alors 3 exemples.
46:08Slobodan Despot
De quoi?
46:09Speaker A
Si c'est tellement fréquent. Ouais mon pote, t'es sur Thinkerview, t'es pas à la télé suisse.
46:16Slobodan Despot
On pourrait peut-être—
46:18Speaker A
Si c'est tellement important, donne-moi juste 3 exemples différents du mien.
46:26Slobodan Despot
Je vais donner un exemple, un exemple. Le mieux, c'est de témoigner de ce qu'on a vu par ses propres yeux et non pas de faire des analyses de deuxième main de ce que racontent les journalistes. Donc je ne donne qu'un exemple, mais je pense qu'il en vaut 3. L'automne 1992, j'ai fait partie de l'expédition qui a été montée autour de Elie Wiesel. Pour examiner la réalité ou non de l'accusation concernant l'existence de camps d'extermination serbes en Bosnie où on aurait mis des musulmans pour les faire disparaître. Pour les génocider. J'étais dans cette expédition, dans ce groupe.
47:15Speaker A
Financé par qui?
47:18Slobodan Despot
Je ne sais pas. Tu vas en expédition? La Fondation Elie Wiesel. Était très représenté là-dedans. Et Elie Wiesel était certainement très soucieux de savoir qui finançait ça. Il y avait aussi une grande équipe de télévision, ABC News, sauf erreur, américaine. Il y avait des équipes de télévision d'ailleurs européennes. Le 30 novembre 1992, sauf erreur, nous étions à l'aéroport de Sarajevo, où j'étais moi, avec quelques autres personnes, empêchés d'entrer dans la ville par la partie musulmane parce que j'avais un nom à consonance yougoslave, serbo-croate.
48:02Slobodan Despot
Ils ne savaient pas ce que j'étais, donc ils ont mis de côté les gens qui étaient des interprètes. J'étais là en tant qu'interprète. Et donc les gens de la Fondation Wiesel se sont rendus dans la ville de Sarajevo seuls. À l'époque, on disait que les Les Serbes avaient des camps de la mort pour les musulmans. Ces gens ont demandé à voir les centres de détention où étaient tenus des Serbes à Sarajevo. Certains membres de cette expédition, de cette fondation, survivants des camps de concentration, sont revenus complètement ébranlés à l'aéroport pour repartir de là parce qu'ils avaient vu ces lieux.
48:41Slobodan Despot
Personne dans les médias occidentaux n'a jamais parlé de camps de détention pour Serbes à Sarajevo tenus par le gouvernement de monsieur Izetbegović, grand ami à l'époque de monsieur Lévy. Ensuite, nous sommes allés voir le camp qui était censé être un camp d'extermination qui s'appelait Manjača. En route, d'abord il y a un détail très intéressant que je raconte moi pour la première fois, mais que d'autres témoins de ce voyage ont raconté dans des livres ou des articles.
49:24Slobodan Despot
Le voyage devait se faire en avion en Bosnie serbe depuis Belgrade. Pour que l'avion puisse décoller et pour qu'il ne soit pas abattu par par on ne sait pas qui, mais enfin par les Croates. La condition était qu'un employé, c'est-à-dire un espion de l'ambassade des États-Unis à Belgrade, fasse le voyage. C'était la seule condition pour que cette expédition indépendante puisse voyager. Lorsque nous sommes arrivés là-bas, que nous avons visité ce camp, quelque chose clochait.
49:54Slobodan Despot
J'étais assis à côté d'une journaliste britannique dans l'autobus qui nous menait dans Comment elle s'appelait? Je sais pas. Ce qui est intéressant, c'est l'attitude. Elle était complètement fermée. Et j'ai compris bien des années plus tard, enfin bien des années plus tard, quelques mois plus tard, pourquoi ces gens étaient déprimés. Parce qu'ils savaient, cette femme, que jamais elle ne raconterait un mot de ce qu'elle allait voir.
50:16Speaker A
Et de fait, c'est de la supputation, ça. Elle avait peut-être mal au ventre.
50:20Slobodan Despot
Peu importe. Nous avons fait cette visite. Les gens qui ont fait cette visite ont vu que les détenus étaient logés très, très sommairement, mais à la même enseigne que ceux qui les gardaient. L'expédition Elie Wiesel, qui a vu ces camps, a conclu qu'on ne pouvait pas parler de camps d'extermination. Est-ce que ça a été transmis dans les médias? La réponse, c'est qu'à la fin de cette expédition, il y a eu un repas, qu'en face de moi se trouvait un journaliste français.
50:54Speaker A
Comment il s'appelait?
50:54Slobodan Despot
Jacques Merlino. Et ce monsieur, tout le monde se rappelle Jacques Merlino, c'était le gars qui était directeur des informations à France 2 avec des petites lunettes genre Hercule Poirot et une petite moustache. Et Jacques Merlino était très, très bougon et disait, c'est un scandale. Et nous on s'est dit, bon bah voilà, ça va être dans le sens du narratif habituel. Et puis non. Il a dit, mais la réalité de ce conflit, personne n'en parle, personne ne donne les deux côtés, je vais faire mon enquête.
51:25Slobodan Despot
Il a fait son enquête, il l'a publiée, ça s'appelle Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire. Il est allé interviewer le directeur de l'agence de communication qui a fait basculer les segments clés de l'opinion américaine en faveur du camp musulman dans la guerre de Bosnie. D'ex-Yougoslavie, alors que les Américains, à cause de leurs alliances de la Deuxième Guerre mondiale, étaient pro-serbes à la base.
51:50Slobodan Despot
Tout ça est expliqué, toutes ces choses sont étalées. Le livre est paru chez Albin Michel. Je ne sais pas ce que Jacques Merlino est devenu après, mais en tout cas il n'est pas resté chef de l'information sur France 2. Il n'y a rien à reprocher à son enquête. Simplement, il est allé à rebrousse-poil du narratif ambiant. C'est impossible et c'est punissable. Voilà un exemple dont j'ai été un témoin. Et ça, lorsque Merlino a fait son enquête, il savait qu'il avait affaire à un système, à un système d'hyper-normalisation, c'est-à-dire un système qui est obligé d'imposer un narratif unique monobloc sur une réalité.
52:38Speaker A
Quels étaient les objectifs de guerre de ça? Parce que c'est quand tu as de la propagande de guerre à ce point-là, c'est qu'il y a des objectifs.
52:45Slobodan Despot
Ah bah, les objectifs, c'était d'arriver là où nous sommes arrivés en 2022. C'était pour l'OTAN de prendre pied dans les Balkans, donc pour le faire, de détruire un État qui était un État fondateur du mouvement des non-alignés, c'est-à-dire ni soviétique Ni autant la Yougoslavie.
53:05Speaker A
Belgrade, ils sont quand même à fond pro-russe.
53:08Slobodan Despot
Belgrade était la capitale d'un pays qui était très diversifié et qui n'était pas la Serbie.
53:13Speaker A
La dernière fois que tu étais à Belgrade, c'était il y a combien de temps?
53:16Slobodan Despot
10 jours.
53:17Speaker A
Il y a toujours des boutiques avec des t-shirts Poutine un peu partout?
53:21Slobodan Despot
Oui, il y a aussi des t-shirts à tête de mort ou des t-shirts hackez-moi ou je sais pas quoi. Il y a tout ce qui se vend.
53:28Speaker A
Les Serbes sont toujours aussi belles?
53:30Slobodan Despot
Bon, évidemment, ça va de soi. Mais si tu essaies de me détourner, enfin, ça m'est égal, on peut parler de ce qui se passe dans les rues de Belgrade.
53:41Speaker A
Mais ce que je veux dire, 2022, pour toi, le but c'était ça, de mettre un pied dans les Balkans.
53:51Slobodan Despot
Attends, l'extension de l'OTAN vers l'est, c'est pas moi qui l'ai inventée.
53:55Speaker A
Attention, tu reprends encore les éléments de langage du Kremlin.
54:00Slobodan Despot
C'est ce contre quoi ont mis en garde même des officiels américains en disant, si on continue de s'étendre vers l'est, on va toucher à la zone de sécurité de la Russie.
54:14Speaker A
Des noms, des noms, des noms.
54:15Slobodan Despot
Les Américains, par exemple, le géopolitologue, un ancien chef de la CIA. Est-ce que c'était Kennan? Je les, et je ne parle même pas de gens comme, de gens comme des diplomates ou des chefs d'État européens. Mitterrand savait très bien où ça, où ça, où cela menait. On a continué de pousser l'OTAN vers l'est. Par exemple, il existe aujourd'hui, on le sait, des traces.
54:51Speaker A
On n'a pas continué à pousser l'OTAN vers l'est. Les peuples locaux étaient inspirés par la démocratie occidentale et ont voulu reprendre leur indépendance face à l'Union soviétique.
55:04Slobodan Despot
Ça, c'est vrai. Ce que tu dis là est vrai. C'est vrai pour les années 85 à 2000, grosso modo. Après, chaque nouveau pas de l'OTAN vers l'est coûtait plus cher en termes de subornation, de corruption, d'investissement.
55:22Speaker A
Tu as des sources?
55:25Slobodan Despot
Madame Nuland, Victoria Nuland, sous-secrétaire d'État américaine, dit publiquement que le renversement du régime ukrainien, celui qui n'était pas pro-russe, qui oscillait entre l'Union européenne et la Russie, celui de Ianoukovitch, qui qui était d'ailleurs, me semble-t-il, un incapable. Le renversement de ce régime, on y a investi 5 milliards de dollars et on y est arrivé. C'est pas très cher, 5 milliards de dollars, en même temps.
55:53Slobodan Despot
Mais elle a cité des chiffres. Est-ce que ça, ça correspond à la volonté spontanée des peuples? Est-ce qu'on a mesuré si les foules qui ont renversé le gouvernement élu de Kiev entre la fin 2013 et janvier-février 2014, est-ce que ces foules étaient vraiment représentatives d'une majorité de l'opinion ukrainienne? Est-ce qu'on est vraiment sûr? Comment on l'a vérifié?
56:24Speaker A
Moi, j'ai mes journalistes qui m'ont dit que oui. Ah ouais?
56:28Slobodan Despot
Et quelles sont leurs sources? Quelles sont leurs sources? On peut jouer, on peut jouer aux idiots.
56:41Speaker A
Voilà, tu sais, être idiot au bon moment, c'est quand même un art que peu de monde maîtrise.
56:47Slobodan Despot
Ah bah alors, je vais prendre l'accent suisse.
56:49Speaker A
L'accent suisse n'est pas du tout idiot d'ailleurs.
56:52Slobodan Despot
Non, mais lorsque le Suisse veut faire l'idiot, il accentue son accent suisse comme ça.
56:58Speaker A
Il dit, ah non, non, tu es rouillé aujourd'hui.
57:05Slobodan Despot
Vas-y, continuons.
57:06Speaker A
Continuons. Donc selon ton prisme de lecture.
57:09Slobodan Despot
Oui, j'ai pas un prisme de lecture.
57:12Speaker A
T'as quoi?
57:13Slobodan Despot
Une expérience de vie.
57:14Speaker A
Pas mal. Selon ton expérience de vie, qui peut-être aussi ne voit que par le trou de la serrure. 2022, on est en 2026, on va où? C'est-à-dire que se rapprocher de la Russie, c'est parce que leur nourriture est bonne, leurs femmes sont belles, on peut faire du patin à glace. Comment, c'est pourquoi? Si je te suis, on s'est rapproché de la Russie, c'était pour leur faire des câlins?
57:45Slobodan Despot
Bah déjà, déjà, on paierait les hydrocarbures 4 fois moins cher que ce qu'on paye maintenant en les achetant aux Américains qui les achètent.
57:52Speaker A
On verra ça plus tard. C'est l'écume des choses, c'est l'écume des choses.
57:56Slobodan Despot
Ah, c'est pas du tout l'écume des choses.
57:58Speaker A
Pour toi. Pour nous, c'est l'écume des choses.
58:00Slobodan Despot
Pour vous.
58:00Speaker A
Pour nous, c'est l'écume des choses.
58:01Slobodan Despot
Allez voir le prix à la pompe.
58:03Speaker A
Mais t'inquiète, je sais. Mais pour nous, ça reste l'écume des choses.
58:06Slobodan Despot
Allez, nous sommes des poètes. C'est l'écume des choses.
58:10Speaker A
Bon. Ça nous mène vers quoi et pourquoi? Quel est l'objectif final selon toi? Tant que c'est peut-être rien.
58:21Slobodan Despot
Ça ne sert à rien.
58:22Speaker A
Moi, quand je vais faire pipi dans mon jardin, Les fourmis, elles se disent, oh, la pluie est chaude aujourd'hui. Elle pue un peu, mais elle est chaude.
58:30Slobodan Despot
Essayer de comprendre les objectifs finaux, c'est épuiser ses facultés et son temps à des choses vaines. Il faut décrire les phénomènes et éventuellement—
58:45Speaker A
Ça, c'est parce que tu es un conteur.
58:47Slobodan Despot
Non, il faut décrire les phénomènes et essayer de voir quelle est l'inclinaison vers laquelle elles tendent, quelle est leur gravité au sens de la pesanteur, où ça va atterrir. Tiens, un indice extraordinaire du progrès de l'idiocratie dans le monde moderne, je ne dis pas en Occident, mais dans le monde moderne. Aux États-Unis, il y a quelques années déjà, pas mal de temps, on a mené un test psychologique, enfin un test plutôt cognitif. On a donné à des étudiants, pas à des idiots, des étudiants.
59:26Speaker A
Une rayon de 8000 grammes, c'est ça?
59:27Slobodan Despot
Non, non, non, non. On a donné à des étudiants une balle de tennis. On a dit: vous avancez au pas. Vous avez une cible par terre. Vous lâchez la balle pour qu'elle tombe sur la cible. Moins d'un tiers ont eu l'idée de lâcher la balle avant qu'ils arrivent au-dessus de la cible, parce qu'ils comprenaient pas. Les lois élémentaires de la gravité. Si tu avances comme ça et que tu lâches ta balle, elle va pas tomber droit en bas, elle va avancer un tout petit peu devant elle. Les hommes savent ça en allant aux toilettes, n'est-ce pas?
59:58Speaker A
Ou en allant à la chasse.
1:00:00Slobodan Despot
Voilà, ou en allant à la chasse. Les gens ne comprennent pas, je veux dire, les gens instruits ne comprennent pas ce que les gens manuels comprennent très bien. Qu'il y a une inertie des objets qui tombent. Ça, c'est par exemple un indice, à mon avis extrêmement intéressant, du progrès de l'idiocratie. Donc il suffit de décrire les forces de gravité qui semblent animer un mouvement ou un phénomène pour essayer de voir où il va. Mais essayer de dire ou de comprendre quelles sont les intentions et de qui, qui le dirige, c'est de la vaine besogne. Ça, c'est pour toi. Mais non, parce que—
1:00:45Speaker A
Tu as déjà discuté avec un stratège de guerre?
1:00:50Slobodan Despot
Oui.
1:00:50Speaker A
Lequel?
1:00:51Slobodan Despot
Par exemple, le général Pierre-Marie Gallois, dont j'étais l'éditeur, qui est l'auteur d'ailleurs de la géopolitique, c'est-à-dire de la théorie qui est la plus complète et la plus respectée au monde de la dissuasion nucléaire. C'est à cause de lui que j'ai écrit mon deuxième roman. Le rayon bleu. Bien sûr que j'ai parlé avec des stratèges de guerre et bien d'autres encore. Aujourd'hui, malheureusement, les stratèges de guerre qui étaient à l'époque des gens réalistes et, comment dire, pragmatiques, sont remplacés par des gens qui débitent des, enfin en tout cas ceux qui ont l'accès à la parole publique, qui débitent des platitudes ou des slogans préenregistrés et qui ne qui ne tombent jamais juste, qui lâcheraient leur balle de tennis 2 mètres après la cible.
1:01:44Slobodan Despot
Voilà pourquoi. Donc si quelqu'un a vraiment l'intention de nous mener quelque part où nous ne voulons pas aller et que nous disons, tu veux nous mener là où nous ne voulons pas aller? Il va dire, mais non, ça sert à quoi?
1:01:59Speaker A
Mais là, on est entre nous.
1:02:00Slobodan Despot
Mais non, on n'est pas entre nous.
1:02:02Speaker A
Pour toi, les objectifs de guerre, c'est quoi?
1:02:04Slobodan Despot
C'est l'illusion médiatique. On est entre nous et il y a des milliers de personnes qui nous regardent. On est entre nous. Nous sommes en pleine illusion médiatique. L'illusion médiatique, entre parenthèses, c'est-à-dire le fait qu'on se parle, toi et moi, comme s'il n'y avait pas ici 2 ou 3 caméras qui sont en train d'envoyer nos propos en temps réel dans l'éther pour que des milliers de personnes nous regardent et nous jugent.
1:02:26Slobodan Despot
Parce qu'on ne juge pas quelqu'un On ne juge pas quelqu'un aussi facilement lorsqu'on est en face de lui, comme je suis en face de toi et que tu es en face de moi, mais on le juge très facilement lorsqu'il est derrière un écran. Et ça, ça fausse tout. Eh bien, nous participons d'une illusion, nous avons mis en scène cette conversation et nous ne sommes pas entre nous, nous sommes entre nous plus des milliers de personnes.
1:02:46Slobodan Despot
Donc nous surveillons nos propos. Voilà ce que je veux dire. Il faut toujours avoir conscience—
1:02:53Speaker A
Il n'y a plus de bonnes disputes, il n'y a plus de jeux de rhétorique, il n'y a plus de disputes intellectuelles pour aller chercher l'essence même d'une situation.
1:02:59Slobodan Despot
Si, alors il y en a pas mal aux États-Unis, j'aime bien. Sous Trump, même avant, et les Américains ont cette culture-là et ils peuvent se— ce qui est intéressant, c'est qu'ils peuvent s'écharper sur des questions de fond.
1:03:13Speaker A
On est dans la merde parce qu'on sait plus appeler un chat un chat.
1:03:17Slobodan Despot
Ou bien, ou bien alors on va travestir la dialectique. Ou bien, mais c'est même pas ça, c'est quelquefois on va faire mine d'appeler un chat un chat, mais on va faire de la caricature, on va tomber dans la polémique. En France, on adore polémiquer. Je n'arrive pas à suivre, moi, un débat en France. L'émission à laquelle je—
1:03:36Speaker A
Pardon? Ils bavardent.
1:03:38Slobodan Despot
Oui, mais caractéristique, l'émission dont j'étais chroniqueur, tu l'as rappelé tout à l'heure, à la Radio Suisse, qui était une joute du dimanche matin où il y avait plusieurs personnes qui n'étaient pas du tout du même monde qui devaient commenter les mêmes événements. C'était rarissime qu'on se coupe la parole, même si on était totalement opposé, totalement.
1:04:02Speaker A
C'est d'ailleurs pour ça que c'était un régal à regarder.
1:04:06Slobodan Despot
C'est-à-dire que, de nouveau, je ne suis pas là pour promouvoir mon ego ni pour imposer mes vues. Je suis là pour faire avancer la compréhension du sujet qu'on est en train de débattre, dont on est en train de débattre. Si maintenant en face de moi il y a un énervé qui, qui qui veut couper la parole de tout le monde, qui veut imposer des slogans ou des vues immotivées, eh bien nous avons ici une psychanalyse. Nous avons quelqu'un qui est en train de se mettre à nu devant tout le monde. Évidemment, ça ne nous dit rien sur le sujet du débat, mais ça nous dit tout sur lui.
1:04:42Speaker A
On embrasse d'ailleurs très très fort les Suisses et on les embrasse tous parce qu'à chaque fois qu'on va en Suisse, même les flics suisses sont gentils. Ça dépend. Ah bah, avec nous, ils sont toujours gentils. Et d'ailleurs, on apprécie grandement votre code de la route qui est beaucoup plus respecté que le nôtre.
1:05:01Slobodan Despot
Oui. Et pour nous qui avons peur en voiture, c'est beaucoup plus cher de ne pas le respecter.
1:05:05Speaker A
Ah oui, mais pour nous qui avons peur en voiture, c'est un vrai régal de se faire conduire sur les routes suisses. On les embrasse fort, les Suisses.
1:05:13Slobodan Despot
C'est très cher.
1:05:13Speaker A
Ils nous manquent, ils nous manquent. Et on les embrasse très, très fort. Ils ont toujours été absolument adorables avec nous. Et partout d'ailleurs, dans toutes les langues que vous avez dans votre beau pays. C'est vraiment un pays magnifique avec des montagnes, des lacs, de la bouffe extraordinaire, du bon pinard, du bon chocolat. Pourquoi tu bouges la main là?
1:05:37Slobodan Despot
Depuis la France, on peut— Ah non, ça mange bien, non?
1:05:41Speaker A
Ouais, en Suisse, on mange bien aussi. C'est un peu plus cher.
1:05:45Slobodan Despot
Mais au moins, c'est plus simple. Comme disait Paul Morand, qui était méchant comme la gale et qui vivait en Suisse parce qu'il pouvait pas vivre en France, il était exilé. Il disait, ah, la cuisine suisse, c'est bien, c'est une cuisine pour enfants. Parce qu'elle est toute simple.
1:05:59Speaker A
La cuisine russe, elle dit quoi du pays?
1:06:04Slobodan Despot
Elle dit un gros besoin calorique à cause du climat.
1:06:07Speaker A
Elle dit quoi d'autre?
1:06:10Slobodan Despot
Elle dit que, elle dit qu'on a la patience de préparer des choses. Les Russes aiment bien préparer beaucoup de— Vous arrivez chez quelqu'un à l'impromptu, on va sortir 10 petits plats, des akouskis comme on dit, c'est-à-dire les tapas, n'est-ce pas, espagnols? Des akouskis.
1:06:32Speaker A
Nous, on appelle ça des éponges à vodka.
1:06:34Slobodan Despot
Oui, ce sont des éponges à vodka, mais il y en aura plein partout et on se dit mais Quelle patience!
1:06:40Speaker A
Qu'est-ce que ça dit ça?
1:06:42Slobodan Despot
Eh bien, ça dit d'abord qu'on est déjà en Orient parce que c'est très oriental cette manière de présenter les choses en petites portions et en grande diversité, comme au Japon par exemple. On est déjà en Orient. Ça dit qu'il y a évidemment un rituel de la préparation et de l'offrande de nourriture. Et ça nous dit aussi qu'en revenant de Russie, il va falloir un petit peu se mettre au régime parce que c'est Il y a beaucoup d'hydrates de carbone et de gras. Et beaucoup de sucre parce que quoi? Pourquoi? Parce qu'il y a la cérémonie du thé. Les Russes boivent tout le temps du thé et avec le thé, ils mangent des biscuits ou des bonbons. Voilà. Voilà ce que ça dit.
1:07:21Speaker A
T'as jamais cuisiné en Russie, toi?
1:07:23Slobodan Despot
Moi, cuisiner? Je cuisine chez moi, mais pas quand je suis en visite.
1:07:27Speaker A
Comment on dit pomme de terre?
1:07:29Slobodan Despot
Pourquoi?
1:07:31Speaker A
Kartochka. Oui. Qu'est-ce que ça dit la cuisine russe? Ça dit un peuple qui a souffert.
1:07:36Slobodan Despot
Non, ça dit qu'ils reprennent beaucoup de mots aux Allemands parce que ça vient de kartoffel.
1:07:41Speaker A
Ouais, ou peut-être les Allemands qui prennent des mots russes. Regarde, nous on a bistrot, nous, tu vois.
1:07:45Slobodan Despot
Oui, ça c'est vrai, c'est le seul. Non, c'est pas le seul, il y en a d'autres.
1:07:49Speaker A
Mais ça dit un peuple qui est là pour tenir l'adversité de leur climat et le fait que c'est un pays rustre, même dans sa bouffe.
1:07:59Slobodan Despot
Ce n'est d'abord, ce n'est pas du tout un pays rustre parce que sa bouffe n'est pas du tout rustre. C'est, ça peut être simple, mais les plats de, comment on dit du chou? Kapusta. Non mais on n'est pas ici pour donner une leçon de russe à tout le monde.
1:08:19Speaker A
Non, non, non, mais moi j'aime bien ça, j'aime bien démasquer les gens qui parlent pas la langue du coin. Mais ça, tu as l'air de kiffer bien.
1:08:23Slobodan Despot
Ça fait entre nous comme ça, nous sommes, nous connaissons tous les deux, haha. Mais bon, on sait, voilà.
1:08:28Speaker A
Pas l'arabe un peu?
1:08:29Slobodan Despot
Non, pas du tout. C'est pas du tout une cuisine russe, c'est une cuisine très souvent faite avec les moyens du bord, c'est-à-dire une cuisine très souvent pauvre. On aura rarement un morceau de viande rouge, on aura beaucoup de viande hachée parce qu'on la mêle avec autre chose. Ça nous dit une économie une économie populaire qui est très modeste. Ça nous dit des besoins, comme je disais, d'abord d'énergie, parce que la vie dans la campagne, dans les campagnes, aujourd'hui encore, est très physiquement exigeante.
1:09:09Speaker A
Rude.
1:09:10Slobodan Despot
Rude. Et ça nous dit aussi que ce peuple, comme d'ailleurs beaucoup de peuples du Nord, a une pratique séculaire et très, très développée de l'art de la conservation de la nourriture.
1:09:22Speaker A
De la survie.
1:09:23Slobodan Despot
Et de la survie. Oui, c'est très, très difficile à déboulonner. Très difficile.
1:09:32Speaker A
Très difficile. Comment tu connais si bien la Russie?
1:09:35Slobodan Despot
Comment?
1:09:36Speaker A
Comment tu connais si bien la Russie?
1:09:38Slobodan Despot
Eh bien, entre autres parce que ma meilleure moitié est russe.
1:09:43Speaker A
De où?
1:09:45Slobodan Despot
De Moscou. Et que je suis de Moscou aussi. De la région. Et aussi parce qu'à une époque, j'avais étudié le russe, j'ai traduit, j'étais traducteur d'Alexandre Zinoviev, et je vais régulièrement en Russie depuis maintenant 25 ans, depuis l'an 2000.
1:10:08Speaker A
Comment tu vois le conflit russo-ukrainien et les répercussions entre nos deux peuples? Je dis nos deux peuples européens versus russes.
1:10:16Slobodan Despot
Alors ça, c'est une, c'est une question sérieuse.
1:10:21Speaker A
Pourquoi les autres n'est pas sérieuse?
1:10:23Slobodan Despot
Non mais on a causé.
1:10:24Speaker A
Attention, c'est pas parce que tu fais 101 kg que je vais pas te monter au plafond.
1:10:28Slobodan Despot
Essaye toujours.
1:10:30Speaker A
Ouais, attention, je vais t'envoyer mon pitbull.
1:10:35Slobodan Despot
C'est une question sérieuse parce que c'est une, d'abord c'est une guerre fratricide effectivement, parce que entre les Européens et les Russes, non, entre les Russes et les Ukrainiens. Comme d'ailleurs la guerre, c'est une réplique en beaucoup plus grand et plus grave de la guerre civile yougoslave. La guerre serbo-croate est une guerre fratricide. Ce qui distingue, en l'occurrence je connais bien le sujet, ce qui distingue essentiellement les Serbes et les Croates, ce sont quelques particularités linguistiques totalement mineures et la religion. Les uns orthodoxes, les autres catholiques en général.
1:11:08Speaker A
En termes de couleur de cheveux, il y a les blonds, les bruns, il n'y a rien même pas?
1:11:10Slobodan Despot
Il n'y a rien. D'ailleurs, il semblerait, mais c'est un bon c'est à vérifier, il semblerait que des savants croates auraient voulu faire une espèce de profilage génétique de leur peuple pour montrer qu'ils n'étaient pas comme les autres, comme leurs voisins. Il y en a qui ont essayé. Ça a foiré, c'est les mêmes. Moi, je suis serbo-croate de naissance, génétiquement, je ne vois pas de différence au sens— d'ailleurs, les théories ethno-raciales ne m'intéressent pas du tout.
1:11:41Slobodan Despot
Mais c'est une guerre fratricide, c'est une guerre fratricide et également une guerre fratricide, c'est-à-dire un conflit fratricide intra-européen. Pourquoi? Parce que l'Europe, depuis Pierre le Grand, intègre la Russie et la Russie fait partie de l'Europe. Si la Suisse est neutre, enfin était neutre jusqu'il y a peu de temps, c'est parce qu'en 1815, au Congrès de Vienne, La Russie, l'empereur de Russie a insisté pour garantir, à cause de la stabilité européenne, à ce petit pays qui est au cœur de l'Europe, un statut de neutralité armée.
1:12:20Slobodan Despot
Non pas protégée par ses voisins, mais une neutralité qui se défend elle-même. C'était une idée qui était dans l'air, mais c'était surtout la Russie qui insistait. Par exemple, la Russie, tu élimines la Russie de la littérature du 19e siècle, Ça cloche un peu. Tu élimines les Russes de la musique, ça cloche beaucoup. Tu élimines Eisenstein de l'histoire du cinéma, qu'est-ce qui nous reste? Ou Tarkovski ou Konchalovski, qu'est-ce qui nous reste?
1:12:53Slobodan Despot
Qu'est-ce qui nous reste sur la connaissance de l'être humain et sur la connaissance de la nature si on élimine le Tableau des éléments de Mendeleïev? Qu'est-ce qu'on fait? Qu'est-ce qu'on fait si on élimine Tsiolkovski, qui était le père de la science astronomique, astronautique, et le premier homme dans l'espace était russe?
1:13:11Speaker A
Ça a créé des conflits chez vous, entre ta femme et toi, le conflit, ou pas?
1:13:15Slobodan Despot
Non, non.
1:13:16Speaker A
Longtemps que tu la connais?
1:13:18Slobodan Despot
Pourquoi? C'est un, c'est maintenant une, c'est un questionnaire intime. Suffisamment longtemps. Et pas assez. On ne connaît jamais les Russes suffisamment. Plutôt, on découvre tous les jours.
1:13:36Speaker A
Cela étant dit, on en chie aussi tous les jours, c'est ça?
1:13:39Slobodan Despot
On découvre tous les jours. Il est vrai que les caractères, le caractère russe est beaucoup plus définitif, plus tranché, plus puissant en général. Que les caractères des nations plus au sud. C'est comme ça. Cela dit, le conflit est fratricide parce que—
1:14:03Speaker A
Vous engueulez en français ou en russe à la maison?
1:14:06Slobodan Despot
Ce sont des affaires totalement privées et d'ailleurs je n'en ai aucune mémoire parce que—
1:14:10Speaker A
Tu t'engueules jamais avec elle?
1:14:11Slobodan Despot
Jamais.
1:14:12Speaker A
Et elle qui a toujours raison?
1:14:14Slobodan Despot
C'est une manière très élégante de résoudre les conflits.
1:14:20Speaker A
C'est pour ça que l'expérience de vie des Russes est si faible, à cause de leurs femmes. Retiens cette faussette, tu vas avoir des problèmes en rentrant.
1:14:32Slobodan Despot
On ne peut pas dissocier la Russie de l'Europe. Lorsque les Français ont essayé d'expulser la culture allemande de l'Europe parce qu'ils bouffaient les petits enfants, ils se sont fait du mal à eux-mêmes. Ils ont cassé l'Europe et vice versa. L'Europe passe son temps à se fracasser. Et ce qui est extraordinaire, c'est que l'Europe passe son temps à parler d'Europe et à fracasser l'Europe. Parler d'une Europe abstraite, administrative, bureaucratique, comment dire, oligarchique, monétaire, financière, oui, enfin une espèce de suprasociété comme ça, ça oui, on en parle.
1:15:14Slobodan Despot
Mais quant à recoudre les vieilles blessures et les cicatrices, non. On ne sait pas comment. Est-ce que tu sais? Est-ce que quiconque ici sait qui sont les présentateurs vedettes de la télévision allemande ou les gens qui peuvent rassembler un stade, les chanteurs?
1:15:35Speaker A
Non, moi je connais leur meilleur humoriste.
1:15:37Slobodan Despot
Qui c'est?
1:15:37Speaker A
Frédéric Merz.
1:15:38Slobodan Despot
Ah oui, ça je suis d'accord. Il y a longtemps qu'on n'a pas eu un comme ça. Il est très fort. Je l'appelle tête d'ampoule.
1:15:45Speaker A
C'est vilain pour les ampoules.
1:15:47Slobodan Despot
Au moins, elles brillent.
1:15:49Speaker A
Elles éclairent.
1:15:50Slobodan Despot
Et elles éclairent. Bon, donc non, c'est une tragédie. C'est une tragédie qui est évidemment— ce qui est très curieux, c'est qu'elle est— l'initiative de cette tragédie et très souvent dans le camp des Anglo-Saxons, britanniques et américains.
1:16:11Speaker A
Ils aiment pas trop, eux, non?
1:16:12Slobodan Despot
Ah non, j'adore.
1:16:13Speaker A
Pourquoi? Parce que c'est un bon sujet d'étude?
1:16:16Slobodan Despot
Parce que les Anglais ont, à mon avis, la plus belle poésie au monde. Si, si, ils ont des grands poètes.
1:16:24Speaker A
Tu connais peut-être pas toutes les poésies du monde. Est-ce que tu connais la poésie iranienne?
1:16:28Slobodan Despot
Celle que je peux lire, de celle que je peux lire, de celle que je peux lire. Parce que c'est un grand peuple avec un esprit tout à fait extraordinaire, parce que les Américains ont une énergie et une culture à eux que j'aime beaucoup. Le rock'n'roll, des grands écrivains jusqu'à aujourd'hui. Est-ce qu'on a un Cormac McCarthy en Europe? Il est encore vivant, lui, non?
1:16:55Speaker A
McCarthy le chanteur?
1:16:57Slobodan Despot
Non, pas McCartney.
1:17:02Speaker A
Ça va pas nous ramener Maïbank toutes ces conneries.
1:17:05Slobodan Despot
Non, non, non, mais attends, eux, on sait parce que ces choses-là sont exposées, ce sont des politiques délibérées. La géopolitique, d'abord les Américains prennent très au sérieux la géopolitique, à la différence des Européens et des Français aujourd'hui.
1:17:20Speaker A
C'est pas vrai, t'as pas vu comment ils s'agitent?
1:17:23Slobodan Despot
S'agiter n'est pas agir. Non, donc les Américains prennent ça très au sérieux. Il y a la théorie de Mackinder, les thalassocraties contre les puissances continentales. Et il y a une constante qui revient toujours chez les Anglo-Saxons: surtout pas permettre une coopération ou la paix ou l'alliance entre l'Allemagne et la Russie, parce que là ils perdent tout le continent. C'est dans les livres, c'est dans la— c'est même dans le langage courant.
1:17:51Slobodan Despot
On le sait qu'ils vont faire ça, on sait qu'ils ne peuvent pas permettre ça, on sait qu'ils vont dresser l'Europe contre elle-même. Si nous considérons que la Russie n'est pas l'Europe, ça veut dire que l'Europe s'arrête, disons, juste derrière la Pologne. Ça veut dire que l'Europe se prive de la plus grande, de nouveau j'insiste là-dessus parce que c'est pas rien, de la plus grande réserve de minerais, de carburants, de richesses naturelles au monde que les Russes peuvent écouler où ils veulent.
1:18:25Slobodan Despot
Ça veut dire qu'on se prive d'un apport essentiel à notre propre culture et à notre propre compréhension du monde, et qu'on s'appauvrit exactement comme si par— ça arrive, il y a des phénomènes comme ça. Il y a des gens, excuse-moi, il y a des phénomènes, il y a des gens qui tombent dans des psychoses telles qu'ils s'automutilent. C'est exactement ce que l'Europe est en train de faire.
1:18:52Speaker A
Alors je me fais l'avocat du diable.
1:18:53Slobodan Despot
Vas-y.
1:18:55Speaker A
Mais en fait, c'est pas les Russes qui nous posent problème, c'est Poutine.
1:18:59Slobodan Despot
Ah oui? Le seul qui ne posait pas problème, c'était Eltsine, parce qu'il était ivre et qu'il permettait aux compagnies occidentales d'aller puiser librement les ressources russes comme si c'était une colonie. Et c'est ça le but. Le but d'ailleurs, madame, cette dame qui, qui a un QI à peine au-dessus de la—
1:19:25Speaker A
elle est pas là pour se défendre, donc je vais forcément la défendre.
1:19:28Slobodan Despot
Ah oui, tu vas la défendre, cette dame qui a un QI à peine au-dessus de la température ambiante et qui est la fille—
1:19:32Speaker A
c'est quoi ta source?
1:19:34Slobodan Despot
Ma source, c'est de voir, de la voir elle-même et ce qu'elle dit, et qui est la fille d'un appareil chic soviétique qui s'appelle donc Madame Callas, qui est soi-disant la ministre des Affaires étrangères de l'Union européenne qui n'a pas de ministère des Affaires étrangères puisque les affaires étrangères sont du ressort de tous les pays membres.
1:19:53Speaker A
Pauvre dame, elle essaye d'avoir un récit national européen.
1:19:56Slobodan Despot
C'est elle qui il y a quelques semaines vient de dire mais il faut démanteler la Russie en vingt morceaux. Mais quand elle dit ça, c'est pas que c'est pas qu'elle a eu encore une lubie, c'est qu'il y a une organisation qui se réunit périodiquement un peu sur le pourtour de la Russie pour essayer de soulever des nationalités ou de les inventer ou de ou de ou de ou de de de comme on a fait avec la Yougoslavie, de fomenter des insurrections nationales ethniques pour casser ce pays.
1:20:23Slobodan Despot
C'est un programme. Dans l'Antipresse, nous en avons parlé, on a chroniqué ces réunions, c'est assez cocasse, mais c'est possible. Une année avant que la Yougoslavie n'éclate, comme tous les étés, j'y passais mes vacances. Je ne me doutais pas que ça pouvait éclater. Je ne me doutais pas que ça pouvait éclater. Je ne me doutais pas qu'il y avait déjà dans ce pays des des forces qui vivaient dans un avenir où la Yougoslavie n'existait plus.
1:20:48Speaker A
Les Yougoslaves et les Serbes, ils pouvaient quand même pas trop se blairer, non?
1:20:51Slobodan Despot
Quels Yougoslaves et les Serbes?
1:20:52Speaker A
Je sais pas, il n'y avait pas des tensions dans le pays avant que ça pète?
1:20:56Slobodan Despot
Mais des tensions, il y en a toujours. La question, c'est est-ce qu'on va vers l'apaisement de ces tensions ou est-ce qu'on va vers l'exacerbation de ces tensions? C'est comme de dire, ah oui, ben untel est un petit peu, il boitille de la jambe gauche. Bon, qu'est-ce qu'on fait? On le rafistole ou bien on lui donne un grand coup de batte? Il va marcher beaucoup moins bien après, comme disait Bourvil. Ça va beaucoup moins bien marcher.
1:21:23Speaker A
Comment tu vois le conflit russo-ukrainien se résoudre? Comment tu vois le conflit russo-européen se résoudre?
1:21:30Slobodan Despot
Le conflit russo-ukrainien va se résoudre militairement. C'est-à-dire qu'il va s'arrêter lorsqu'il n'y aura plus personne pour se battre en Ukraine et que ce qu'il restera de l'armée ukrainienne capitulera, et que la Russie va déterminer quelle partie de l'Ukraine sera à elle. C'est ça qui va se passer.
1:21:54Speaker A
On va jamais pouvoir laisser faire ça.
1:21:56Slobodan Despot
Mais l'Europe, elle n'a pas, elle n'est pas consultée là-dedans. À la rigueur, les Américains, mais les Américains Si certains de leurs intérêts sont préservés, par exemple, je ne sais pas, Nord Stream, ben voilà, les Américains, ils peuvent se repayer en reconstruisant Nord Stream avec les Russes après l'avoir fait péter, d'après Seymour Hersh, pour vous vendre à vous, Européens, le même gaz.
1:22:20Speaker A
Les Allemands m'ont dit que c'était les Ukrainiens qui avaient fait péter ça.
1:22:22Slobodan Despot
Seymour Hersh, sa théorie, c'est que c'était les Américains avec des, enfin, c'était l'OTAN avec une impulsion américaine. C'était son article de, je sais pas, début 2023. C'était sa thèse. Je sais pas s'il l'a révisée, mais c'était sa thèse. Peu importe. D'ailleurs, Monsieur Biden avait annoncé qu'il allait le faire. Pourquoi ne pas le prendre au mot? Donc les Américains sont tout à fait capables de serrer la main aux Russes, de reconstruire Nord Stream et de vous revendre le même gaz que vous aviez directement en se sucrant dessus.
1:22:55Slobodan Despot
À raison de 100 ou 200%, pourquoi pas? Si vous êtes d'accord, si vous êtes suffisamment bête pour ne pas passer des accords directement avec les Russes, pourquoi pas? Eh bien, l'Europe n'est pas consultée, ne sera pas consultée.
1:23:11Speaker A
Est-ce que tu essayes de penser contre toi-même?
1:23:13Slobodan Despot
Oui. Déjà cette expérience-là, déjà par exemple le fait de venir ici, c'est une pensée contre moi-même. Mais qu'est-ce que je fais là?
1:23:20Speaker A
Pourquoi tu fais? Pourquoi t'es là?
1:23:22Slobodan Despot
Mais par assaise personnelle.
1:23:26Speaker A
Pas mal. Donc on va où entre l'Europe et la Russie? Tu penses que nous Européens on va être en confrontation directe avec eux?
1:23:35Slobodan Despot
Non.
1:23:36Speaker A
Pourquoi non?
1:23:37Slobodan Despot
Parce que pour qu'il y ait une confrontation directe, il faut qu'il y ait un lieu de confrontation. Il faut qu'il y ait une ligne de front. Il y en a pas.
1:23:44Speaker A
L'Ukraine.
1:23:46Slobodan Despot
La Pologne, la confrontation, la confrontation. Est-ce que la Finlande, est-ce que le fait de fournir des drones à l'Ukraine est une forme de confrontation directe ou indirecte?
1:23:56Speaker A
Tu vas répondre à ta question.
1:23:58Slobodan Despot
Moi, c'est moi qui te le pose.
1:23:59Speaker A
Je suis pas là pour répondre à tes questions.
1:24:01Slobodan Despot
Non, non, mais attends, tu me demandes confrontation directe, j'aimerais savoir ce que ça signifie.
1:24:04Speaker A
Tu penses qu'on va se foutre sur la ganache avec des gens qui tiennent des fusils des uns et des autres? Non.
1:24:12Slobodan Despot
D'abord parce que si on doit se foutre sur la ganache, ce sera pas avec des fusils, ce sera avec des missiles nucléaires. C'est tout. Donc, développe. Ce qui risque d'arriver, mais c'est très peu probable, c'est que les Russes vont à un moment donné décider que ça suffit, ces fournitures de drones, cette industrie qui fournit des drones en pièces détachées à l'Ukraine, puis qui sont assemblés là-bas, et puis grâce au guidage de Starlink coup de, enfin, des satellites américains, et ils sont balancés sur des raffineries ou des dépôts, des entrepôts en Russie.
1:24:53Slobodan Despot
Un jour, ils disent, ils menacent, ils disent, attendez, faut pas faire ça, faut pas faire ça, nous allons nous fâcher. Comme, comme en décembre, ta femme qui te prévient de ranger tes chaussettes. Comme en décembre 2021, la Russie adresse, voyant que ça chauffe grave dans le Donbass, donc à l'est de l'Ukraine. La Russie adresse à l'OTAN et aux États-Unis et à Washington un mémorandum disant il faut absolument qu'on organise une conférence sur la stabilité en Europe et la sécurité en Europe avant que ça dégénère.
1:25:29Slobodan Despot
Qu'est-ce qu'on a fait à Bruxelles et à Washington? De manière très démonstrative, on a pris le papier, on a dit les Russes ils causent, 24 février suivant. Ils ont causé. Donc ils disent, faites attention. Ils disent quelles sont les prochaines étapes.
1:25:48Speaker A
Est-ce que nous on s'est écouté?
1:25:49Slobodan Despot
Non. Pourquoi? Parce que je l'ai dit, parce qu'il n'y a pas un manque de volonté de comprendre, il y a un excès de volonté de ne rien savoir parce qu'on vit dans un monde parallèle, hyper-normalisé. L'hyper-normalisation, c'est d'abord un terme que je n'invente pas, c'est un terme qui était inventé, qui était qui a été forgée par des sociologues dans les années 60 déjà, et qui consiste pour un système sociopolitique en phase terminale, en phase de crise, à se construire une image du monde idéalisée, parallèle, ne correspondant pas à la réalité du moment, et à fonctionner selon ces lois parallèles, d'une nature parallèle, parce que celles du monde où on est, on sait que ça ne va pas marcher.
1:26:36Slobodan Despot
C'est ce qui a fait l'hypernormalisation. Ça a été la course adoptée par l'Union soviétique dans les années 60, quand ils ont vu, parce qu'ils ont compris très tôt que le modèle était épuisé. Et ensuite, la course qui a été adoptée grosso modo après la crise pétrolière et après la fin de la couverture du dollar aux États-Unis, donc dans les années 70, par l'Occident. Or, couverture or du dollar. Donc on est dans une société, l'URSS est arrivée au bout de son hypernormalisation en 89 et s'est effondrée.
1:27:08Slobodan Despot
S'en sont suivies une douzaine d'années de cauchemar absolu pour ce peuple. On ne se rend même pas compte à quel point la Russie a été dévastée, mais dévastée au sens où le trou démographique est visible dans les, dans les, dans la dans les statistiques démographiques de ce pays. La famine, la famine littéralement, les gosses dans les rues. Moi, la première fois que je suis arrivé à Moscou, c'était septembre 2000, je voyais des bandes de gosses dans les rues qui rançonnaient les passants avec des couteaux parce qu'ils n'avaient rien d'autre pour bouffer.
1:27:41Slobodan Despot
On ne pouvait pas imaginer que ce pays allait se redresser un jour. Il s'est redressé. Mais ce que les Russes ont vécu dans les années 90 est indescriptible. À l'époque où je travaillais aux éditions L'Âge d'Homme, nous avions publié un livre, je pense qu'on peut le trouver encore sur le marché, sur le marché de l'occasion, qui s'intitule La Grande Révolution Criminelle, d'un cinéaste russe. Un cinéaste, ça fait des films, mais là il ne restait plus que le script parce que les matériels vidéo avaient été saisis par les services de Monsieur Eltsine.
1:28:14Slobodan Despot
Le cinéaste s'appelait Stanislav Govoroukhine, et Govoroukhine, après, il est devenu député à la Douma. Avait documenté le pillage de la Russie. Il y avait des détails comme: qui, quel est le plus gros exportateur de cuivre de Russie? Une troupe de théâtre. Quelqu'un, patron de troupe de théâtre, avait trouvé un des investisseurs quelque part en Occident. Il a dit: je peux servir de— Et tout d'un coup, il est devenu exportateur de cuivre.
1:28:43Slobodan Despot
Une grande partie de l'oligarchie russe a été créé à cette époque. C'est des gens qui ont profité de la situation de manière démesurée. À l'époque, la Russie n'avait que 2 brise-glaces nucléaires qui assuraient la survie des villes côtières de l'océan Arctique, parce qu'il y a toute cette bande côtière de vie, enfin de villes et de colonies qui sont dans le nord et qui ne sont desservies que par voie maritime. Il était absolument nécessaire d'avoir des brise-glaces pour alimenter ces gens.
1:29:14Slobodan Despot
Un des deux brise-glaces a disparu. Mais faire disparaître un brise-glace sur la planète Terre, c'est quand même une performance. Il a été retrouvé des mois plus tard quelque part dans le Pacifique Sud où, grâce à son réacteur nucléaire, il servait d'usine d'électricité. Quelqu'un l'avait vendu à quelqu'un pour l'installer à des milliers de kilomètres de là. Ce pays était était complètement désagrégée.
1:29:40Speaker A
La génération qui est au pouvoir maintenant, c'est la génération qui a le plus senti dans sa chair l'effondrement de l'Union soviétique? Oui. C'est la plus radicalisée?
1:29:49Slobodan Despot
Non.
1:29:49Speaker A
Pourquoi?
1:29:52Slobodan Despot
Parce que—
1:29:52Speaker A
Pourquoi tu dis non?
1:29:54Slobodan Despot
Non, je le dis non parce que cette génération-là—
1:30:01Speaker A
Elle a quel âge?
1:30:03Slobodan Despot
Mais ça se dit, voyons, monsieur. Cette génération-là—
1:30:08Speaker A
T'as quel âge?
1:30:11Slobodan Despot
Je ne le dis pas non plus, monsieur. D'ailleurs, c'est probablement sur ma fiche Wikipédia, ça doit être la seule information juste.
1:30:19Speaker A
Il y a tes kilos aussi. Non.
1:30:25Slobodan Despot
Cette génération-là n'est pas la plus radicale. Pourquoi? Parce qu'elle a été éduquée dans l'URSS. Et en URSS, on était éduqué dans l'irénisme. Qu'est-ce que l'irénisme? L'irénisme, c'est la volonté d'apaiser les situations. Ce qui est extraordinaire lorsqu'on connaît ce pays, c'est que dans la génération, les dernières générations soviétiques, les générations soviétiques d'après-guerre en général, il y avait cette idée qu'on doit œuvrer à la fraternité des peuples, mais vraiment.
1:30:55Slobodan Despot
Vraiment, lorsque, lorsqu'on voit par exemple le débat intérieur russe vis-à-vis de la politique de Monsieur Poutine, on se rend compte de ce dont les diplomates, enfin les diplomates il y en a plus, mais enfin dont les apparatchiks européens ne sont pas conscients, c'est que lorsqu'ils disent Poutine, Poutine, mais tout ce qui peut remplacer Poutine à la tête de la Russie sera plus méchant que lui. Parce que Poutine, jusqu'il y a peu, disait, nos partenaires européens disaient, oh, discutons, discutons.
1:31:32Slobodan Despot
Il va à la conférence de Munich en 2007, il dit, discutons, dépêchons-nous de discuter, discutons. En décembre 2021, il envoie ce mémorandum et dit, mais il faut, mettons-nous à table, bon sang, ça va dégénérer. Personne ne veut répondre.
1:31:43Speaker A
À côté de ça, on lui prend la main dans le sac en train de poser des micros comme les États-Unis à côté de l'Union européenne, où on trouve des Stingrays au fin fond du coffre d'une bagnole juste à côté des institutions européennes. De la main gauche, ils disent discutons, discutons. De la main droite, ils disent bonjour.
1:31:58Slobodan Despot
J'ai vu un article passer, on peut le trouver sur le— je crois que l'auteur doit être Julian McFarlane, qui a inventorié les cas ou les informations faisant état d'une guerre hybride russe vis-à-vis de l'Occident avec ces trucs, ces incidents. Il a enquêté sur le fond. Combien ça dure, cette agitation? Qu'est-ce qu'il y a dans le fond? Qu'est-ce qu'il y a derrière l'affaire de l'empoisonnement Skripal? D'ailleurs, il y a eu cet espion soviétique avec sa fille qui ont été soi-disant empoisonnés par Poutine au Novitchok.
1:32:33Slobodan Despot
Le Novitchok, ça ne laisse aucune chance de survie. Mais ils ont quand même eu le temps de faire une— ils ont pu quand même faire une conférence de presse après avoir été empoisonnés au Novitchok. Mais où sont-ils, ces gens, aujourd'hui? Personne ne peut le savoir. Où sont-ils? Existent-ils? Ils sont en Grande-Bretagne, mais où sont-ils? Pourquoi on les entend plus?
1:32:52Speaker A
Peut-être que le KGB, les standards du KGB ou du GRU ont baissé, c'est-à-dire qu'ils ont les mêmes chiens de la casse que les nôtres.
1:33:01Slobodan Despot
Je ne crois pas.
1:33:02Speaker A
Tu es sûr?
1:33:02Slobodan Despot
Je ne crois pas. Je crois qu'on a besoin d'un État, d'une menace ici. Je pense qu'on a besoin d'entretenir, dans cette phase où nous sommes aujourd'hui, Ici, ils sont quand même menaçants les Russes là. Ah, pour qui?
1:33:14Speaker A
Bah, pour nous. Non, ils sont pas menaçants. Non, pourquoi?
1:33:18Slobodan Despot
Pourquoi? En quoi sont-ils menaçants? Menaçants, ça veut dire quoi?
1:33:22Speaker A
Ils vont venir, ils vont venir, ils envahissent un autre pays, c'est sur les règles internationales. Je me fais l'avocat du diable.
1:33:29Slobodan Despot
Ça, c'est quelque chose que les États-Unis, la France ou la Grande-Bretagne ont traversé quand même.
1:33:33Speaker A
Ils ont traversé la frontière.
1:33:35Slobodan Despot
Ils ont traversé la frontière et nos amis défenseurs de la démocratie et du droit, ils n'ont pas traversé la frontière de la Serbie en détachant le Kosovo de la Serbie après avoir bombardé tout le pays pendant 80 jours.
1:33:48Speaker A
C'était la main sur le cœur pour aider les populations.
1:33:51Slobodan Despot
C'était tellement vertueux.
1:33:52Speaker A
Vertueux?
1:33:53Slobodan Despot
Oui, c'était ça évidemment. D'ailleurs, je crois que l'opération s'appelait Ange Miséricordieux.
1:34:01Speaker A
C'était pas loin.
1:34:02Slobodan Despot
C'était pas mal, c'est mieux. Donc, Freedom for everyone?
1:34:06Speaker A
C'était pas Freedom for everyone?
1:34:09Slobodan Despot
Non, mais ça, c'est le contexte général. On va libérer tout le monde en exterminant tout le monde. Là, tu es libéré. C'est comme dans Tintin, dans Les Cigares du Pharaon. Enfin bref. Non, en quoi est-ce qu'ils représentent une menace? Quand je parle d'une menace, c'est-à-dire concrètement pour des pays comme la France.
1:34:29Speaker A
Quand j'écoute Stéphane Séjourné et ses copains, C'est une attitude impérialiste et colonialiste.
1:34:37Slobodan Despot
De qui?
1:34:38Speaker A
De Poutine. C'est une attitude inadmissible.
1:34:42Slobodan Despot
Mais il dit quelque chose sur, sur la France ou sur l'Allemagne ou sur la Belgique ou sur les Pays-Bas ou sur l'Italie? Est-ce qu'il dit quelque chose?
1:34:50Speaker A
Est-ce qu'il est capable de mettre les Pays-Bas sur une carte? Déjà, c'est la première question.
1:34:54Slobodan Despot
Certainement, parce que les Pays-Bas, les Russes les connaissent bien. C'est là que leur Leur empereur Pierre Ier a appris à faire des bateaux et donc a commencé à développer la puissance militaire russe. S'ils connaissent les Pays-Bas, bien sûr qu'ils les connaissent.
1:35:08Speaker A
Je parlais de Stéphane Séjourné.
1:35:09Slobodan Despot
Ah lui non, je sais pas.
1:35:13Speaker A
Trêve de plaisanterie. Il y a quand même un peu de tension. Il y a quand même un peu de vrai chez un peu tout le monde. Mais il y a du vrai chez les Russes, il y a du vrai chez les Européens, il y a du vrai chez les Ukrainiens.
1:35:24Slobodan Despot
La question, il faudrait qu'on décide. D'abord, il faudrait qu'on décide. Décide. Est-ce que la Russie est enlisée en Ukraine et s'épuise, ou est-ce que la Russie est une superpuissance qui menace de rouler jusqu'à Paris? Il faut, il faut quand même qu'on décide.
1:35:40Speaker A
Toi qui connais un peu les Russes, oui, à travers tes copains, ta femme, ton histoire, ainsi de suite, tu sais que quand ils ont passé un certain degré, ils passent en communication dégradée. T'es d'accord avec moi? Donc là, ils ont passé un certain degré, ils vont passer en communication dégradée. Tu sais ce que ça veut dire?
1:36:01Slobodan Despot
Oui, bien sûr.
1:36:02Speaker A
Mais et donc, qu'est-ce qui se passe quand ils passent en communication dégradée? Ils t'arrachent toutes les dents.
1:36:08Slobodan Despot
La question, là, tu vois, nous revenons au sujet de— il y a—
1:36:12Speaker A
d'accord avec moi ou t'es pas d'accord?
1:36:13Slobodan Despot
Je suis pas d'accord avec toi.
1:36:14Speaker A
Alors dis-moi pourquoi t'es pas d'accord.
1:36:16Slobodan Despot
Parce qu'il y a une vingtaine de minutes, nous discutions de la question de savoir quel est le but de tout ça. Et moi je disais, ne cherchons pas les buts qui sont poursuivis par quelqu'un derrière, cherchons où ça va. Est-ce qu'il y a des signes? Cherchons à comprendre la dynamique des phénomènes eux-mêmes et non pas les intentions de quelqu'un. Parce que nous ne saurons jamais quelles sont les intentions dans la tête des gens. Et s'ils en ont de mauvaises, ils vont pas les confesser. Cherchons à comprendre s'il y a une menace. Est-ce qu'il y a une menace d'invasion de la France, de l'Allemagne, de la Pologne, des Pays-Bas par la Russie?
1:37:05Speaker A
Peut-être que la Pologne, ils ont du souci à se faire. Peut-être les États baltes, les États baltes, ils ont des soucis à se faire, non?
1:37:11Slobodan Despot
Disons que les Baltes, les Baltes, s'ils commencent à, s'ils commencent à—
1:37:18Speaker A
rigole pas, c'est très mauvais ce que tu vas faire comme blague, je te vois venir gros comme une maison.
1:37:26Slobodan Despot
S'ils commencent à s'enfler, s'enfler, s'enfler comme la grenouille de la fable face à un pays qui ne va jamais partir de leurs frontières, eh bien, ils devraient se demander s'ils ne doivent pas changer de direction dans leur pays. Ils font quoi? Ils ont des populations qui varient entre 10 et 30% de Russes, de russophones dans leur pays, et tout d'un coup ils déclarent que ces gens-là ne doivent plus utiliser le russe, ils doivent tous passer aux langues locales. Ils réhabilitent des membres de la SS dans certains de ces pays, des nazis. Il y a des retraités, des dates, j'invite n'importe qui à chercher les aux flambeaux et les commémorations d'anciens SS ou d'anciens légionnaires.
1:38:17Speaker A
C'est une toute petite minorité.
1:38:19Slobodan Despot
Ah oui, la SS était une toute petite minorité en Allemagne. Ceux qui commémorent tout ça, c'est ce qu'on disait en 2014 lorsque certains signalaient qu'il y avait des nazis, des néonazis en Ukraine. Ben aujourd'hui, ces néonazis ont noyauté l'armée et sans ces néonazis, il y aurait il y aurait plus d'armée ukrainienne.
1:38:40Speaker A
C'est pas, c'est pas toute l'armée ukrainienne.
1:38:42Slobodan Despot
J'ai pas dit toute l'armée, j'ai dit qu'ils ont noyauté. Faut m'écouter. Noyauté, ça veut dire 1% influence les 99% autres. Il y a qu'à, on ouvre internet, symbole nazi en Ukraine, réhabilitation.
1:39:03Speaker A
C'est pas des votes russes qui mettent ça en avant.
1:39:05Slobodan Despot
Pourquoi les Polonais, pourquoi les Les ministres polonais ont renvoyé à monsieur Zelensky les décorations qu'il leur a données ces dernières années.
1:39:14Speaker A
Les chelous, les Polonais, ils peuvent pas libérer.
1:39:17Slobodan Despot
Je parle de, donc, pourquoi les ministres polonais ont renvoyé, ont renoncé aux décorations que leur a octroyées le président ukrainien? Parce que l'Ukraine réhabilite des criminels de guerre qui ont exterminé des Polonais dans des opérations de génocide. Ça devrait suffire. Si l'Allemagne réhabilite Klaus Barbie, vous serez contents, vous les Français? Qui c'était? Je ne sais plus qui était responsable de Oradour-sur-Glane. Tout d'un coup, les Allemands lui font des funérailles nationales. C'est quoi comme signal pour vous?
1:40:05Speaker A
Il faut raser Berlin.
1:40:07Slobodan Despot
C'est pas qu'il faut raser Berlin, c'est qu'il y a un problème avec le pays qui devrait être résolu.
1:40:13Speaker A
Ils ont jamais fait ça.
1:40:14Slobodan Despot
Qui?
1:40:14Speaker A
Les Allemands.
1:40:17Slobodan Despot
Ils n'ont jamais fait ça. Je parle du problème, du problème du voisinage immédiat de la Russie. La Russie a quand même laissé presque 30 millions de citoyens de ses de civils et de militaires dans cette opération.
1:40:32Speaker A
Tu as déjà été à la commémoration quand ils se baladent tous avec les pancartes de PP là?
1:40:36Slobodan Despot
Les pancartes de PP, c'est le régiment immortel. Oui, j'y suis allé. J'ai même raconté, j'ai raconté, c'est en 2018 je crois, j'ai raconté ce que j'y ai vu, j'ai parlé avec les gens, j'ai fait ça, j'ai fait un reportage. C'était extrêmement émouvant.
1:40:54Speaker A
Tu as déjà été dans un cimetière russe? Oui. Lequel?
1:40:59Slobodan Despot
Un cimetière de campagne.
1:41:00Speaker A
À côté de Moscou?
1:41:03Slobodan Despot
Un petit peu à l'extérieur.
1:41:04Speaker A
Là où il y a l'espèce de forêt là?
1:41:06Slobodan Despot
Il y a partout des forêts.
1:41:09Speaker A
Tu as été te balader dans la forêt où il y a leurs tombes?
1:41:13Slobodan Despot
J'étais dans un cimetière de campagne qui est pas un cimetière mémorial, un cimetière de campagne. J'ai vu qu'il y avait des soldats qui étaient enterrés avec le drapeau et tout ça. Ils ont perdu des soldats, oui, ils ont perdu du monde.
1:41:27Speaker A
Comment tu vois les choses s'arranger? Qu'est-ce que pour toi il faudrait faire pour que ça s'arrange? Pour tout le monde d'ailleurs. Pour les Russes, les Ukrainiens, les Européens, les Allemands, les Français et Stéphane Séjourné.
1:41:39Slobodan Despot
Là, le dernier cas à mon avis est perdu. Mais pour les autres—
1:41:43Speaker A
C'est pas perdu, c'est vilain, la dyslexie ça se travaille.
1:41:46Slobodan Despot
Oui, c'est vrai. Mais bon, là, c'est peut-être un traitement spécial. Mais pour le reste, sortir de— j'insiste là-dessus parce que c'est quelque chose sur quoi je travaille depuis 10 ans, de semaine en semaine, l'hypernormalisation. Je suis né dans un monde hypernormalisé. Où ce que tu percevais, voyais avec tes yeux, ce que tu pouvais toucher avec tes mains ne correspondait pas à ce qu'on te disait que tu devais voir.
1:42:26Slobodan Despot
Je suis né dans un pays socialiste, un régime communiste déjà finissant, et les gens n'osaient pas dire, mais attendez, le roi est nu, attendez, ça fonctionne pas comme ça, notre économie n'est pas la plus brillante au monde, on n'arrive pas à se nourrir. On pouvait pas le dire. On devait dire ah oui quel quel succès le dernier plan quinquennal ou des choses comme ça ou l'autogestion des choses comme ça c'est la même chose il faut sortir pourquoi je parle de ça parce que un verre d'eau à ta gauche hein un verre d'eau à ta gauche ah c'est formidable c'est un vrai verre d'eau oui non c'est du novitchok non parce que ça peut être de la vodka je me méfie de vous là non non non du rhum tu veux du rhum Non, non, ça va.
1:43:07Speaker A
De Martinique, attention.
1:43:10Slobodan Despot
Après, l'hypernormalisation. Il y a eu un film qui était fait d'ailleurs par la BBC, un réalisateur de documentaires très réputé qui s'appelle Adam Curtis. Il a fait un très long film documentaire sur l'hypernormalisation et c'est très bien de le faire en film parce que ça montre les choses. On y voit apparaître dans ce film, que je recommande à tous, on peut le trouver sur YouTube, mais c'est quelque chose que j'ai décortiqué longuement dans plusieurs de mes essais.
1:43:37Slobodan Despot
Plusieurs essais, et en essayant de l'appliquer à notre situation d'aujourd'hui, on trouve par exemple pour les années 70 aux États-Unis, on voit apparaître une figure, une figure clé de l'hypernormalisation de la société américaine à l'époque. Il s'appelait Donald Trump, à l'époque où il était juste le fils de son papa, mais aussi magnat de l'immobilier new-yorkais. C'est très intéressant. Il faut sortir de l'hypernormalisation, c'est-à-dire que, c'est-à-dire qu'il faut commencer à reconnaître le réel.
1:44:12Slobodan Despot
Le réel.
1:44:13Speaker A
OK, mais il y a personne pour leur dire qu'ils sont dans le déni. Il y a personne qui leur dit, les gars, vous êtes dans un délire très mince. Il y a personne qui leur dit, regardez. Donc les populations, j'en viens à la question, les populations victimes de toutes les propagandes, que ce soit la propagande russe, la propagande ukrainienne, la propagande allemande, la propagande française, française, la propagande européenne, la propagande américaine.
1:44:38Speaker A
On se retrouve avec des peuples qui se détestent, qui sont montés, montés, montés, chauffés à blanc, chauffés à blanc pour consentir à l'effort de guerre économique et bientôt consentir à l'effort de guerre du sang. On a notre chef d'état-major qui nous dit il faut se préparer un peu à sacrifier le sang.
1:44:57Slobodan Despot
Bon, pas le sien.
1:44:59Speaker A
Si, bah lui il va y aller.
1:45:00Slobodan Despot
Ah, certainement.
1:45:01Speaker A
Bah oui, il sera en cinquième ligne. Mais comment on fait pour immuniser les gens à la propagande? Les Russes, ils ont eu la Pravda. Ils sont très très forts pour détecter la propagande. Ils sont peut-être un peu plus résignés. Comment nous les Européens, il faut se médiatiser?
1:45:21Slobodan Despot
Mitridatiser.
1:45:22Speaker A
Merci, excuse-moi, tu vois, dyslexique. Stéphane, il faut que tu m'aides. Comment on fait pour se désensibiliser à ce poison?
1:45:33Slobodan Despot
Par l'humour.
1:45:36Speaker A
En France, on a une autre technique.
1:45:38Slobodan Despot
Laquelle?
1:45:38Speaker A
L'acier.
1:45:40Slobodan Despot
L'acier?
1:45:40Speaker A
Ouais, derrière la nuque. Ça fait des coupes de cheveux très nettes.
1:45:44Slobodan Despot
Ah oui. Je la préconise en dernière instance. C'est quand même une méthode un peu radicale.
1:45:51Speaker A
C'est français.
1:45:52Slobodan Despot
Oui.
1:45:54Speaker A
Il y avait en France, on a une expression, c'est il faut arrêter de nous chier dans les bottes. Oui, et les Français sont un peuple très violent, contrairement à ce que les autres ont oublié.
1:46:06Slobodan Despot
Oui, tout le monde oublie ça. Les Français sont d'ailleurs au XVIe siècle, on parlait de la furia francese. Ils étaient furibars sur les champs de bataille, les Français. Et c'est un peuple très violent qui ne peut pas résoudre ses problèmes autrement que par des renversements et des grosses Mais c'est chaque peuple à sa manière.
1:46:29Speaker A
Le problème, c'est immuniser d'une façon un peu plus civilisée.
1:46:31Slobodan Despot
Il n'y a pas de façon civilisée. Il n'y a pas de façon civilisée. Pourquoi? Parce qu'on vit dans une— tant que vivre dans une bulle chargée d'anesthésiants reste confortable, il n'y a aucune raison C'est très, c'est très, c'est très commode d'avoir un ennemi désigné qui prend tout. C'est-à-dire, ah bah, les récoltes sont mauvaises, c'est la faute des Russes. Il y a des punaises dans les lits, c'est un coup des Russes.
1:47:05Speaker A
Des fois, ils en jouent aussi, ils font un peu chier là. Ils nous mettent des mecs avec qui font des mains, des cercueils sous la Tour Eiffel, ainsi de suite.
1:47:14Slobodan Despot
Anecdote.
1:47:15Speaker A
Anecdote, anecdote. Est-ce que tu trouves pas que les journalistes français face à ce que tu décris comme une anecdote. Eux, ils font leur chou gras avec 3 pauvres youyous qui ont mis des cercueils, et donc ils font leur chou gras pendant 10 jours.
1:47:30Slobodan Despot
Oui, pour ne pas parler des choses qui sont vraiment sérieuses.
1:47:33Speaker A
Bon, c'est parce que les Russes, ils sont cons à nous envoyer des crétins avec des cercueils? C'est quoi? Mais c'est qu'ils savent que les journalistes sont tellement— ils sont encore plus cons qu'eux. Ils vont faire pendant 10 jours ça Ils vont encore plus peur.
1:47:47Slobodan Despot
Le nom de Vovan et Lexus te dit quelque chose? Vovan et Lexus, ce sont ces deux ces deux satiristes qui font des canulars.
1:47:55Speaker A
Ils ont chopé Merkel et ils ont chopé tout le monde. À mon avis, ils doivent avoir les services russes derrière eux pour trouver les numéros de téléphone.
1:48:03Slobodan Despot
Attends, attends, attends, attends. Peu importe s'ils ont les services ou s'ils travaillent tout seuls.
1:48:07Speaker A
D'abord, c'est pas peu importe.
1:48:08Slobodan Despot
Non, non, non, mais d'abord, nous ne le savons pas. D'abord, nous ne le savons pas. Ensuite, la liste de leurs victimes est tellement longue. Hollande, puisqu'on parle de lui, c'est Hollande, s'est fait piéger par ces gars-là. Et c'est là qu'il a avoué que les traités de Minsk, les fameux traités de Minsk qui étaient censés, disons, apaiser la situation intérieure en Ukraine avant que les Russes interviennent, ces traités, on les prenait pas au sérieux, c'était juste pour donner de On était garant quand même nous la France, non? Quoi?
1:48:40Speaker A
On était garant des accords de Minsk.
1:48:41Slobodan Despot
La France et l'Allemagne étaient garants. Et les deux responsables de l'époque, c'est-à-dire Madame Merkel dans une circonstance et Monsieur Hollande dans une autre, mais chez lui c'était pas volontaire.
1:48:51Speaker A
Les accords de Budapest, ils ont été respectés par les Russes?
1:48:56Slobodan Despot
Dans les circonstances différentes, mais ils ont tous les deux dit ces accords de Minsk, c'était pour nous du C'était du pipeau, c'était pour donner le temps au gouvernement de Kiev d'aller écraser sa rébellion, de se réarmer. C'est pour faire quoi? Pour aller écraser sa rébellion.
1:49:17Speaker A
Donc quoi, Budapest, les accords de Budapest, ça a été respecté côté russe?
1:49:26Slobodan Despot
J'en sais rien. Non, je pense que oui. En quoi est-ce qu'il n'aurait pas été respecté?
1:49:36Speaker A
Il faudra leur poser la question. Comment on arrange les choses et comment on fait pour éviter que les populations montent à la guerre à force de se faire chauffer à blanc?
1:49:47Slobodan Despot
Les populations ne monteront jamais à la guerre. C'est pas elles qui vont— on va peut-être les faire monter. À la Première Guerre mondiale, on les faisait monter à la guerre avec, avec un Pistolet dans le dos aussi, pas oublier. Et les déserteurs, ou plutôt les lâches, étaient fusillés sur place. Il fallait beaucoup pour faire monter la population à la guerre. Et c'est vrai qu'on les a beaucoup chauffés. Mais comme je disais, pour qu'il y ait une guerre, il faut qu'il y ait un point de friction. Et il n'y a pas de point de friction avec la Russie. Entre la France—
1:50:21Speaker A
Quand tu vois les pays européens commencer à s'accorder sur la largeur des voies ferrées, pour aller amener du matériel un peu plus proche. Combien de temps faut-il pour faire une capsule de bouteille et un chargeur de téléphone portable?
1:50:36Slobodan Despot
Je sais pas, 6 ans, 8 ans. Donc pour mettre des capsules sur des nouvelles capsules sur les bouteilles en plastique, il faut quelques années de concertation. Pour élargir les voies ferrées aux normes russes en Europe, remarque bien, normalement, je reviens ou polonaise? Ben, disons que s'ils veulent acheminer du matériel en Ukraine ou en Pologne, je sais pas si la Pologne est dans le système européen, ou en tout cas l'écartement des voies ukrainiens est le même que celui des Russes.
1:51:05Slobodan Despot
Mais le problème, c'est que si on adapte l'écartement des voies, disons, des pays voisins à l'écartement russe, eh bien, on donne aux Russes une possibilité de nous envahir. C'est pas ça qu'on veut. Ça marche dans les deux sens, une voie de chemin de fer.
1:51:19Speaker A
Tu as bien fait, tu as compris ce que je suis en train de te dire. Les pays européens c'est n'importe quoi. D'accord, les pays européens, d'après leur agitation et leur mouvement de bouche, c'est n'importe quoi. OK, tu es peut-être aussi dans ta négation.
1:51:32Slobodan Despot
Non, pas du tout. Je dis que c'est n'importe quoi. C'est pas de la négation. Je vois que c'est n'importe quoi. Ils sont pas capables de s'accorder sur des choses beaucoup— c'est une— ça, par exemple, c'est une décision d'envergure colossale. Il faut avoir des— il faut avoir des moyens et changer l'écartement des voies. Mais il Ça va, ça va. On n'arrive pas à tirer 300 km de TGV en France sans qu'il y ait des manifestations et des problèmes administratifs à n'en plus pouvoir, pendant que les Chinois construisent 20 000 km de voies ferrées sans coup férir. On est dans des mondes complètement différents, c'est pas les mêmes mondes.
1:52:14Speaker A
Tu penses que les Européens vont survivre d'ici les 50 prochaines années?
1:52:18Slobodan Despot
Survivre, ça dépend comment. Biologiquement, oui, il y en aura moins, mais ils survivront. Maintenant, comment ils survivront? Comme disait un très bon journaliste britannique, j'aimerais bien dans 10 ans vivre dans ma maison sans qu'il y ait des planches à la place des fenêtres ou des sacs de sable, ou des sacs de sable dans la maison. Voilà.
1:52:40Speaker A
Déjà rempli un sac de sable?
1:52:42Slobodan Despot
Non, mais j'ai essayé d'en soulever, c'est lourd.
1:52:46Speaker A
Comment on fait pour immuniser les populations?
1:52:58Slobodan Despot
On, c'est demander à l'éleveur de rendre ses bêtes d'élevage à la nature. Il va jamais le faire. On, ça va jamais venir d'en haut. On n'a pas du tout intérêt à immuniser les populations, on a tout intérêt à les tenir dans la peur. Et la peur, comment on tient les gens dans la peur? C'est en entretenant l'image d'un ennemi. Et en plus, lorsque cette image, cette menace fantasmatique correspond à la dernière bouée de sauvetage d'une économie à la déroute, On ne l'enlève plus.
1:53:40Speaker A
L'attaque informatique qu'il y a eu en Europe sur les frigos de supermarchés, tu penses que c'est qui?
1:53:46Slobodan Despot
Ah, ça doit être les Russes pour récupérer les puces pour faire des missiles hypersoniques.
1:53:49Speaker A
Ça, c'est peut-être les Russes qui passent en mode dégradé et qui décident d'attaquer la chaîne alimentaire.
1:53:56Slobodan Despot
Mais qu'est-ce que ça peut, qu'est-ce que ça peut leur faire de ce qui se passe en Europe? Mais quand on, quand on, est-ce qu'ils ont besoin des ressources naturelles de l'Europe? Est-ce qu'il y a des ressources naturelles?
1:54:08Speaker A
Est-ce qu'ils ont peut-être besoin? Non mais on a une capacité à faire de la dette pour l'instant à des taux énormes.
1:54:13Slobodan Despot
Ah, la dette est une ressource maintenant? Ah oui, on peut la titriser, c'est vrai, on peut titriser de la dette. Oui, mais ça c'est une spécialité de Wall Street, ça, les Russes doivent pas comprendre ça. Est-ce qu'il y a des ressources? Est-ce qu'il y a des brevets? Est-ce qu'il y a quelque chose dont ils puissent se servir à leur avantage alors qu'ils ont un problème démographique? Alors qu'ils vont en Ukraine centimètre par centimètre pour ne pas perdre trop de sang russe, pour ne pas perdre trop d'hommes, alors qu'ils ont un gigantesque marché asiatique, mais ils s'en fichent complètement de ce qui se passe en Europe les Russes.
1:54:46Slobodan Despot
C'est ça qu'il faut comprendre. Tu vas en Russie une semaine, tu vas dans les villes et surtout dans les villes d'Orient, de l'autre côté de l'Oural, mais tu n'es plus du tout dans cet univers-ci. C'est un autre monde, il faut comprendre ça, mais les gens n'y vont pas, il faut y aller. Essaye d'identifier les marques de voitures qui se promènent maintenant, qui ressemblent. Ah tiens, ça ressemble à telle marque de luxe.
1:55:08Slobodan Despot
Tiens, ça ressemble à une Porsche. Mais ça n'en est pas une, c'est une copie chinoise. Ils ont évincé les Européens d'un marché qui était idéal pour eux. Et en plus, les Chinois, à la différence des Européens qui sont arrogants, ils ont compris que les routes russes, c'est pas les mêmes routes que chez eux, et c'est surtout pas les mêmes routes qu'en Europe. Ils ont développé des modèles qui sont capables d'affronter les routes russes, et donc que les Russes achètent, alors qu'ils achetaient que des Lada rustiques parce que tout le reste tombait en pièces.
1:55:41Slobodan Despot
Les Chinois réfléchissent. Les Russes ont un immense marché à l'est, la surface de l'Europe, la population de l'Europe qui est en déclin démographique comme la leur, les ressources naturelles de l'Europe. Et on voit pas ce qui peut les intéresser là-dedans. Je ne vois pas ce qui peut les intéresser. Ils ont la route de l'Arctique, ils viennent d'ouvrir. Maintenant il y a du transport de fret chinois qui passe par la route de l'Arctique ouverte par je ne sais plus combien maintenant il y a de ces brise-glaces, il y en a peut-être 20, je ne sais plus combien, ou 12, je peux me tromper.
1:56:17Slobodan Despot
Il y a un monde qui est en train de se créer, il y a un trafic permanent de pétrole entre la Russie et l'Iran par la mer Caspienne, il y a une voie de chemin de fer qui a été ouverte entre entre la Russie et l'Inde, sauf erreur c'est Mumbai le point d'arrivée, qui passe par tout le, tout le, tout le Moyen-Orient pour éviter justement les routes maritimes qui font maintenant l'objet de piratage, d'actes de piratage notamment de l'Union européenne.
1:56:45Slobodan Despot
C'est un autre monde qui est en train de se construire et qui n'a absolument rien à battre de ce que pensent les Européens, mais rien du tout.
1:56:51Speaker A
Quand tu dis ça, est-ce qu'on pourrait te qualifier de propagandiste russe?
1:56:55Slobodan Despot
Mais on me qualifie de ce qu'on veut. La qualification ne décrit que celui qui qualifie, pas celui qui est qualifié. Il faut faire attention à ce que je dis, pas à ce que je suis.
1:57:04Speaker A
Est-ce qu'on t'a déjà proposé de débattre avec des pro-européens fanatiques?
1:57:08Slobodan Despot
Oh, ça m'est arrivé.
1:57:10Speaker A
Et tu t'es retrouvé face à qui?
1:57:12Slobodan Despot
BHL.
1:57:13Speaker A
Tu as débattu avec BHL?
1:57:15Slobodan Despot
Oui.
1:57:15Speaker A
Quand?
1:57:16Slobodan Despot
En 2019, je crois, à la télévision suisse. On peut retrouver ça sur internet.
1:57:21Speaker A
Oui, mais après le conflit, après le début du conflit.
1:57:24Slobodan Despot
Ah non, plus. Je veux dire que j'ai été un petit peu blacklisté depuis 2020 dans les grands médias à cause de— Je dis les grands médias, les médias de grands chemins comme je les appelle. À cause de mes attitudes sur la pandistopie qui était mise en place.
1:57:42Speaker A
Sur le Covid?
1:57:44Slobodan Despot
La pandistopie, oui.
1:57:46Speaker A
Pourquoi?
1:57:47Slobodan Despot
Parce que j'ai pas cru une seule seconde que c'était la nouvelle peste. Et que je l'ai dit.
1:57:55Speaker A
Tu es médecin?
1:57:56Slobodan Despot
Pas du tout.
1:57:58Speaker A
Virologue?
1:57:59Slobodan Despot
Pas du tout.
1:57:59Speaker A
Infectiologue?
1:58:01Slobodan Despot
Pas du tout.
1:58:02Speaker A
Tu lis les cartes?
1:58:03Slobodan Despot
Pas du tout.
1:58:04Speaker A
Le marc de café?
1:58:06Slobodan Despot
Je suis un être humain doté de bon sens.
1:58:08Speaker A
OK, c'est tout. OK. Et tu as fait 13 ans de médecine?
1:58:12Slobodan Despot
Non.
1:58:12Speaker A
OK. Tu connais la surface?
1:58:15Slobodan Despot
Ceux qui ont— la plupart de ceux qui ont fait 13 ans de médecine sont tombés dans le panneau. Comme des grands dadés parce qu'ils ont la discipline de corps que je n'ai pas.
1:58:24Speaker A
Les séquelles neurologiques du COVID, ça existe?
1:58:27Slobodan Despot
Oui, les gens sont devenus plus stupides, ils croient n'importe quoi.
1:58:34Speaker A
Il y a des séquelles, il y a des séquelles du COVID sur le cerveau quand même.
1:58:38Slobodan Despot
Ah oui, décris-les-moi.
1:58:41Speaker A
Réduction de la masse cérébrale Réduction du cortex atteinte, aphasie.
1:58:49Slobodan Despot
C'est ce qui explique la chute brutale du QI dans nos pays depuis 5-6 ans, 10 ans, je sais plus. Non mais c'était une tendance qui avait déjà cours. Il paraît qu'on perd des points de QI à une vitesse effrénée, collectivement. Il paraît.
1:59:05Speaker A
Tu as été blacklisté parce que tu ouvrais ta gueule sur le Covid?
1:59:07Slobodan Despot
Bah oui.
1:59:08Speaker A
Ils t'ont blacklisté comment? Ils t'ont fait une petite lettre, un petit mot?
1:59:11Slobodan Despot
Simplement, il m'arrivait d'être invité assez régulièrement dans des débats, dans diverses chaînes, puis ça s'est terminé. Peu importe, d'ailleurs ça n'a aucune importance, ce sont des phénomènes du passé.
1:59:24Speaker A
Quelle analyse tu portes sur ce que tu pourrais qualifier de propagande sanitaire dans un sens ou dans l'autre? Tu te retrouves avec des États en panique, tu connais la Chine un petit peu, ils sont pas très clairs quand ils font des conneries. Ils se disent bon, il y a un truc quand même un peu salace qui sort de Chine. C'est quand même problématique.
1:59:47Slobodan Despot
Le truc qui est salace, qui sort de Chine, d'après le débat public américain, il aurait été d'abord importé par les services du docteur Fauci. Qui a—
1:59:56Speaker A
c'est la propagande chinoise qui disait ça?
1:59:58Slobodan Despot
Non, ça c'était, c'est la cheffe du renseignement américain qui l'a dit avant de démissionner, qui aurait—
2:00:05Speaker A
pangolin n'était pas en chinois à cette époque?
2:00:07Slobodan Despot
C'était pas une affaire de pangolin, c'est qu'il y a une affaire de chauve-souris. C'était une affaire manifestement d'études de développement de virus, donc d'études d'organes de fonction qui était suisse.
2:00:18Speaker A
Toi, tu as du mal à démarrer.
2:00:20Slobodan Despot
Non, non, non. Qui était qui était qui était interdite aux États-Unis et donc on a outsourcé à la Chine. Mais ça, ce sont des ce sont des ce sont des détails techniques. Ce sont des détails techniques. L'affaire l'affaire sanitaire, c'est qu'on a trouvé le moyen de renverser complètement le fondement de la déclaration des libertés de l'individu dans le monde moderne, qui est mon corps m'appartient. On dit, on dit aux femmes, on dit aux femmes ton corps t'appartient, avortement, tout ça, c'est tout ça, c'est ça.
2:00:59Slobodan Despot
Puis tout d'un coup on dit ah non non, votre corps n'a pas, ah non non non non non non. Votre corps appartient à l'État parce que l'État sait ce que vous devez faire. Vous devez vous vacciner. Pourquoi? Pour ne pas contaminer les autres. Ah ah, mais si les autres sont déjà vaccinés, ça veut dire qu'ils sont protégés contre ma contamination. Ah non non non, ça marche pas comme ça. Alors donc votre vaccin ne fonctionne pas.
2:01:24Slobodan Despot
Mais il suffit d'avoir un brin de jugeote pour voir que tout le système ne fonctionne pas. C'est un enfumage, un auto-enfumage à l'échelle de l'humanité, en particulier de l'humanité occidentale, parce que tout le monde n'a pas fonctionné aussi bien. C'est extraordinaire, c'est une affaire de jugeote, c'est pas une affaire de virologie.
2:01:43Speaker A
Ça a créé de la défiance, ça, non?
2:01:45Slobodan Despot
Comment?
2:01:45Speaker A
Ça a créé de la défiance.
2:01:47Slobodan Despot
La défiance, ça crée de la défiance, mais ça a aussi créé de l'alignement, du nivellement, du calibrage, des gens qui sont, qui ont décidé qu'ils allaient, suivant la parole de l'officialité, et d'autres qui ont décidé d'ailleurs de manière presque aussi mécanique qu'ils allaient se méfier de la parole d'officialité quoi qu'elle puisse dire, ce qui est aussi une attitude erronée parce que dans les deux cas on ne réfléchit pas avec sa propre tête.
2:02:14Slobodan Despot
Personnellement, j'examine. Dans un cas, je pense que le système a raison, dans d'autres cas je pense qu'il a tort. Le problème qu'on a eu, il y a d'ailleurs une continuité extraordinaire entre ces deux phénomènes dont nous parlons, Parce que tu voulais parler beaucoup du problème géopolitique. Il y a une continuité extraordinaire. Tout le monde a, j'espère, remarqué que le sujet Covid a disparu le 24 février 2022. Tout d'un coup, on n'en parlait plus.
2:02:44Slobodan Despot
C'était fini. Fini.
2:02:48Speaker A
Normalement, on en parle encore.
2:02:51Slobodan Despot
Mais c'est des queues de comète. Plus personne n'y croit. Mais qu'est-ce qui se passe?
2:02:58Speaker A
Il y a toujours du virus qui circule, faut quand même faire gaffe.
2:03:02Slobodan Despot
Oui, mais il y a beaucoup de virus qui circulent. Mais toutes les années, il y a de la grippe qui tue des gens. Toutes les années, toutes les années. Il faut faire attention, il faut se laver les mains, je suis entièrement d'accord. Faut pas, faut pas, il faut faire attention avec ses choix, surtout quand on arrive à un certain âge, après la cinquantaine, où le système immunitaire— je recommande d'ailleurs, je recommande d'ailleurs à tout le monde de prendre l'air, d'aller entretenir son système immunitaire en se baladant dans les bois, ce qui en France à l'époque de la pandistopie était puni de 135€ d'amende parce qu'on—
2:03:31Speaker A
Je t'arrête tout de suite.
2:03:32Slobodan Despot
Attends, on te chassait en hélicoptère si tu faisais ça.
2:03:35Speaker A
Oui, parce qu'on a trop de thunes. J'ouvre une parenthèse sur le fait de pas aller dans les bois. Tu as suivi ce qui s'était passé dans les forêts américaines avec les espèces de cervidés qui chopaient le Covid et qui créaient des foyers de Covid des variants à eux.
2:03:47Slobodan Despot
Je n'étais pas du tout au courant de ça.
2:03:48Speaker A
OK, nous en France, bon, on a quand même une petite tradition depuis je sais pas ce que c'est. On s'est dit si les randonneurs contaminés au Covid au tout départ s'amusent à filer ça au gibier, on va se retrouver avec des foyers, des foyers un peu incontrôlables.
2:04:03Slobodan Despot
Parce qu'ils font quoi avec le gibier quand ils sont dans les bois?
2:04:06Speaker A
Ça veut dire quoi rémanence?
2:04:10Slobodan Despot
Je sais pas, si tu me le dis en russe, peut-être que je le saurai.
2:04:13Speaker A
En quoi? J'ai pas entendu.
2:04:16Slobodan Despot
Tu me le dis en russe, peut-être que je saurai puisque tu parles russe.
2:04:19Speaker A
Rémanence, j'en ai foutrement aucune idée.
2:04:20Slobodan Despot
Voilà, j'en sais rien.
2:04:21Speaker A
Mais rémanence, c'est la persistance du virus sur une surface.
2:04:25Slobodan Despot
Mais ça, ce sont des—
2:04:25Speaker A
Attends, attends, attends, attends, attends. Oui. On a trop tendance à se foutre de la gueule.
2:04:28Slobodan Despot
Sur les surfaces, oui. Alors il y avait au début, il reste sur les poignées de porte.
2:04:33Speaker A
Sur le verre, sur le bois, sur l'acier, sur le cuivre. Ils avaient mené des rémanences sur les surfaces.
2:04:40Slobodan Despot
Temps, temps. Après, ils ont oublié, c'était fini.
2:04:43Speaker A
Ils étaient un peu paniqués au départ. Donc le problème, il faut aussi se mettre, il faut être aussi bienveillant avec eux au départ.
2:04:51Slobodan Despot
Il y a une continuité. Pourquoi, pourquoi nous nous sommes fourrés là-dedans? Pourquoi nous nous sommes fourrés? Et pourquoi, pourquoi les deux situations se ressemblent tellement? Parce que nous sommes en train de répliquer à l'échelle dans le domaine, dans le secteur géostratégique militaire, ce qu'on a mis en place dans le secteur pharmaceutique, et qui sont deux réponses similaires à un même problème économique.
2:05:21Slobodan Despot
Le secteur pharmaceutique, à un moment donné, si, si, le secteur pharmaceutique, à un moment donné, a compris que le meilleur moyen de gagner du fric, c'était d'avoir des marchés captifs. Et des marchés solvables. Le marché le plus captif et le plus solvable, c'est le marché des États et de la vaccination. Parce qu'une fois que l'État a pris ton vaccin, c'est le pactole. On se souvient d'ailleurs, à l'occasion de la grippe porcine, ce que Madame, comment s'appelait-elle, ministre de la Santé de l'époque ici en France avait fait.
2:05:53Slobodan Despot
Elle a acheté 60 millions, sauf erreur de dose, de vaccins qui n'ont jamais servi à rien. En Suisse, on a fait la même chose avec le Covid, peu importe. Ce sont, c'est un pactole. Pourquoi ça maintenant? Parce que toutes ces boîtes pharmaceutiques à une époque vivaient très bien en vendant des médicaments, des médicaments de base, aspirine et autres, qui étaient sous brevet.
2:06:15Speaker A
Les brevets, je comprends pas où le parler, tu essaies d'enlever entre la lecture géopolitique.
2:06:19Slobodan Despot
Si tu me laisses finir, ça va pas prendre longtemps. Les brevets ont sauté, les médicaments passent dans le générique au bout de je ne sais pas combien de temps, 50 ans. 70. Une fois que c'est dans le domaine public, c'est une grosse source de revenus qui se perd. Une fois que la source de revenus se perd, qu'est-ce qu'on fait? On cherche un marché captif. On va donc produire plutôt des vaccins que des médicaments en libre accès et en vente libre. De la même manière, on a une industrie européenne qui est en crise, qui n'est pas compétitive vis-à-vis des Chinois, qui s'est laissée d'ailleurs, qui s'est elle-même outsourcée en Chine pour donner aux Chinois les verges pour nous battre.
2:07:08Speaker A
Verges?
2:07:08Slobodan Despot
Des verges pour nous battre.
2:07:10Speaker A
Des goules?
2:07:10Slobodan Despot
Des goules. Et s'est retrouvée dans la même crise que, elle applique la même méthode. L'industrie automobile, qui était une grosse industrie européenne, applique aujourd'hui Regarde les Allemands, la même méthode que celle qu'avait choisie l'industrie pharmaceutique, c'est-à-dire nous allons trouver un client captif. Le client captif, c'est l'État. Et au lieu de faire des bagnoles, on va faire des armes, parce que comme ça, on va poursuivre ce transfert d'argent du trésor public vers des compagnies privées.
2:07:44Slobodan Despot
C'est ce qu'on a fait avec les médicaments, les vaccins, et c'est ce qu'on est en train de faire en inventant une menace. Militaire pour convertir une industrie fonctionnant sur le, sur le modèle du marché libre en une industrie fonctionnant sur le modèle du client unique et captif d'État, c'est-à-dire de vous qui payez ça. Non, je viens de voir aujourd'hui que la guerre américano-israélienne contre l'Iran, commencée le 28 février, a coûté jusqu'ici 2000 dollars à chaque ménage américain.
2:08:17Slobodan Despot
C'est bon.
2:08:20Speaker A
Oui, bon. Les Russes, ils sont passés en mode dégradé là.
2:08:29Slobodan Despot
Ça veut dire quoi ça?
2:08:30Speaker A
C'est-à-dire qu'ils menacent nos responsables du renseignement, ils menacent les industries d'armement, ceux qui sont à la tête de l'industrie d'armement, d'aller les aiguiller. Les Russes, ça fait 5 ans qu'ils commencent à se rompre à la guerre du 21e siècle avec des drones, des drones à fibre, des drones sans fibre, des drones machin, des missiles hypersoniques. Bon, nous, certes, on a Stéphane Séjourné.
2:09:03Slobodan Despot
Oui, bon, heureusement, heureusement.
2:09:06Speaker A
S'il était pas là, qu'est-ce qu'on ferait?
2:09:08Slobodan Despot
Voyons voir.
2:09:09Speaker A
Que ferions-nous? Bon, les Russes, tu les connais quand ils sont énervés. Ah oui, une fois qu'ils commencent à voir rouge, ils s'arrêtent pas tant que tu bouges par terre. Tu penses que là, ils sont pas un petit peu énervés? Et tu penses qu'avec le million de gars environ qu'ils ont perdu, ou à la louche selon certains services, ou à gauche ou à droite, 300 000, 200 000, on connaîtra les vrais chiffres si un jour cette guerre s'arrête. Tu penses qu'ils vont pas les se venger?
2:09:44Slobodan Despot
C'est pas, c'est non, ils vont pas les se venger.
2:09:46Speaker A
Ils vont pas les se venger? T'es sûr que tu connais les Russes toi?
2:09:49Slobodan Despot
Ils raisonnent pas en termes de vengeance. Non, non, ils raisonnent pas en termes de vengeance, ils raisonnent pire, ils raisonnent froidement.
2:09:57Speaker A
Non mais il y a des gens qui se vengent froidement.
2:10:01Slobodan Despot
Ce qu'ils disent, ce qu'ils annoncent, c'est qu'à un moment donné ils disent bon ben voilà, il y a des pays qui ouvertement fournissent aux Ukrainiens des armes qui sont utilisées pour bombarder des objectifs, d'ailleurs en général civils, à l'intérieur de la Russie.
2:10:16Speaker A
C'est pas en général civil, il cartonne les raffineries. Ça fait partie de l'industrie de guerre.
2:10:23Slobodan Despot
Tout fait partie de l'industrie de guerre. Un fabricant de hamburgers, ça c'est bouffer les hamburgers, c'est mangé par des soldats. À ce taux-là, on suspend les conventions de Genève, on en fait plus rien. Lorsque les Russes, c'est la semaine dernière, ils ont tapé sur les, dans les ponts de Kiev, ça a été le, ça a été le grand hurlement. Mais lorsque les Ukrainiens ont tapé le pont de Crimée, personne n'a rien dit. Faudrait quand même voir pour un tout petit peu.
2:10:49Speaker A
Je me mets du point de vue ukrainien. La Crimée, c'était ukrainien et que c'était quand même une infrastructure qui avait des destinations militaires pour la conquête de leur propre territoire. C'est légitime aussi ce regard-là.
2:11:03Slobodan Despot
Mais c'est tout à fait légitime de se mettre à la place des Ukrainiens, enfin de comprendre ce que pensent les Ukrainiens. Mais vous n'êtes pas ukrainien.
2:11:11Speaker A
Tu n'es pas russe.
2:11:12Slobodan Despot
Et je ne suis pas russe. Et j'essaye ici, l'exercice que je fais, c'est pas de défendre, de me faire le porte-parole des Russes, c'est d'essayer de représenter le point de vue qui manque complètement pour qu'on comprenne la situation. Comment t'expliques, comment t'expliques qu'il n'y ait pas la troisième voie?
2:11:32Speaker A
Nous les Français, on est quand même réputés pour être la troisième voie diplomatique.
2:11:35Slobodan Despot
On était. Et comme la Suisse était réputée pour être un pays neutre, ce qu'elle n'est plus. Non. Alexandre Zinoviev disait, l'Occident est en train de s'intégrer, ce sera un seul bloc. C'est ça, comme ça. Mais peu importe. Ce que je veux dire, c'est que ce qu'on est en train d'essayer de faire, c'est de décrire un match de boxe en ne laissant sur le ring qu'un seul des combattants. On comprend pas. Il faut quand même avoir les deux points de vue. Il faut avoir les deux points de vue, il faut voir quelles sont les raisons, quels sont les motifs des uns et quels sont les motifs des autres.
2:12:07Speaker A
Comment tu expliques que les journalistes stérilisent la pensée en interdisant d'écouter le point de vue des gars d'en face?
2:12:12Slobodan Despot
Mais parce qu'on a besoin d'entretenir, on a besoin non pas de créer une guerre parce qu'on n'a de nouveau pas le point de friction pour que cette guerre s'actualise. Le seul point de friction, personne n'a envie.
2:12:22Speaker A
La Pologne, l'Ukraine, c'est pas le point de friction.
2:12:26Slobodan Despot
La Pologne, les Russes vont dire, enfin les Russes vont dire, je ne sais pas ce qu'ils vont dire, mais la Pologne est beaucoup plus, beaucoup plus consciente du problème que ne le sont ses voisins allemands ou français.
2:12:38Speaker A
Parce qu'ils connaissent les Russes quand ils passent en mode dégradé.
2:12:41Slobodan Despot
Oui, ils connaissent ça très bien. Le point de friction de l'Allemagne et de la France avec la Russie n'existe pas. Est-ce qu'il y a un point de friction pour un conflit armé entre l'Allemagne, la France et la Russie? Est-ce qu'il y en a un? Mettons la France de côté parce qu'elle est nucléaire. Est-ce qu'il y a un point de friction pour un conflit nucléaire entre l'Allemagne et la Russie? Est-ce qu'il y a un point où des soldats allemands pourraient affronter des soldats russes? Un scénario.
2:13:10Speaker A
S'ils prennent le train jusque sur la ligne de front, non?
2:13:15Slobodan Despot
Eh ben, le train sera détruit par des missiles et des drones à la frontière à la frontière ukrainienne. Il y aura pas de point de friction, ils arriveront pas jusqu'au front. Il y a pas de point de friction, il y a pas de soldats en Allemagne.
2:13:29Speaker A
Si le scalp—
2:13:29Slobodan Despot
il y a pas de soldats.
2:13:31Speaker A
Si le scalp— si, s'il y a des soldats en Allemagne, tu sais combien ça rentre dans un stade de foot?
2:13:38Slobodan Despot
Ouais, pas très grand.
2:13:41Speaker A
Oui, si la technologie militaire allemande arrive jusqu'en territoire russe Comment? Par les airs.
2:13:50Slobodan Despot
Oui.
2:13:51Speaker A
Qu'est-ce qui va se passer?
2:13:53Slobodan Despot
Comme dit, comme pour le reste, elle est déjà arrivée la technologie militaire allemande. C'était la Wunderwaffe, l'arme miracle, les chars Léopard. Est-ce qu'il en reste? Est-ce qu'ils ont fait quelque chose? Tout le monde annonçait les chars Léopard, ça va renverser la guerre. Ils ont très bien brûlé. Mais est-ce qu'ils ont fait quelque chose? Non. Il n'y a pas de point de friction. Et si je dis ça, ce n'est pas par présomption, c'est pour comprendre à quel point le raisonnement belliciste venant de pays comme la France ou l'Allemagne est complètement irréel.
2:14:31Slobodan Despot
Il n'y a pas l'effectif démographique, il n'y a pas l'effectif militaire, il n'y a pas la préparation, il n'y a pas l'expérience militaire. Il n'y a pas la volonté des peuples. Les Russes, ils défilent avec leur petit drapeau parce qu'ils se souviennent de la Deuxième Guerre mondiale où chaque famille a laissé quelqu'un. Et ils sont pas contents, les Russes. Et lorsqu'un jeune officier de 22 ans qui revient du front entre dans un— dans le métro ou dans un bus, les femmes se lèvent pour qu'il puisse s'asseoir.
2:15:01Slobodan Despot
C'est un pays qui, qui a une autre énergie que Qui vous allez envoyer? Comme je dis, le seul point de friction, il est nucléaire.
2:15:10Speaker A
C'est le seul.
2:15:11Slobodan Despot
Et personne n'a envie de ça.
2:15:12Speaker A
J'en arrive à ça.
2:15:16Slobodan Despot
Oui.
2:15:16Speaker A
Tu connais un peu le sujet.
2:15:19Slobodan Despot
Lequel?
2:15:19Speaker A
Nucléaire.
2:15:20Slobodan Despot
Un petit peu.
2:15:21Speaker A
Tu as publié quoi qui parlait de ça déjà?
2:15:23Slobodan Despot
Le Rayon Bleu.
2:15:26Speaker A
Tu évalues la situation comment là? On est à mini moins 2, mini moins 5, mini moins 1, mini moins 30 secondes.
2:15:34Slobodan Despot
Je ne sais pas. Moi, j'ai toujours trouvé un peu ridicule cette horloge qu'on dit, oui, alors on est à moins une minute, on est, ah tiens, maintenant ça se rapproche. On dit à chaque fois ça se rapproche de minuit, n'est-ce pas? Mais jamais on ne la fait revenir en arrière. Il n'y a jamais des circonstances. Or, il y a des circonstances qui font revenir en arrière cette horloge. Donc, c'est pas quelque chose de mesurable.
2:15:59Slobodan Despot
Le problème, c'est que Où le problème? Le problème, c'est qu'il y a une coupure. Il y a une coupure très, très profonde et une coupure ontologique, métaphysique entre la guerre au sens conventionnel et la guerre nucléaire si elle devait avoir lieu. La guerre nucléaire, c'est quelques minutes et il n'y a plus rien. Et ça, il faut quand même qu'on essaye de se le mettre dans la tête. C'est ce que j'ai essayé de faire dans ce livre.
2:16:27Slobodan Despot
C'est ce que j'essaye de faire continuellement en représentant des situations, des scénarios comme je suis en train de le décrire ici dans ma revue. Pour montrer à quel point les raisonnements, mais on a besoin d'entretenir l'image fantasmatique d'un ennemi parce que c'est en train de devenir la dernière ressource d'une industrie écrasée partout dans tous les domaines dans le monde par les Chinois, par d'autres, et qui s'est convertie en un puits d'argent du contribuable.
2:16:56Slobodan Despot
Lorsque Volkswagen convertit ses usines de voitures à armement, ça veut dire qu'il convertit des clients privés en clients d'État, c'est-à-dire c'est le contribuable qui va le payer. Et sans l'image—
2:17:11Speaker A
Le contribuable paye sa souveraineté, son indépendance et sa capacité à résister. Il fait son effort de guerre en restructurant son industrie. Ça peut être aussi vu comme ça ou pas?
2:17:22Slobodan Despot
Industrie qui n'a pas— Oui.
2:17:25Speaker A
Est-ce que ça peut être vu comme ça?
2:17:27Slobodan Despot
Mais le contribuable allemand a payé les chars Léopard, n'est-ce pas? Qu'est-ce qu'ils ont fait? Qu'est-ce qu'ils ont fait sur le front en Ukraine? Ils ont été tirer sur des Russes et puis ils se sont fait tous détruire. Les Russes les promènent maintenant à Moscou. Ils n'ont rien fait sur le champ de bataille.
2:17:45Speaker A
Ils ont fait une espèce de—
2:17:46Slobodan Despot
peu importe, ça n'a rien à voir. Mais non, c'est un fait.
2:17:50Speaker A
En fait, on a envoyé de la propagande. C'est-à-dire que quand les Russes, ils prennent les—
2:17:54Slobodan Despot
mais ça, c'est de la propagande. Ça, c'est de la propagande. Mais ce que je suis en train de dire, il y avait une propagande disant quand nos armes allemandes vont arriver sur le front, ça va, ça va changer. Ça n'a rien changé.
2:18:08Speaker A
Ils sont un peu passés cons.
2:18:09Slobodan Despot
Les Français ont envoyé des chars César. Il y en a un qui vient de brûler, semble-t-il, encore. Les chars, les canons automoteurs. Très bon matériel. Et en même temps qu'on nous bassine avec une histoire de guerre contre les Russes, je lis dans la presse que le fabricant d'obus français est en train de fermer parce que— il y a quelque chose qui cloche. Soit on prépare une vraie guerre contre la Russie, et alors à ce moment-là il y a mobilisation nationale, on prend les gosses dans les écoles, on leur donne des fusils, je sais pas quoi, on crée une économie de guerre, c'est-à-dire que les usines doivent fonctionner sur un autre mode que le mode économie libre et privée.
2:18:53Slobodan Despot
Soit on ne prépare pas la guerre, on entretient un fantasme pour transférer tout l'argent du contribuable en poches privées, comme on l'a fait avec l'industrie pharmaceutique. Mais est-ce que c'est pas clair ça? C'est d'une limpidité absolue.
2:19:09Speaker A
On arrive à la fin bientôt de notre interview. Est-ce qu'il y a un sujet qu'on n'a pas traité que tu souhaiterais aborder avec nous?
2:19:15Slobodan Despot
La manière, la manière de, oui, là on a parlé de faits, de circonstances, de ton point de vue. De quoi?
2:19:24Speaker A
De ton point de vue.
2:19:24Slobodan Despot
Mais il y a quelque chose qui est au-delà.
2:19:27Speaker A
Comment tu dis je t'aime mon amour en russe?
2:19:31Slobodan Despot
Tout le monde le sait, mais tu m'as demandé.
2:19:34Speaker A
Ça se dit en français de toute façon.
2:19:36Slobodan Despot
Ça se dit en français, je t'aime mon amour. Tu m'as demandé un sujet, c'est comment nous débattons ici de choses avec des renvois d'arguments. C'est un peu—
2:19:49Speaker A
pas avec toi, non, mais je veux dire avec des renvois.
2:19:53Slobodan Despot
Et les uns disent ceci, les autres font cela. Mais ce qui m'intéresse, ce que j'essaie dans mon travail et dans ma—
2:20:01Speaker A
dans ta femme va te détruire si t'es pas capable de dire ça en russe.
2:20:05Slobodan Despot
Elle sait si je suis capable ou non. Ce que nous, ce que nous, ce que nous faisons, c'est que nous, nous reproduisons des débats foncièrement stériles. Pourquoi ils sont foncièrement stériles? Parce que nous, à chaque fois que nous risquons de nous confronter à nous-mêmes, nous déplaçons le point d'appui sur des circonstances extérieures, de la géopolitique, des Le problème, c'est que tout ce qui nous arrive, en particulier le fait que nous avons perdu notre rang, les Européens, dans le monde, le fait que nous avons un problème d'éducation, un problème de formation, le fait que nous sommes menacés par des algorithmes informatiques dans notre vie quotidienne, tout cela provient de notre honte humaine d'être nous-mêmes et de notre perte de contact avec nous-mêmes.
2:21:06Slobodan Despot
Moi, j'essaie d'intégrer cette dimension dans tout ce que je fais, c'est-à-dire qui parle, qui ne— quand quelqu'un ne veut pas comprendre une situation, quel est le blocage, quel est le motif qui fait qu'il a plutôt intérêt à ne pas la comprendre qu'à la comprendre? En principe, on a toujours intérêt à comprendre dans un monde, dans un monde qui est faux, On a intérêt à ne pas comprendre. Qu'est-ce qui fait qu'on a intérêt à ne pas comprendre?
2:21:29Slobodan Despot
J'ai, j'ai, j'ai, c'est, nous avons 500 numéros d'une revue qui ne s'occupe que de ça derrière nous. Nous ne nous occupons que de ça, donc l'antipresse. C'est-à-dire, oui, il y a des fois—
2:21:43Speaker A
Pourquoi t'as appelé antipresse? T'étais un peu fâché avec les journalistes?
2:21:46Slobodan Despot
Parce que c'était comme, c'était comme anticitaire en face de citaire. Parce que comme l'anti...
2:21:52Speaker A
Tu parles du mécanisme en plus?
2:21:54Slobodan Despot
En plus, je parle du mécanisme. Mais anti, ça veut pas dire contre, ça veut dire en face en grec. Nous regardons les choses d'un autre point de vue, les mêmes choses. Et évidemment, ce qui nous a inspirés au début, c'était cette extraordinaire injonction de Victor Hugo qui était de voir dans les choses plus que les choses. Les choses qu'on voit et qu'on commente et qu'on décortique sont indicatrices d'autres choses. D'un mal qui est au-dedans de nous et qui se manifeste par ces bêtises, par les guerres, de manière très spectaculaire.
2:22:30Speaker A
Archaïque.
2:22:32Slobodan Despot
Ce mal est archaïque et des comportements sont archaïques. On a une régression formidable aujourd'hui. Est-ce que dans ta jeunesse, tu aurais pu imaginer?
2:22:42Speaker A
Je te rassure, en Slobodan, on est vachement plus jeune que toi.
2:22:45Slobodan Despot
Ouais, j'espère bien.
2:22:46Speaker A
On a tous nos cheveux, bon, sauf lui.
2:22:48Slobodan Despot
Moi, je suis fier de ne pas les avoir. Voilà. Est-ce que tu aurais pu imaginer, étant adolescent, à l'époque où, disons, ce monde était encore dans— irénique, que les États-Unis auraient l'idée de diffuser directement à la télévision une exécution publique? Est-ce que tu as— mais je pense que même les talibans diraient, oh dis donc les gars, ça vous allez un peu loin.
2:23:16Speaker A
Les Saoudiens ne le font pas non plus.
2:23:20Slobodan Despot
Les Saoudiens le font, mais je ne sais pas s'ils le diffusent à la télévision publique. Mais les modèles que tu cites sont tout à fait explicites. Mais la régression dans laquelle nous sommes tombés, le fait que le chef de la plus grande puissance du bloc occidental, qui n'est plus la plus grande puissance dans le monde, et c'est bien le problème, puisse dire, ah, j'ai besoin du Groenland. Et les Grönlandais arrivent et disent, mais prenez!
2:23:44Slobodan Despot
Et personne, il y a des bavards, ils n'ont pas dit ça, mais bien sûr qu'ils ont dit ça, c'est fini, c'est pris. Personne n'est allé, personne n'est allé. Ils veulent défendre, ils veulent défendre l'Ukraine contre la Russie, mais pourquoi ils défendent pas le Groenland contre les États-Unis? Mais c'est une régression complète. Donc le sujet, c'est nous-mêmes. Quelle est notre place humaine là-dedans, dans ce bruit?
2:24:08Speaker A
Je vais poser quelques questions internet, ça t'intéresse de leur répondre? Alors première question, tiens, tu me remontes la page. Et puis tu es absolument adorable, tu as grandi la police. Je la prends au hasard: vous avez vécu ou analysé des cas Yougoslavie, Syrie, Covid, Ukraine, fermez la parenthèse. Qu'est-ce qui a changé? La propagande occidentale sur l'Ukraine est-elle plus ou moins efficace qu'à l'époque soviétique?
2:24:31Slobodan Despot
Voilà, mais à l'époque soviétique quoi?
2:24:34Speaker A
Le problème, c'est qu'on ne sait pas si c'était au début ou à la fin.
2:24:38Slobodan Despot
Non, c'est est-ce que c'était la propagande soviétique ou est-ce que c'était la propagande occidentale à l'époque soviétique?
2:24:42Speaker A
On va dire la Pravda. Pravda qui veut dire?
2:24:46Slobodan Despot
Non, elle est plus efficace que la vérité. Elle est plus efficace que la Pravda parce qu'il y a plus de gens qui y croient malgré tout en Occident qu'il n'y avait de gens qui croyaient à la Pravda à la fin de l'Union soviétique.
2:25:01Speaker A
Alors, tu as fini tes réponses? Je vais en prendre une autre. Arrête de bouger, tu peux me remonter tout là-haut? Merci, tu es fort aimable. Non plus, donc tu sélectionnes des questions qui ne t'intéressent pas. Le sabotage de Nord Stream, c'est un acte de propagande guerrière?
2:25:15Slobodan Despot
C'est un acte de sabotage.
2:25:17Speaker A
Bonsoir Monsieur Despote, comment pensez-vous qu'on peut purger nos élites de l'influence de la pensée néoconservateur? Purger, c'est pas le bon mot.
2:25:29Slobodan Despot
Purger, je crois que c'était— je crois que Staline a essayé de faire quelque chose comme ça dans les années 30.
2:25:33Speaker A
Donc ça marche pas.
2:25:34Slobodan Despot
Ça a marché, mais il a envoyé beaucoup de gens au goulag.
Eh bien, c'est le fait de faire croire aux gens des choses qui ne sont pas réelles.
2:25:52Speaker A
Comment distingue-t-on propagande, désinformation et simple communication d'État? Quels sont les outils modernes, réseaux sociaux, intelligence artificielle, fact-checking, pour se prémunir de tout ça?
2:26:05Slobodan Despot
Entre la communication d'État, la désinformation et la propagande, il y a l'épaisseur d'un cheveu. Il n'y a pas de communication d'État qui ne fait pas à un moment donné de la désinformation et qui ne fait pas à un moment donné de la propagande. La propagande, d'abord, à l'origine, étymologiquement, ça veut dire simplement la propagation d'une nouvelle ou d'une thèse. Le mot ne dit pas si cette thèse est fausse ou pas, c'est juste la propagation, c'est la diffusion.
2:26:36Slobodan Despot
L'Institut pour la propagande de la foi du Vatican, c'est juste un institut de prosélytisme. Nous voulons que les gens pensent comme nous, c'est-à-dire qu'ils adoptent notre vérité. Ça ne dit rien sur le statut de vérité ou d'erreur de ce qui est propagé. La désinformation, là oui, c'est-à-dire là délibérément on raconte une connerie.
2:26:56Speaker A
Tu en as propagé de la désinformation, toi?
2:26:59Slobodan Despot
Sciemment, certainement pas. Si j'en ai propagé, peut-être, ça veut dire que j'ai pas vérifié quelque chose, ou quelque chose à quoi j'ai cru, ou que j'ai cru pouvoir dire s'est avéré faux. Mais ça, c'est pas mon propos. Je suis pas un organe d'information.
2:27:16Speaker A
Tu t'es excusé ou pas?
2:27:17Slobodan Despot
Oui, oui, ça m'est arrivé dans l'antipresse quand on se fait avoir. Je me suis fait piéger une fois par une intelligence artificielle et je l'ai dit.
2:27:25Speaker A
Au bout de combien de temps?
2:27:27Slobodan Despot
La semaine d'après.
2:27:29Speaker A
Tu penses qu'en une semaine, ça fait pas trop de dégâts?
2:27:33Slobodan Despot
Mais nous paraissons une fois par semaine, on peut pas faire plus vite. On peut pas faire plus vite.
2:27:39Speaker A
Pas des réseaux sociaux?
2:27:41Slobodan Despot
J'ai des réseaux sociaux, mais nous ne sommes pas dans la— nous sommes comme vous, nous ne sommes pas dans la communication immédiate. Nous paraissons une fois par semaine, les gens prennent un certain temps pour nous lire ou nous écouter, et puis à la semaine suivante, nous prenons en compte les réactions. Nous ne sommes pas dans l'immédiateté et nous ne traitons pas les sujets qui sont ceux de la semaine. Ça peut être des sujets d'il y a un mois, d'il y a 10 ans, de Peu importe.
2:28:05Speaker A
Vous êtes combien dans votre équipe?
2:28:07Slobodan Despot
4 ou 5. 5.
2:28:09Speaker A
Et payez-vous? Vous payez comment?
2:28:12Slobodan Despot
Mais ça, c'est une, c'est une affaire qui est complètement du ressort intérieur de la boîte.
2:28:16Speaker A
Bien sûr, c'est le secret des affaires. C'est une puissance étrangère qui vous finance? Le gouvernement suisse? Le gouvernement français? Des dons privés? C'est une cotisation? C'est un abonnement?
2:28:28Slobodan Despot
Seulement uniquement sur les abonnements.
2:28:32Speaker A
Uniquement. Tu acceptes les bitcoins?
2:28:33Slobodan Despot
Non, non, parce que je sais pas, c'est encore une couche de réflexion technologique qu'il faut s'ajouter. J'ai pas envie de le faire. Je viens de voir qu'il y a un problème avec le bitcoin qu'on met sur des cartes USB. Ça m'a fait bien faire rire.
2:28:51Speaker A
C'est résumé trivialement, mais on a compris ce que tu voulais dire. Attends, tu as une autre dernière question?
2:29:03Slobodan Despot
Non.
2:29:03Speaker A
On arrive à la fin. Est-ce que tu as 3 livres à conseiller à notre communauté? 3 livres seulement qui ont été importants pour toi Alors, pour créer ton esprit critique ou les arcanes de ta pensée ou l'arborescence foisonnante de ta pensée?
2:29:21Slobodan Despot
Il y a 2 romans et un essai.
2:29:23Speaker A
Alors celui de Bruno Le Maire, bien entendu, un classique incontournable. Mais mis à part Bruno Le Maire, avant qu'on parle de bouquins, pourquoi tu as produit, j'allais dire, pourquoi tu as publié Monsieur Bombe là, comment il s'appelait?
2:29:39Slobodan Despot
Ted Kaczynski, Unabomber.
2:29:41Speaker A
Oui, rappelle en deux mots qui c'était, qu'est-ce qu'il a fait.
2:29:45Slobodan Despot
On peut aller voir sur Netflix la série qui lui est consacrée. C'était l'ennemi public numéro 1 aux États-Unis dans les années 80, qui était un écoterroriste. C'est-à-dire, c'est quelqu'un qui était convaincu que la société industrielle était en train de détruire l'humanité et qui, pour se faire entendre, parce qu'il avait écrit un manifeste, pour obliger les médias à publier son manifeste, a arrosé l'Amérique de colis piégés.
2:30:08Slobodan Despot
C'est-à-dire, pas l'Amérique, il a envoyé des colis piégés à des directeurs de grosses boîtes pollueuses et il a tué des gens. Il a tué des gens, il a blessé pas mal de gens, il a tué 3 personnes. Et au terme d'un procès où il s'est beaucoup battu pour ne pas être considéré fou, il a pris 800 ans. Et il est mort il y a 2 ans, sauf erreur, dans une prison de haute sécurité au Colorado.
2:30:34Speaker A
Comment tu as fait pour entrer en contact avec lui et publier?
2:30:38Slobodan Despot
C'est un ami français, le docteur Barriot, qui m'a qui était en contact avec lui, qui lui avait rendu un service. Il s'était occupé de sa compagne qui était malade pendant que lui était en prison et qui m'avait dit, écoute, Ted cherche un éditeur dans le monde pour éditer une version validée, c'est-à-dire autorisée, de ses textes qui circulent sur les réseaux internet et ailleurs sans qu'on sache si ce sont des apocryphes. Et alors il m'a dit, mais c'est dangereux parce que le type est furieux. Le type est, commence à être furieux.
2:31:15Speaker A
C'est un tueur.
2:31:16Slobodan Despot
C'est un tueur, mais le tueur était en train de purger sa peine. Il a admis ses assassinats. Je condamne le tueur, mais il a assassiné à cause de ce qu'il avait à dire. Et ce qu'il avait à dire n'était pas idiot. D'ailleurs, tout le monde sait que c'est pas idiot. La société industrielle et son avenir, c'est un texte qui est extrêmement intéressant à lire sur les problèmes qui se posent à nous et qui en plus le fait d'un point de vue qui n'est pas technologique mais humain.
2:31:48Slobodan Despot
C'est quelqu'un qui s'est beaucoup inspiré par exemple de Jacques Ellul. Bref, nous avons publié un livre de ses textes qui sont ceux qu'il voulait laisser, qu'il voulait léguer, et le travail d'édition a été fait avec lui. Il a tout validé depuis sa prison avec des échanges de lettres parce qu'il ne pouvait pas envoyer ni échanger autre chose que des lettres, surtout pas des colis évidemment. Donc oui, j'ai été son éditeur, puis finalement il m'a répudié.
2:32:14Slobodan Despot
Je ne sais pas pourquoi, parce qu'il était— si on regarde ne serait-ce que la série Netflix qui lui est consacrée, ce qui est intéressant avec cet homme, c'est qu'il a été effectivement un sujet des expériences MK-Ultra aux États-Unis, dont on a dit très longtemps que c'était une une théorie du complot. Cet homme a eu, a été complètement lavé du cerveau par une expérience psychologique. Et donc j'ai eu, j'ai eu l'étrange privilège d'avoir une correspondance avec lui.
2:32:44Speaker A
Revenons aux 3 bouquins que tu peux conseiller qui ont été importants pour toi.
2:32:48Slobodan Despot
Quand je dis, c'est pour moi, Moby Dick, le roman de Herman Melville, qui dans une histoire de pêche à la baleine encapsule toute la tragédie et toute la métaphysique de l'être humain. Je n'entre pas, je ne vais pas aller plus loin parce qu'on pourrait parler toute la soirée de Moby Dick. Roman américain. Deuxième livre anglo-saxon.
2:33:22Speaker A
C'est bizarre que tu parles pas de Bernard Shaw, toi.
2:33:24Slobodan Despot
Pourquoi?
2:33:25Speaker A
Je sais pas.
2:33:26Slobodan Despot
Non, mais c'est de la satire, c'est léger. L'Abolition de l'homme, c'est 80 pages. The Abolition of Man de C.S. Lewis, publié dans les années 40. C'est un petit essai extrêmement dense, extrêmement clair sur la manière dont notre philosophie de l'homme et du réel est en train de nous effacer. Tout ce qui nous arrive aujourd'hui, C.S. Lewis, le grand auteur et entre autres romancier, Les Chroniques de Narnia, etc., mais qui était aussi un philosophe et un médiéviste, avait très bien compris philosophiquement, intérieurement, spirituellement, comment l'humanité était en train de s'évider elle-même avec l'idée qu'elle se faisait de l'homme et du réel.
2:34:14Slobodan Despot
Absolument nécessaire à l'époque de l'intelligence artificielle. Troisième, Les Frères Karamazov de Dostoïevski, parce qu'on y comprend, on y comprend, on y éprouve. Et ce qu'on appelle l'âme russe et le problème, le problème des familles, le problème de l'homme, la tragédie de l'amour, la tragédie de l'incompréhension. La pureté de l'enfance, c'est un roman.
2:34:45Speaker A
Le spleen.
2:34:46Slobodan Despot
Il n'y a pas de spleen. Il n'y a pas de spleen russe.
2:34:48Speaker A
Il n'y a pas de déprime russe. Il n'y a pas de tristesse russe.
2:34:52Slobodan Despot
Bien sûr qu'il y a de la tristesse russe, mais il y a aussi une terrible tristesse française. Lisez Flaubert. C'est terrible, Flaubert. Ou Julien Gracq. Ou lisez Les Fleurs du Mal. Puisque tu me parles de spleen, c'est pas une profonde tristesse, ça? Et de lire les Grandes Espérances de Dickens, c'est pas une profonde tristesse? Alors, faut pas dire qu'il y a une tristesse russe spécifiquement. C'est une tristesse humaine exprimée avec une virtuosité et une sincérité sans faille par des grands écrivains, notamment russes.
2:35:31Speaker A
Un poème de tête?
2:35:32Slobodan Despot
De tête. Oh, thou art fair, and few are fairer of the nymphs of earth and ocean. They are clothes that fit the wearer, those soft limbs of thine whose motion ever falls and sifts and glances as the life within them dances. C'est un petit poème que Shelley avait adressé à une dame de passage. Enfin, et ne te gratte pas avant que ça pique.
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